OBSERVATION V
P. B., âgé de trente ans, Italien; poids kg. 64,250.
26 novembre 97, 3 h. 30 s. ; température axillaire 36o,6'. Première injection intra-veineuse de 2 c. c. de culture filtrée.
Peu après l'injection, le patient éprouve un peu de malaise général, accompagné d'une légère céphalalgie qm dure toute la journée. La température axillaire monte presque subitement à 40o,l'et reste élevée jusqu'à la nuit.
27 novembre. — Le lendemain, le malade se trouve complètement rétabli et sans fièvre, mais l'examen des urines démontre des traces évidentes d'albumine, et à la lèvre inférieure on voit apparaître une vésicule de herpès fébrile.
28 novembre, i. h. s. — Je pratique une seconde injection intra-veineusc de 7 c. c. de culture filtrée.
Aussitôt après, le patient est pi'is d'un grand frisson et de tremblement général; on lui donne à manger un peu de viande, mais peu après il vomit tout le contenu de son estomac.
Le malaise s'aggrave rapidement, et le malade doit se mettre au lit, où le frisson continue plus intense qu'au commencement. La figure s'injecte fortement et la respiration devient dyspnèique.
Plus tard la fièvre commence et atteint 40°, 7', accompagnée d'une céphalalgie violente qui n'abandonne plus le malade.
29 novembre. — En effet, le lendemain, non seulement la céphalalgie persiste, mais le patient se plaint de fortes douleurs aux articulations des membres inférieure et à la région lombaire. La fièvre a cependant disparu ; à la lèvre supérieure on voit une seconde pustule d'herpès fébrile.
30 novembre. — Le patient est apyrétique, mais il présente encore un léger degré de céphalalgie et de douleurs vagues en différents points du corps.
L'urine est claire, dépourvue d'albumine et de pigments biliaires.. La langue est un peu saburrale.
A 4 heures s., je pratique une troisième injection intra-veineusv de 15 c. c. de culture filtrée.
Aussitôt après l'injection, le patient est pris de prostration générale et d'un violent frisson qui l'oblige à se coucher.
A peine au lit, un tremblement général très violent survient et la sensation de froid est si intense que le patient demande sans cesse de nou velles couvertures.
La figure s'injeclc cl bientôt la réaction fébrile commence, accompagnée d'une intense céphalalgie. L'accès de réaction est cependant moins intense que celui qui suivit l'injection précédente. La température monte jusqu'à AOo, 3' pour redescendre peu après, laissant le malade faible, abattu, avec douleurs lombaires persistantes et tourmenté de continuelles nausées et d'efforts de vomisseinents qui ne lui permettent pas de s'alimenter.
3 décembre. — Dans cet état, le patient passe encore trois jours sans être jamais abandonné par la céphalalgie, les douleurs lombaires, les nausées et la faiblesse qui l'oblige à garder le lit pendant tout ce temps. Les lèvres sont ulcérées par la présence de nombreuses pustules de herpès.
A 4 heures s., je pratique une 48 injection intra-veineuse de 20 c. c. de culture filtrée. Peu après le malade se couche, mais les phénomènes généraux immédiats sont beaucoup plus légers que ceux produits par les injections précédentes. Bientôt le patient commence à éprouver une soif ardente, et, après une heure et demie, la réaction fébrile (39o,9'), commence accompagnée d'une recrudescence de douleurs lombaires et de la céphalalgie, qui empêchent le sommeil pendant toute la nuit.
4 décembre. — Vers la pointe du jour, les phénomènes généraux douloureux disparaissent peu à peu, ,1a soif ardente persiste, mais il existe une intolérance absolue pour tout aliment. Le patient refuse même le lait, et son estomac ne peut tolérer que de l'eau pure, qu'il boit aviderament sans vomir,
La température axillaire est cependant normale (37o, 3'). Pendant toute la journée, il reste au lit, dans un état de grande prostration et ne peut toucher àaucun aliment. Urine normale et sans albumine.
5 décembre. — Le malade se sent mieux, il peut abandonner le lit et prendre quelques liquidés. Il se trouve encore très fatigué. La coloration rouge de la face a disparu et est remplacée par une teinte jaunâtre sub-iclérique évidente surtout aux mâchoires et à la sclérotique.
9 décembre. — Le patient est mieux, mais il est toujours très abattu. Je pratique aseptiquementune saignée de 50 c. c. de sang, dont j'extrais environ 15 b.c. de sérum limpide, de couleur jaune citron, mais qui ne donne pas la réaction des pigments biliaires.
Ce sérum ajouté, dans la proportion de 1 : 10, aux cultures fraîches du bacille ictéroïde, détermine dans 2 heures seulement (à la température de 37») le phénomène de l'agglutination et de l'immobilisation, en précipitant tous les microbes d'une façon aussi nette et aussi complète que si c'était du sérum d'un animal vacciné.
m décembre. — Lé patient est complètement rétabli.
Je n'ai pas besoin de signaler la valeur et la portée de ces expériences que j'ai eu roccasion de faire sur Thomme.
Pour ceux qui ont observé des cas de fièvre jaune ou en ont appris la symptomatologie par la lecture des meilleurs traités, les Observations III et IV correspondent simplement à deux cas classiques de lièvre jaune très grave, et l'Observation V
An.vales de l'Institut Pasteur.
Pl. XIX.
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