‹ Étiologie et pathogénie de la fièvre jaune [electronic resource]Chapitre 3 sur 27 · TALLERES DEL MUSEO LA PLATA · texte numérisé non relu

TALLERES DEL MUSEO LA PLATA

SUR LA FIÈVRE JAtJNE.

A sept heures du matin du septième jour (26 mars), le patient succomba diins le coma.

Autopsie (faite 2 heures après la mort).

Aspect extérieur : cadavre encore chaud ; peau tachée par places, de couleur jaune serin; zones hypostaliques étendues dans toutes les parties déclives.

Crâne : masse céphalique d'aspect normal, œdème méningé de couleur ictérique.

Thorax : poumons normaux avec hyperhémie et léger catarrhe de la trachée et des grosses bronches ; cœur normal contenant du sang en grandé quantité encore liquide; péricarde avec une petite quantité de transudation séreuse, jaunâtre.

Abdomen : estomac rempli de gaz, fortement congestionné et contenant une petite quantité de liquide rougeâtre ; intestin grêle presque vide, quelque peu congestionné et offrant sur plusieurs points des déchirures épilhéliales.

Ganglions du mésentère : normaux.

Foie de volume et de consistance normaux, de couleur jaune et riche en sang. La vésicule biliaire contient un c. c. d'un liquide verdàtre, assez visqueux, mais le conduit cholédoque est complètement libre.

Rate quelque peu augmentée de volume, de couleur foncée, dure et résistante au toucher.

Reins avec les signes anatomiques d'une néphrite aiguë très intense.

Vessie très contractée, presque cachée derrière le pubis, contient 100 ce. d'urine trouble, albumineuse ethématurique,

Diagnose anatomique : fièvre jaune.

Analyse chimique du sang : richesse en urée = 3,35 0/00

Recherches bactériologiques : Je prépare de nombreuses cultures de tous les tissus, de toutes les humeurs et de toutes les cavités du cadavre, dans les milieux nutritifs les plus variés.

Le résultat de l'étude des colonies et de leur isolement, faite dans le laboratoire même de l'île de Flores, pendant 18 jours consécutifs, fut le suivant. Du sang, extrait du doigt du malade la veille de sa mort, ainsi que du sang- du cadavre, de la rate, du foie, des poumons, de l'urine et de la bile, j'isole en culture pure et en certaine quantité un bacille, qui, de prime abord, me parait présenter des caractères intéressants et dignes d'attention,

1. Le procédé analytique employé habituellement dans toutes mes recherches pour la détermination de l'urée du sang, est le suivant :

Une fois obtenu l'extrait alcoolique du sang, je l'èvapore jusqu'à siccité et ie reprends avec de l'alcool absolu et froid. Dés que l'extrait alcoolique est évaporé je le redissous dans l'eau et le précipite avec du sous-acétate de plomb; je filtre et élimine 1 excès de plomb avec un courant de H„S ; je refilt^i^.r le IbS et concentre le liquide au bain-marie. jusqu'à peu de centimétres'^W^.i. Ensuite je dose l'urée avec rhypobroniite. (Voyez : Encyclop. Chim. de Frémy. Tom. IX, II sec, page 175.) "

442 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. (iO)

et que les études ullérieures m'ont fait d'abord soupçonner, puis considérer comme l'agent spécifique de la fièvre jaune.

Ce microbe se trouvait, dans les reins et dans les sécrétions de la trachée et des bronches seulement, associé au coli-bacilïe.

Je ne pus parvenir à Tisoler d'aucune des nombreuses cultures en plaque faites avec le contenu gastro inlestinal^ où plusieurs variétés de colibacilles dominaient seules à l'état de pureté absolue.

Une étude rapide et attentive des propriétés biologiques et morphologiques de ce microbe me l'ayant bientôt signalé comme une espèce tout à fait nouvelle, caractéristique et intéressante, je voulus profiter desconditrons exceptionnellemet favorables où je me trouvais, pour découvrir le nouveau microbe dans le canal digestif, et le distinguer des coli-bacilles qui y étaient presque en culture pure.

Mais toutes mes recherches furent infructueuses, bien que les conditions de pénétration m'aient paru des plus favorables. Je conclus de cet échec que le microbe de la fièvre jaune n'a certainement pas son habitat isLYon dans le tube digestif.

Nous verrons plus tard comment cette première découverte, s'accorde parfaitement avec la théorie pathogénique de la fièvre jaune, qui a pris peu à peu corps avec les résultats de mes recherches.

Observation ni. — Rasmus Hille, de Bergen (Norvège), âgé de 32 ans, matelot du même bateau marchand Munin.

Il tomba malade le même jour que son camarade, présentant à peu près les mêmes phénomènes morbides, avec cette seule différence que le vomissement se maintint bilieux et que, par suite, il n'y eut pas de gastrorragie.

Il débarqua dans l'île de Flores le sixième jour de la maladie, avec des symptômes généraux bien atténués et une température axillaire de 38o,0.

Le jour suivant (26 mars), à 8 heures du matin-, la température était a7o,8; le patient se plaignait cependant de céphalalgie, rachialgie et des douleurs épigastriques.

Je pratique une petite saignée à l'extrémité d'un doigt. — Je recueille a^septiquement de l'urine, et je fais des cultures très nombreuses avec les excréments. :

• ' Les cultures pratiquées avec le sang furent complètement stériles ; celles de l'urine, qui était très albumineuse, donnèrent deux variétés de coU-baciUc et -un gros coccus; celles des déjections donnèrent le coli-baciUeel une grosse ba^stérie fluidifiante,

• -Le jour suivant, le malade était tout à fait apyrctique, et entra en pleine convalescence.

(Il) SUR LA FIÈVRE JAUINE. 443

Ces constalations faites à l'île de Flores, et trois mois d'étudeë à Montévidéo m'ayant confirmé dans l'idée que j'avais en main le microbe spécifique, je résolus de me rendre à Rio-Janeiro môme, pour y trouver des matériaux d'étude plus abondants. J'avais déjà, à ce moment, pour faire la diagnose rapide de mon bacille, que je désignerai provisoirement sous le nom de bacille ictéroïde, un procédé très simple que je décrirai plus loin, qui permet de le retrouver dans les cadavres^ oii il est rare, et d'ordinaire mêlé à bien d'autres espèces microbiennes, en par; ticulier au coli-bacille, avec lequel il est très facile de le confondre.

En outre, j'ai toujours procédé par ensemencements dans du bouillon avec 2 0/0 de lactose, additionné de carbonate de chaux. Le bacille ictéroïde attaque faiblement la lactose, et ne produit cependant pas une fermentation nette, ce qui le distingue immédiatement du coli-bacille. Il faut seulementse méfier de son mélange fréquent avec le streptocoque. Ni le bacille ictéroïde ni le streptocoque, cultivés séparément daus les bouillons Perdrix^ ne produisent une fermentation apparente, tandis que, réunis, ils dégagent d'abondantes bulles d'acide carbonique.

C'est grâce à cette technique que j'ai pu, à Rio, recueillir en peu de temps d'abondants documents, que j'ai ensuite étudiés avec plus de loisir, dès mon retour à Montévidéo.

Au moment de mon arrivée à Rio-Janeiro, le, 9 juin de l'année dernière, l'épidémie de fièvre jaune était en rapide déchu. Grâce à l'inoubliable courtoisie de M. le docteur C. Seidl, directeur de l'hôpital Saint-Sébastien, je pus immédiatement installer mon laboratoire de voyage dans cet établissement réservé aux malades de fièvre jaune. Avec le concours bienveillant de MM. les docteurs Fr. Fajardo et M. Couto, j'ai pu, en juin et juillet, étudier soigneusement, au point de vue chnique, bactériologique et analomo-pathologique, 10 malades de fièvre jaune typique.

De ces dix, un seul guérit après. avoir été dans des conditions très graves ; voici son observation :

Observation iv. - Alexandre Kraczkevitch, âgé de U ans, menuisier, de Varsovie (Pologne), demeurant à Rio-Janeiro depuis 5 ans et demi.

Il entre à l'hôpital Saint-Sébastien le 10 juin, présentant déjà depuis 4 jours les symptômes de la fièvre jaune, avec une température dê 39o, é*,'

ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUll.

albuminurie, gastralgie et rachialgie. Le ii, vomissements muqueux, et fréquentes épistaxis, pendant que le pouls baissait de plus en plus. Malgré cela, la température présentait, le 12, une grande rémission, et redevenait normale le 13,

Mais le môme jour apparaît le vomito-negro abondant et l'anurie commence; le 14, la température remonte à 37o,8', la petite quantité d'urine est fortement albumineuse et le malade présente du délire.

Je pratique une petite saignée aseptique au bout d'un doigt et je fais plusieurs cultures du sang; je pratique aussi une ponction exploratrice du foie et j'en relire une petite quantité de suc hépatique avec lequel je fais plusieurs ensemencements : toutes ces cultures restent stériles.

Le jour suivant (15), le patient est complètement anurique, en proie à un violent délire, pendant que la température oscille entre 370,4 et 37", 1.

Je pratique de nouveau des piqûres au bout du doigt et au foie, et je fais des cultures variées avec des tubes de gélose ensemencés de suc hépatique : j'obtiens quelques colonies appartenant à deux espèces microbiennes dont l'une, très rare, est le b. ictéroïde.

Le 16, le délire diminue et l'urine reparaît : les jours suivants, l'amélioration s'accentue; le 19, l'ictère général apparaît; le 26, l'urine n'est plus albumineuse; le patient quitte l'hôpital, complètement guéri.

Observation v. — Silverio J. Lopez, Portugais, âgé de 22 ans, habitant Rio-Janeiro depuis 8 mois.

Le 12 juin, il est pris de frissons, de rachialgie et de céphalée. Il entre le 14 à l'hôpital.

Le 15, commencent le vomito negro et l'anurie; le 16, une légère amélioration de tous les symptômes se produit ; mais, vers le soir du 17, les conditions s'aggravent de nouveau et le patient meurt presque subitement à 11 heures de la nuit, après une maladie d'environ 5 jours.

Autopsie: faite 8 heures après la mort, peau de couleur jaune diffuse.

Thorax : abondant exsudât, séreux, jaunâtre, dans le péricarde; dégénération graisseuse du cœur; poumons normaux.

Abdomen : estomac avec les lésions de la gastrite aiguë et contenant du liquide sanguinolent; intestins un peu hyperhémiés; foie couleur feuille morte; vésicule biliaire presque vide; rate un peu tuméfiée; reins néphritiques ; vessie contractée et contenant une très petite quantité d'urine albumineuse.

Recherches bactériologiques : je prépare une grande quantité de cultures sur gélose, gélatine et bouillon laclosé. Dans tous ces milieux nutritifs beaucoup d'espèces microbiennes, bactéries coliformes, streptocoques. Le rein seul présente eu outre plusieurs colonies du b. ictéroide.

Analyse chimiqice du sang : urée = 1,35 0/00.

Observation vi. — Romeu Ferreira, noir, de Saint-Paul (Brésil), âgé de 11 ans, habitant Rio depuis 5 mois.

Le 14 juin, il présenta les premiers symptômes; mais si légers qu'il ne vint à l'hôpital que le 16 à 9 heures 30 du soir, avec une température de 37o,7. Le lendemain (17), l'état semble s'améliorer • la température

(13) SUR LA FIEVRE JAUNE. m

axillaire était de37o,0. La nuit du 17 au 18, il dormit tranquillement; mais, vers le jour, la température monta à 39o, 1. A 4 heures du matin, l'enfant eut soif et se leva pour boire un verre d'eau : à peine avait-il mis le pied par terre qu'il fut pris d'un abondant vomitonegro, se replia sur lui-même et tomba mort, comme foudroyé, après 4 jours de maladie.

Autopsie : (faite 3 heures après la mort), couleur ictérique marquée aux scléi'otiques.

Thorax : dégénération graisseuse du myocarde ; poumons normaux.

Abdomen : estomac congestionné et rempli de sang; intestins normaux, foie hypertrophié et d'une couleur jaune caractéristique; rate un peu augmentée de volume; reins congestionnés; vessie fortement contractée et vide; ganglions lymphatiques du mésentère énormément hypertrophiés.

Analyse chimique du sang : urée = 1,16 0/00.

Recherches bactériologiques : les nombreuses cultures, pratiquées avec le sang, avec tous les organes et le contenu gastrique et intestinal, donnèrent pour résultat la présence d'une seule variété de coli-bacille, en quantité extraordinaire : pas d'autre espèce microbiene.

Observation vn. — Emmanuel Dominici, Italien, âgé de 8 ans, habitant Rio-Janeiro depuis 4 ans ; entre à l'hôpital très malade, le 17 juin, à 4 heures de l'après-midi, avec une température de 39°, 5 et avec vomito negro.

Pendant la nuit, il entre en coma et meurt à 8 heures du matin, avec une température de 36», 2.

Autopsie : (faite immédiatement après la mort).

Thorax : cœur graisseux; abondant liquide pérîcardique de couleur jaune; catarrhe broncho-trachéal ; poumons normaux.

Abdomen : estomac congestionné, avec plusieurs taches ecchymotiques et contenant une petite quantité de liquide ^brunâtre; intestins diarrhéiques ; foie augmenté de volume, de couleur feuille morte; rate d'aspect normal; reins congestionnés; vessie remplie d'urine albumineuse.

Recherches bactériologiques. — Avec tous les tissus, cultures très pures et extraordinairement abondantes de streptocoques; seules, les cultures de l'urine et de la bile restèrent stériles. Le contenu de l'estomac et de l'intestin, donna, comme toujours, des cultures presque pures de colibacilles, avec plusieurs streptocoques et quelque gros diplocêques ûmdirmnis.

Analyse cliimique du sang : urée 2,50 0/00.

Si je n'avais pas été préparé par mes recherches précédentes à celte apparente surprise, j'aurais été désappointé par le résultat hactériologique dans ce cas. En effet, sansla diagnose clinique et anatomique de fièvre jaune, cet enfant aurait pu être considéré logiquement comme étant mort d'une Yévhahle septicémie streptococciqiie, de même que le petit nègre de l'observation précédente pouvait être considéré, d'après le résultat bactériologique, comme ayant succombé à une septicémie coli-hacillaire.

ae ANNALES Dii L'INSTITUT PASTEUR. (14)

Dans ces deux cas, il fut donc impossible de trouver trace du b. ictéroïde.

Observation viii. — Sadi Jarhar, Arabe, ouvrier, âgé de 28 ans. Heru à l'hôpital Saint-Sébastien, le 17 juin, dans des conditions générales graves éntérorrhagies abondantes, figure congestionnée, langue saburrale. Le 18, beaucoup d'albumine dans l'urine. Le 19, délire avec température axillaire de 37", 7 : urine rare et pouls faible. J'ensemence le sang du doigt dans des tubes de gélose et de bouillon.

A l heures de l'après-midi du même jour, je fais deux ponctions exploratrices avec la grosse aiguille d'une canule aseptique dans la région hépatique.

Par la première je retire une petite quantité de suc hépatique que je sème sur plusieurs tubes de gélose; par la seconde, je tombe dans la vésicule biliaire et j'en extrais 10 c. c. de bile très fluide, de couleur vert foncé, que je sème aussi dans différents milieux nutritifs. Le matin suivant, après un séjour d'environ 18 heures dans l'étuve à 37o, tous les bouillons étaient troubles et les cultures sur gélose inclinée donnaient le résultat suivant : les ensemencements du sang présentaient quelques rares colonies isolées; ceux du suc hépatique présentaient environ 50 colonies pour chaque goutte de suc ensemencé ; les cultures de la bile présentaient une quantité innombrable de colonies.

Toutes ces colonies se trouvaient à l'état de pureté absolue et, le soir du même jour, je les avais déjà diagnostiquées comme appartenant au b. ictéroïde.

Cependant le malade commençait à présenter une légère amélioration, et le 20, le délire s'était presque calmé. Mais, le 21, se manifestèrent d'abondantes décharges diarrhéiques, accompagnées d'un état adynamique général et d'anurie; le 22, la diarrhée prit le caractère dysentérique et le patient mourut à 9 h. 30 le lendemain matin.

A l'exception du premier jour de son entrée à l'hôpitaL pendant lequel la température du malade oscille entre 37o,7 et 37",2, elle fut toujours audessous delà normale, ainsi qu'il résulte du tableau suivant.

Juin 17 18 .19 20 21 29

Matin 37.7 30.8 36.2 37.8 âo.4 35.0 Soir 37.2 36.4 ' 36.3 36.0 3o.8 35.5

Autopsie : (faite 2 heures après la mort). Légère couleur ictcrique générale.

Thorax : absence d'exsudat péricardique; cœur flasque et dégénéré; le sang encore liquide et chaud se coagule dans la pipette, laissant en liberté un liquide séreux, de couleur jaune intense; peu de mucosité broncho-trachéale; poumons sains.

Abdomen: e5<om«c congestionné et presque vide; intestins avec les lésions d'une entérite desquamative aiguo, contenant un liquide muqueux, jaunâtre; foie de dimensions normales, légèrement jaune, couleur feuille morte foncée, et très congestionné; vésicule biliaire remplie de bile fluide ; raie llasquc,

mais d'aspect normal; reins népliriiiques ; vessie forlcmcnL contractée et contenant quelques gouttes d'urine trouble, floconneuse et albiimineuse. Analyse chimique du sang : urée 3,G5 0/00.

Recherches haclériologiques. — Quoique, dans ce cas, la diagnose bactériologique eût été déjà établie pendant la vie, je pratiquai avec le cadavre, comme d'ordinaire, une grande quantité de cultures.

Les résultats furent les suivants : des mucosités trachéales, du sang, du foie, de la bile, de la. rate, des reins et de l'urine, j'obtins en culture presque pure une grande quantité de b. ictéroide, associé à une égale quantité de staphylococcus aureiis.

Des mucosités trachéales, j'isolai en outre le coli-bacille et une tonde.

Les cultures du contenu gastrique et intestinal, comme toujours, ne don^ nèrent autre chose que \q coli-bacille k l'état de pureté.

Il faut remarquer que dans ce cas, l'examen bactériologique pratiqué pendant la vie, permet d'isoler le bacille ictéroide en culture pm'e, tandis que celui pratiqué après la mort établit l'existence d'une infection mixte.

Observation ix. — Antoine Eerreira, Portugais, ouvrier, âgé de 21 ans. Habitant Rio-Janeiro depuis quinze jours. .

Le 15 juin il entre à l'hôpital avec de fortes douleurs sur différentes parties du corps, surtout àl'épigastre, beaucoup d'albumine dans l'urine et la langue très rouge. La température est à 39o,l. Le lendemain, 18, la température oscille entre 38o,4 et 37'3,8, mais les vomissements bilieux deviennent de plus en plus fréquents; le 19 surviennent de fortes gastror* rhagies et des hémoptysies, et la température oscille entre 37o,0 et 37o,5.

Le 20, apparaissent le délire et le premier vomitonegro : le thermomètre "marque 37o,S, anurie absolue depuis 24 heures. -

Je pratique une petite saignée aseptique au bout du doigt et une ponction exploratrice du foie, mais toutes les cultures restent stériles.

Le patient meurt à minuit, le 21, après plusieurs accès d'urémie, avec température axillaire de 36u,,'5.

Autopsie (faite 8 heures après la mort).

Thorax : cœur flasque avec un peu de liquide péricardique ; léger catcir^ )7te broncho-trachéal ; poumoHS normaux.

Abdomen : estomac rempli de sang noirâtre, avec muqueuse excessivement congestionnée et tuméfiée ; intestins congestionnés ; foie exsangue et couleur feuille morte; rate flasque et un peu tuméfiée ; reins néphritiques', vessie contenant une abondante quantité d'urine albumineuse; ganglions lymphatiques du mésentère normaux.

Analyse chimique du sang : urée = 2.G3 0/00.

Recherches baclériotogiques. — La plupart des cultures de tous les viscères et du sang, faites sur des milieux solides, restent stériles. Seules les cultures au bouillon-lactose, largement ensemencées avec du sang, du foie, de la rate et des reins, me donnent un môme bacille, très petit. D'un seul tube de gélose, parmi les six semés avec le matériel recueilli du rein, jè parviens à obtenir en culture pure le b. ictéroide; les autres restent absolument stériles.

Obskuvation X. - Caroline Pires, Portugaise, âgée de 39 ans. Habitant Rio-Janeiro depuis 5 mois.

Elle tombe malade le 15 juin et est reçue à l'hôpital, le 19, dans un état très grave, présentant déjà l'ictère, le vomito, la fièvre (38o,0) et des douleurs généralisées.

Le 20 surviennent l'adynamie et le délire ; suit le vomito, et la température axillaire est à 39o,0. A quatre heures de l'après-midi du même jour, je retire aseptiquement du sang d'un doigt, et je l'ensemence sur plusieurs milieux nutritifs ; je fais la même chose avec un peu de suc hépatique. Toutes ces cultures restent stériles.

La malade meurt en coma le 21, à trois heures du matin, après 6 jours de maladie, complètement anurique et avec une température de 37o,0.

Autopsie (faite 6 heures après la mort).

Thorax : léger catarrhe bronchique, avec congestion pulmotmîre, une petite quantité de liquide couleur jaune dans le péricarde.

Abdomen : estomac congestionné, contenant un peu de liquide brunâtre ; intestins normaux; foie feuille morte; rate petite, normale; reins congestionnées ; vessie contractée et presque vide.

Analyse chimique du sang : urée = 1,75 0/00. • Recherches bactériologiques. — Plus compliquées et plus difficiles que toutes les autres, à cause de la multitude des espèces rencontrées, elles n'ont donné aucun résultat quant k la découverte du bacille ictéroïde.

Ce fait est d'autant plus remarquable qu'à peine 12 heures avant la mort, les cultures, pratiquées avec le sang et le suc hépatique, étaient restées stériles.

Cela prouve que les infections mixtes secondaires firent irruption dans l'organisme et s'y développèrent avec une rapidité exceptionnelle, peu d'heures avant la mort. Elles en ont peut-être été la cause immédiate.

Observation xi. — Augusta Lehman, de la Pologne russe, domestique, âgée de 25 ans. Habitant Rio-Janeiro depuis H jours.

Le 21 juin, après 3 jours de maladie, elle est amenée à l'hôpital en état ■très grave-

YA\q présente le vomito, la langue hémorragique, le délire, diminution de l'urine avec beaucoup d'albumine, et 40o de température.

Après son entrée à l'hôpital, la température commence à baisser sans interruption ; le 22, le hoquet continuel et une céphalalgie intolérable surviennent; entre le 23 et le 24, apparaissent l'anurie, le pouls irrégulier, le délire, et la température descend à 35o. Il se manifeste une tuméfaction correspondant à la région, parotidienne gauche (parotidite aiguë). Le 25, la température remonte un instant à 37o,7', mais l'état général reste invariable; le 26, la température redescend à 35o, et, à 4 heures de l'après-midi, la patiente meurt en état comateux, après 7 jours de maladie.

Autopsie : (faite immédiatement après la mort). Couleur jaune citron intense de toute la peau.

Thorax : léger catarrhe bronchique diffus, avec [es poumons un peu œdémateux; cœur flasque avec peu de liquide dans le péricarde.

Annales de l'Institut Pasteur

Pl. VIII

:->ANAI<F.I.l.I I-ECIT.

TAI.LEHICS MUSEO

Abdomen: estomac congestionné contenant du sang noirâtre; inlesiins presque normaux; foie couleur jaune cire, compact, exsangue; vésicule biliaire remplie de bile dense, filante, couleur vert-bouleille ; raie petite et normale ; reins ayant l'aspect de la néphrite aiguë ; vessie contractée et contenant quelques gouttes d'urine trouble et albumineuse.

Analyse chimique du sang : urée = -4,38 0/00.

Becherches bactériologiques. — Toutes les cultures excculécs avec le sang, la rate, les reins, la bile, le liquide péricardique, ou restent stériles, ou donnent du staphylocoque doré. De Vurine on isole le staphylocoque doré et le colibacille. Les recherches bactériologiques pratiquées avec le foie ont présenté un intérêt exceptionnel. En effet, les nombreux ensemencements restèrent tous stériles à l'exception d'un seul, fait avec 3 c. c. de suc hépatique dans du bouillon lactosé.

J'y trouve un bacille que sa forme en massue me fait prendre pour le b. ictéroide, qui présente en effet souvent, surtout lors de ses premiers passages dans le bouillon, et après quelques jours de culture, une tendance marquée à prendre des formes dégénéj-atives : mais je ne pus réussir d'abord à le transporter sur ses milieux nutritifs ordinaires. C'est seulement à. mon retour à Montévidéo, qu'après avoir épuisé, sans aucun résultat, mes moyens de recherche, j'inoculai toute la culture originaire, en partie sous la peau et en partie dans la veine auriculaire d'un petit lapin, auquel, en outre, je pratiquai l'inoculation sous-cutanée de 1 centimètre cube d'une forte toxine de coli-bacille, que je répétai deux jours de suite. Le sixième jour, le lapin mourut par infection mixte de bacille ictéroide, que je pus isoler en culture pure, et de staphylocoque doré.

Les cultures pratiquées avec le suc parotidien du cadavre^ donnèrent à l'état de pureté le même staphylocoque doré. Les mucosités trachéales contenaient aussi le staphylocoque doré et le coli-bacille. Dans ce cas donc, il y avait eu intoxication générale, déterminée par un nombre relativement très réduit de microbes spécifiques, et qui avait favorisé une invasion secondaire de staphylocoque doré.

Observation xii. — Paul Barreiro, Espagnol, ouvrier, âgé de 27 ans. Habitant Rio-Janeiro depuis 14 mois.

Il fut reçu à l'hôpital le 1er juillet, après 10 jours de maladie et avec les symptômes suivants : céphalalgie, photophobie, gastralgie et hépatalgie, albumine dans les urines, langue saburrale, pouls irrégulier, vomissements muqueux verdâtres, et température axillaire de 38o,S. Pas de changement jusqu'à la mort, survenue le 3 juillet, à 3 heures 13 minutes du matîn, avec une température de 39o,3 et après 12 jours de maladie environ.

Autopsie: (faite 6 heures après la mort). Peau avec de vastes suffusions sanguines et de larges zones couleur jaune intense, spécialement à la figure, au cou et à la poitrine. '

Thorax : un peu de liquide dans le péricarde ; cœur fiasque contenant du sang très foncé, encore fluide; «mcAee exlraordinairement congestionnée; la muqueuse présente une couleur rouge vin dans toute son épaisseur et elle est recouverte d'un léger exsudât catarrhal.

430 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. (is)

Abdomen : Vedomac esl congestionné et conLicnl une iiclite quanlité de matière biliaire; les inlusiins sont presque normaux : le foie esl très résistant, compact, exsangue, presque dur, de couleur jaune vif; la vésicule biliaire contient une bile tellement épaisse qu'à grand'peine elle put être aspirée avec les pipettes Pasteur ordinaires; la raie est très grosse, congestionnée et friable; les reins sont néphritiques ; la vessie contient un peu d'urine trouble et albumineuse.

Analyse chimùjue du sang : urée = 4,49 0/00.

Recherches bactériologiques. — Les nombreuses cultures faites avec un abondant matériel extrait du sang, du foio, de la bile, de la rate et de l'urine, restèrent tout à fait stériles; des reins j'isolai diverses colonies d'un bacille semblable à celui du choléra des poules et très pathogène pour les lapins.

Seulement deux tubes de gélose, ensemencés avec du sang du cœur présentèrent dans le liquide de condensation, le développement d'une culture diffuse, peu abondante, constituée par des bacilles identiques à ceux de la fièvre jaune, mais dont l'accroissement s'arrêta bientôt,

11 ne me fut pas possible d'obtenir à Rio-Janeiro des passages successifs de ces dernières cultures, et ce fût seulement après mon retour à Montévidéo, grâce à un artifice analogue à celui employé dans le cas précédent, que je pus identifier le microbe, si péniblement isolé, avec celui de la fièvre jaune

Observation xni. — Emmanuel Rodriguez de Carvalho, Portugais, ouvrier, âgé de 47 ans. Habitant Rio Janeiro depuis 20 jours.

Il est reçu à l'hôpital le 4er juillet, à 9 heures du matin, avec une température de 37o,7, étant déjà au quatrième jour d'une maladie qui présente tous les symfHômes de la fièvre jaune, c'est-à-dire : céphalalgie, langue saburrale, rachialgie, vomissement bilieux, douleur épigastrique et albumine dans les urines.

Le soir, la température monte à 38°, 6 ; le lendemain apparaît le vomito, mais le patient urine encore très bien (950 gr. d'urine en 42 heures), sa température oscillant entre 37°, 3 et 37o,4. Le 3 juillet, tous les symptômes s'aggravent, l'anurie commence (400 gr. d'urine en 47 heures), et il survient du sub-délire accompagné de tous les symptômes urémiques, tandis que le vomito s'arrête.

On pratique le cathétérisme vésical, mais sans trouver d'urine dans la vessie; la température se maintient toujours entré 37o,3 et 37", 2.

Le matin du 4, le malade entre en délire et présente une hypothermie de 36o : grâce â un nouveau cathétérisme, on extrait une certaine quantité d'urine contenant beaucoup d'albumine; mais bientôt la respiration devient dyspnéique, la température descend rapidement, et le malade meurt à cinq heures de l'après-midi après 8 jours de maladie.

Autopsie : (faite immédiatement après la mort). Couleur généralisée jaune paille, avec de nombreuses taches rougeâtres distribuées en différentes parties du corps.

Thorax : cœur flasque, contenant du sang encore fluide ; abondant exsudât muco -hémorragique le long du canal respiratoire ; tissu pulmonaire sain.

(lù) SUR U FiÈVllE JAUNE. m

Abdomen : estomac congcsViomé et ecchymolique, presque vide ; intestins d'aspect normal; fok exsangue, compact, dur, do couleur jaune vif; vésicule biliaire contenant un pou do bilo, fluide et noirâtre; rate un peu augmentée de volume, congestionnée, flasque et friable ; reins néphritiques ; vessie contenant environ 100 gr. d'urine, claire, mais albumineuse.

Analyse chimique du sang : urée = 1,26 0/00.

Recherches bactérioloijiques. — Les cultures, pratiquées, comme toujours, en grand nombre et largement, donnèrent les résultats suivants ; du samj on obtint quelques colonies de colibacille et de staphylocoque blanc ; du foie, diverses colonies de colibacille ; de la bile, aucune; del'wnne, plusieurs colonies de staphylocoque doré, blanc, et de coli-bacille ; des mucosités trachéales une quantité innombrable de colonies colibacillaires et d'une bactérie capsulée. La rechercbe du b. ictéro'ide resta donc négative dans ce cas.

Par des procédés appropriés, il a donc été possible d'isoler en grande quantité, de cadavres de sujets morts de fièvre jaune, un microbe spécial, avec des caractères nouveaux, bien définis et tels qu'ils le rendent facile à reconnaître entre tous les autres observés et décrits jusqu'à présent.

Ce résultat positif n'a été obtenu, dans nos recherches, que 7 fois sur 12 cas (on doit éliminer le cas del'observ. ITI puisqu'il s'agit d'un convalescent).

Dans quelques cas plus rares, on peut aussi isoler le microbe spécifique pendant la v.ie.

Les raisons qui expliquent pourquoi l'isolement du microbe spécifique ne peut se faire dans tous les cas de fièvre jaune sont faciles à comprendre :

1° Le b. ictéro'ide, au commencement et pendant la maladie, se multiplie très peu dans l'organisme humain, et il suffit (comme nous le démontrerons dans un travail ultérieur) d'une petite quantité de toxine pour provoquer chez l'homme le tableau complet et très grave de la maladie.

En second lieu, il semble que la toxine, soit directement, soit indirectement, par l'intermédiaire des lésions profondes qu'elle détermine surtout dans les muqueuses digeslives et dans le foie, facilite extraordinairemenl la production d'infections secondaires do toute nature.

Ces infections secondaires prennent souvent le type de véritables septicémies à co/t-tocvV/c, h strcptocoqiie,k staphylocoque, etc., capables de tuer par elles-mêmes le patient, et il est à supposer qu'il en a été ainsi dans les observ. Vf, VII, XI et XIII.

Enfin, il s'agit quelquefois d'associations mixtes tellement multiples que, non seulement elles attaquent ou même chassent les microbes spécifiques qui, comme nous le verrons ailleurs, sont très sensibles aux phénomènes d'antagonisme, mais elles peuvent aussi, surtout dans la période agonique, transformer le malade en une véritable culture de presque toutes les espèces microbiennes intestinales, ainsi que cela est peut-être arrivé dans les observ. I et X.

En tout cas, elles rendent toujours difficile la recherche du microbe spécifique, puisque ce dernier ne se trouve jamais seul dans l'organisme.

En effet, même dans les observ. II, VIII, IX et XI, qui peuvent être considérées comme les plus pures au point de vue bactériologique, on a toujours constaté dans le parenchyme rénal la présence du coli-bacille, du staphylocoque doré et d'autres microbes indéterminés.

Cette tendance aux invasions microbiennes secondaires dans la fièvre jaune est si prononcée que, comme nous le verrons plus tard, elle peut s'observer, non seulement dans les affections expérimentales chez les animaux, mais dans les intoxications expérimentales obtenues chez l'homme.

On doit donc en conclure que, sauf quelques cas rares, comme celui des observ. II, YIII, dans lesquels le b. ictér&ide a été trouvé dans l'organisme en grande quantité et à l'état de pureté relative, la recherche et l'isolement du microbe de la fièvre jaune présentent en g-énéral des difficultés techniques bien supérieures à celles que nous sommes habitués à rencontrer dans les autres maladies aiguës.

Enfin, nos recherches ayant démontré que le b. ictéroïde se trouve dans le sang circulant et à l'intérieur des tissus, et qu'on n'arrive jamais à le mettre en évidence dans le contenu gastro intestinal, on doit en déduire que, contrairement à ce qu'on suppose aujourd'hui, le virus de la fièvre jaune ne réside pas dans le tube digestif, et que son poison s'absorbe peut-être à travers les parois intestinales, mais est fabriqué à l'intérieur des organes et dans le sang même.

Les recherches expérimentales ultérieures nous ont démontré, en effet, que l'important cortège de phénomènes intestinaux de la fièvre jaune est dû exclusivement aux propriétés vomitives,

nécroscantes, et hémorragipares, do la toxine spécifique, fabriquée et circulant dans l'organisme.

RECHERCHE DU MICROBE DE LA FIÈVRE JAUNE DANS LES TISSUS ET DES- CRIPTION DES PRINCIPALES LÉSIONS ANATOMIQUES PRODUITES CHEZ

l'homme par l'infection AMARILE

La complication bactériologique des cas de fièvre jaune doit nous mettre en défiance contre les microbes déjà trouvés et les lésions organiques déjà décrites dans cette maladie. Rien ne dit que ces lésions n'appartiennent pas, en tout ou en partie, à des microbes qui n'ont rien de spécifique.

Par conséquent, ces recherches doivent être refaites, et, pour présenter quelque sécurité, elles ne doivent porter que sur des organes qui contiennent le b. ictéroïde en certaine quantité et seul; ces conditions ne sont pas faciles à trouver. Je ne les ai rencontrées que dans l'observ. II, où le bacille ictéraide était abondant et à l'état de pureté absolue; seul, le rein contenait quelques rares colonies de coli-bacilles.

Les organes de ce cadavre, fixés d'abord dans du sublimé et puis durcis dans l'alcool, sont ceux qui m'ont servi à la recherche des microbes dans les tissus. Pour l'élude des lésions histologiques, je me suis servi de tissus convenablement fixés dans le liquide de Flemmîng.

Dans la rapide description qui va suivre, je ne prétends naturellement pas entreprendre l'histo-pathologie de cette maladie, mais seulement mettre bien en relief la nature et le siège analomique de ses lésions le plus sûrement spécifiques, afin que ces connaissances puissent servir pour apprécier les résultats de mes études ultérieures sur la pathologie comparée du bacille ictéroïde.

Les organes qui, dans la fièvre jaune, fournissent le contingent anatomo-pathologique le plus intéressant, sont, en premier lieu, le foie, puis les reins, ensuite le tube digestif et en dernier lieu la rate.

Commençons par l'étude du foie.

Dans presque tous les cas, le foie est d'un volume à peu près normal et conserve sa consistance habituelle; par exception, cette consistance est un peu augmentée.

Sa couleur est jaunâtre, comparable au cuir neuf, au café au lait, à la gomme-gutte, à la feuille morte, etc. Dans certains cas, on voit des taches livides, rougeâtres ou ardoisées, surtout lorsqu'il y a de la congestion veineuse.

A la coupe, il sort toujours une petite quantité de sang, mais seulement des gros vaisseaux, car le tissu est anémié, pâle et presque desséché, comme s'il avait subi un commencement de cuisson.

Un examen soigneux démontre immédiatement une stase sanguine dans les vaisseaux périlobulaires, qui pourrait faire croire tout d'abord à cette lésion connue sous le nom de foie noix muscade; malgré cela, une difTérence capitale sépare ces deux étals: dans le foie muscade, la stase existe dans les veines centrales, tandis qu'ici la partie jaunâtre correspond au centre du lobule et la congestion aux veines périphériques.

C'est ce qui constitue cette lésion caractéristique de l'hépatite infectieuse qu'Ha/not a appelé d'une expression heureuse : foie noix muscade interverti.

Au point de vue histologique, les lésions vasculaires et cellulaires sont celles qui nous intéressent.

Les vaisseaux : on observe à la coupe que les veines périlobulaires, appartenant au système de la veine-porte, se présentent distendues et remplies de sang, au milieu duquel on trouve beaucoup d'amas irréguliers de pigment disposés en blocs. Souvent lauemcjjorïe présente l'endothélium épaissi, gonflé, desquamé "DU rempli de granulations graisseuses : la paroi est aussi épaissie, elle contient des noyaux embryonnaires, et, dans son épaisseur, l'on observe presque toujours un haut degré d'infiltration leucocytaire.

Les capillaires présentent de fréquentes et profondes altérations distribuées irrégulièrement dans le tissu hépatique.

D'ordinaire leur revêtemeut endothélial est gonflé, trouble; le noyau de beaucoup de cellules endolhéliales ne se laisse plus colorer, ce qui indique un état de nécrose de la cellule elle-même.

Sur quelques points, en effet, les capillaires se trouvent très dilatés et remplis de sang; sur d'autres, ils apparaissent à peu près détruits, ce qui amène la rupture des parois, et, par suite, des infiltrations hémorragiques, très étendues et fréquentes, qui occupent une portion du lobule ou des lobules entiers. En d'autres

parties enfin, il est facile de relever l'ischémie et presque la disparition des trabéculcs capillaires, qu'on peut attribuer à la compression exag-érée des éléments cellulaires et à la dislocation plus ou moins accentuée de la travée hépatique, qui se vérifie sur sur des zones très étendues du parenchyme.

Les lésions des ceUules hépatiques constituent le fait anatomique et histologique le plus saillant de l'intoxication. Il n'y a guère que dans l'empoisonnement par le phosphore, que les éléments du [oie sain se détruisent avec autant de rapidité.

Ce qui frappe avant tout, lorsqu'on observe à un faible grossissement la coupe d'un foie malade, colorée avec de l'hématoxyline ou du carmin, c'est l'existence de foyers multiples d'infiltration leucocytaire, et de nombreuses zones oh la travée hépatique caractéristique a disparu, et où l'élément de l'org-ane est déformé, comprimé, émietté ou dégénéré en une masse informe de résidus nucléaires, de globules sanguins, de pigment et de granules graisseux.

Quant au protoplasma, le fait commun, c'est sa dégénérescence graisseuse, qui est plus ou moins intense, selon les différentes parties du parenchyme, mais qui atteint en même temps et presque sans exception tous les éléments cellulaires. Elle est bien visible aussi à l'état frais, surtout si l'on a soin de dissocier la pulpe hépatique dans le chlorure de sodium, additionné d'une goutte de solution osmique.

Dans les sections fixées avec du liquide de Flemming, elle présente, en certains cas et sur quelques points, une telle intensité qu'il n'est plus possible de distinguer la structure du tissu qu'on a sous les yeux.

Eu effet, les g'outtelettes de graisse, colorées à l'acide osrnique, ne se trouvent pas toujours dans l'intérieur du protoplasma cellulaire, mais très souvent, et peut-être par l'effet même de sa destruction, elles deviennent libres, se distribuent irrégulièrement parmi les autres éléments comme une myriade de granulations noires, ou se réunissent et constituent do grosses taches noires, aussi grandes parfois que la cellule hépatique elle-même.

Lorsque le processus dégénératif est arrivé à ce degré d'intensité, l'étude des fines altérations histologiques du tissu hépatique devient impossible dans les pièces fixées avec l'acide

osmique; c'est pourquoi il est préférable de pratiquer des coupes sur les pièces fixées dans du sublimé et durcies dans l'alcool.

Ces sections se colorent avec de l'hémaloxyline, ou mieux encore par la méthode Maninotli, safranine et acide chromique. (Voir : Zeitschr. fur Wiss. Mikrosk. 1887. Bd IV, p. 326.)

Le premier examen de la préparation montre alors immédiatement, outre les altérations d'ensemble décrites plus haut, les fines lésions histologiques inhérentes à la cellule hépatique.

Celle-ci se montre toujours avec son protoplasma trouble, granuleux, tuméfié, infiltré souvent de pigment jaune brun ou jaune verdâtre, et d'un aspect trabéculaire plus ou moins développé, qui traduit le degré de métamorphose adipeuse subie par la cellule.

En plusieurs points, la travée hépatique est presque désagrégée et un certain nombre de cellules se trouvent atrophiées.

Quant aux noyaux, on peut dire d'une manière générale qu'ils sont moins colorables que d'ordinaire, et que même, en certains cas, oij ils restent parfaitement et nettement visibles dans leurs contours, ils ne se colorent pas du tout. Il serait difficile de déterminer jusqu'à quel point ces faits peuvent entrer dans le domaine de la nécrose cellulaire, ou si on doit les considérer plutôt comme l'expression d'une nécrose hyaline ou par coagulation.

Je n'ai jamais trouvé de noyaux présentant des modifications de karyokinèse. Il est vrai que très souvent on trouve des noyaux un peu plus volumineux que les autres, à contenu clair et homogène, avec un peu de chromatine, rejetée d'ordinaire sur la périphérie; mais, évidemment, la modification subie par ces noyaux doit plutôt être considérée comme un phénomène à' hydropisie cellulaire, que comme un indice de karyokinèse.

Outre ces noyaux hydropiques, on trouve en grande quantité des noyaux bien plus petits qu'à l'état normal, presque atrophiés., mais sur la signification morphologique desquels il est difficile de se prononcer.

Arrivons à présent au microbe. Nous savons combien sa recherche est difficile, même quand il n'y a pas d'infections secondaires. MM. Gibier, Sternberg, etc., n'ont parfois rien trouvé sur des cadavres. Pour me garder contre cette éventualité, je commençai, dès mes premières autopsies d'orientation,

Annales de l Institut Pastel'u

Pl. IX

NAREl.LI lEClr.

TALLERES DEL MUSEO

non seulement à fixer et à conserver tous les organes en différents milieux, mais aussi à mettre pendant 12 heures, dans l'étuve à 37°, de gros fragments de tissu hépatique, préalablement lavés à l'extérieur avec du sublimé, et suspendus par un fil dans une chambre humide, dans le but de favoriser artificiellement la multiplication des microbes qui s'y seraient trouvés en quantité trop faible pour pouvoir être isolés ou recherchés avec succès au moyen du microscope.

Cette précaution, comme nous le verrons plus tard, m'a été, en effet, d'une grande utilité, car elle m'a permis d'établir exactement le siège et la voie de diffusion du b. ictéroïde, surtout dans le parenchyme hépatique.

Dans cet organe, les microbes ne se trouvent pas en quantité bien abondante, et il faut examiner attentivement et longuement les préparations colorées par la méthode Nicolle, pour pouvoir les trouver dans quelque anse capillaire, où on les observe toujours réunis en groupes plus ou moins nombreux.

Cette tendance à se réunir en groupes dans l'intérieur des vaisseaux constitue une disposition caractéristique du bac. ictéroïde, dans toutes ses localisations sur les parenchymes des divers organes.

En effet, en dehors du foie, on la voit se reproduire dans la rate, dans les intestins, etc., oii l'on trouve très rarement des microbes complètement isolés.

Ceci fait supposer immédiatement que la fièvre jaune est une infection du sang, et que lamultiplication des microbes spécifiques se fait de préférence dans l'intérieur des capillaires, surtout au niveau de leurs sinuosités et leurs bifurcations, oii les microbes trouvent plus facilement le moyen de se fixer et de coloniser.

Une démonstration très nette de ce fait nous est fournie par l'examen des coupes de foie resté dans l'étuve à 37° pendant 12 heures.

Il est clair que dans ces fragments il se fait post mortem une abondante prolifération des microbes spécifiques, exactement comme il arrive dans la pulpe splénique des typhiques, à laquelle on fait subir le même traitement, toutes les fois qu'on veut rendre plus faciles la recherche et l'isolement du bacille d'Eberth.

En effet, si l'on examine les sections de ce foie à un faible

grossissemonl, on voil des sinuosités capillaires, remplies de microbes formant des amas tellement denses que, par leur ensemble, ils reproduisent lu forme des capillaires eux-mêmes ou plus exactement celle de leurs bifurcations, au niveau desquelles semble s'eifecluer, comme j'ai déjà dil, la colonisation et la prolifération métastatique des germes.

L'aspect que ceux-ci prennent dans les tissus est identique à celui qu'on observe dans les cultures, sauf que leur protoplasma n'est pas toujours fortement et uniformément coloré en bleu, mais présente une structure un peu granuleuse et transparente, surtout dans les parties les plus centrales.

On trouve néanmoins, dans le -foie resté à l'étuve, des microbes isolés entre les cellules et éloignés des petits foyers endovasculaires.

Ceci confirme encore davantage l'idée. déjà exprimée, que la profonde stéatose de toutes les cellules hépatiques doit être attribuée à l'action directe, non des microbes, mais d'un poison très actif fabriqué par eux.

Après le foie, l'organe qui, dans la fièvre jaune, est le plus gravement et le plus souvent atteint, est sans doute le rein.

Les caractères microscopiques sont toujours ceux de la néphrite aiguë parenchymateuse ou hémorragique.

Au point de vue histologique, les glomérules et l'épithélium des canalicules urinaires sont le siège de raff"ection.

Les altérations du glomérule ne diffèrent pas de celles (ju'on est habitué à trouver dans la glomérulo-néphrite infectieuse commune. L'espace capsulaire contient presque toujours de la sécrétion albumineuse, déjà coagulée et d'aspect granuleux, contenant souventdes éléments épithéliaux nécrosés, des masses sphériques hyalines et des globules sanguins. Les vaisseaux des glomérules sont extraordinairement hyperhémics et présentent souvent l'endothélium dégénéré en graisse ou desquamé.

Quant à l'épithélium des canalicules urinaires, il se montre en plusieurs points complètement trouble, granuleux, dégénéré ou nécrosé; les noyaux sont d'aspect normal, mais ils ont souvent perdu la faculté de se colorer; l'intérieur des canalicules urinaires contient fréquemment des masses coagulées, des cylindres hyalins et granuleux produits par de l'albumine exsudée.

Le tissu connectif interlobulaire participe peu au processus, mais parfois il se trouve œdémateux ou infiltré; les vaisseaux sanguins interlobulaires apparaissent en général hyperhémiés et, sur quelques points, dilatés, affaiblis et parfois docliirés.

Les microbes sont aussi rares que dans le foie; néanmoins, on peut toujours arriver à trouver quelque petit foyer métastatique en rapport, habituellement, avec une section vasculaire, et absolument identique à ceux que nous avons décrits dans le parenchyme hépatique.

Lsi rate n'est que légèrement atteinte dans la fièvre jaune. Le plus souvent, elle est de volume normal; rarement elle se trouve un peu augmentée; c'est aussi ce qui arrive dans la diphtérie. En outre, cette petite augmentation n'a aucun rapport avec la coexistence d'une infection mixte, à laquelle on pourrait, a priori, l'attribuer.

Dans l'observ. II, oii la rate présentait à l'état de pureté le b. ictéroïde, l'organe était un peu aug-menté et, d'autre part, l'interrogatoire du malade excluait tout antécédent de paludisme.

Dans d'autres cas, au contraire (observ. I, YII, VIII, X, XI), 011 il y avait des infections mixtes ou de véritables septicémies à streptocoque, la rate se trouva tout à fait normale. C'est Sans doute que la toxine ictérique, à elle seule, ne peut amener de gonflement, et que les infections secondaires sont trop tardives pour amener une réaction dans le système lymphatique.

En effet, j'ai vu que la légère tuméfaction qui s'observe parfois dans la rate est due, en grande partie, aux hémorragies parenchymateuses de la pulpe splénique.

Ces hémorragies interstitielles sont fort communes dans la fièvre jaune, et parfois elles prennent des proportions si vastes qu'on ne distingue plus ni les lacunes veineuses de la pulpe, ni le réticulum adénoïde, tandis que, sous le microscope, apparaissent de larges zones hémorragiques, au milieu desquelles on trouve des masses amorphes hyalines, qui semblent être des produits de coagulation.

En ce qui concerne les vaisseaux, on relève souvent une infillration leucocytaire très manifeste autour des gaines artérielles et dans les gaines lymphatiques qui accompagnent les gros rameaux artériels.

Dans les éléments de la pulpe, je n'ai observé ni formes de karyokinèse ni altérations nucléaires qui méritent de fixer Tattention.

Les follicules, quand on réussit à les retrouver dans le parenchyme, ne paraissent pas altérés.

La coloration des microbes spécifiques dans le tissu splénique n'a été pratiquée par moi que dans la rate appartenant au cas n° II, qui contenait le microbe spécifique à l'état d'absolue pureté.

Leur recherche n'est pas difficile; ils se trouvent en effet relativement très répandus, surtout dans les foyers hémorragiques parenchymateux où on les observe, comme dans les autres org-anes, réunis en petits groupes plus ou moins nombreux, ayant le même caractère déjà décrit plus haut.

Enfin, les lésions du tube gastro-intestinal mériteraient un examen spécial au point de vue histologique, puisque c'est l'organe qui attire de préférence l'attention. Nous nous en occuperons brièvement, et seulement de ce qui pourra aider à l'interprétation ultérieure des fonctions toxiques du poison ictérique.

En effet, après avoir exclu, en nous basant sur le résultat de nos recherches bactériologiques, l'idée dominante relative au siège gastrique ' du virus de la fièvre jaune et en avoir signalé la présence dans le sang circulant, il est certain qu'on doit chercher la cause des lésions symptomalogiques de la muqueuse digestive dans un processus inflammatoire hématogène.

L'estomac n'est pas gravement altéré dans tous les cas de fièvre jaune. Comme nous l'avons déjà établi en étudiant le mécanisme d'une autre maladie spécifique à lésions intestinales — r la fièvre typhoïde ^ — ces lésions peuvent se manifester avec plus ou moins d'intensité, selon la sensibilité de la muqueuse à l'action du poison spécifique.

Très probablement, le même fait se vérifie dans la fièvre jaune, puisque, à côté des cas où le tube digestif est profondément altéré, on en observe d'autres qui, cliniquement et anato-

1. Cette idée, qui paraît être acceptée presque sans discussion par les auteurs les plus sérieux qui se sont occupés de la fièvre jaune [Sternberg, Gibier, Jonex, etc.), a été soutenue de nouveau, même récemment, par un distingué savant brésilien, le D-' J.-B. de Lacerda. (Voir : Os vins nafebbre amarella. liio-Jancivo, 189G, p. 6.)

2. Voir : Etudes sur la fièvre typhoïde expérimentale. 3» Mémoire. {Annales de l'Inst. Pasteur, 1894, page 353.)

miquement, peuvent se développer avec des symptômes morbides gastro-intestinaux relativement très légers, à tel point que le même vomito (gastrorragie), qui peut être considéré comme un symptôme caractéristique, peut parfois manquer totalement et être remplacé, pendant tout le cours de la maladie, par des vomissements bilieux, semblables à ceux qu'on observe dans les fièvres bilieuses paludéennes communes.

Les principales altérations histologiques, relevées dans les sections d'estomacs profondément altérés, comme, par exemple, dans ceux des observ. 1 et V, sont les suivantes : la surface de la muqueuse est recouverte d'une abondante couche formée de mucosité, de cellules épithéliales en dégénérescence muqueuse, de globules rouges et de leucocytes.

L'épithélium cylindrique des conduits excréteurs des glandes gastriques est absent ou frappé, à diflférents degrés, de métamorphose muqueuse. L'épithélium des g-landes pepsinifères présente des altérations atteignant, le plus souvent, les cellules adélomorphes qui sont enflées, troubles, dég'énérées ou réduites en amas granuleux; tandis que lés cellules délomorphes (de revêtement) paraissent plus résistants et conservent leur aspect et leur situation normale.

Mais ce qui domine surtout à l'examen histologique de la muqueuse gastrique, ce sont les lésions vasculaires.

En effet, les vaisseaux de la sous-muqueuse et le réseau capillaire qui emprisonne toutes les glandes gastriques se présentent extraordinairement surchargés de sang-; le tissu connectif intergiandulaire est le siège d'inhltrations lymphatiques et d'hémorragies nombreuses et abondantes.

Dans ces derniers temps, on a voulu établir l'existence d'une grave dégénérescence graisseuse des vaisseaux capillaires de l'estomac, cherchant à expliquer ainsi la facile rupture et la fréquence des gastrorragies dans les dernières périodes de la fièvre jaune.

Bien que mes observations ne se basent que sur un petit nombre de cas, je crois cependant pouvoir affirmer que cette dégénérescence graisseuse des capillaires de l'estomac n'est ni constante ni aussi grave qu'on voudrait le faire croire.

Il n'est pas difficile, d'ailleurs, d'expliquer la genèse des hémorragies capillaires qui caractérisent le tableau morbide de

la lièvre jauno, par des propriétés hémorragiparcs, déjà découverles et étudiées pour certains microbes (coli-bacillo, slrciitacofiup, pyocijuneus, bac. typhiqiie, etc.).

Nous verrons, en eiïet, que la propriété de déterminer des congestions vasculaires et des hémorragies est un caractère saillant du poison fabriqué par le bacille icléroïde.

En outre, étant admis que la dernière période de la fièvre jaune est presque constamment caractérisée par l'invasion de l'organisme parle coli-bacille,\e streptocoque, etc., il est clair que l'action de tous ces microbes éminemment hémorragipares doit souvent s'accumuler et déterminer, selon l'activité des poisons et la résistance des organes, des manifestations hémorragiques d'intensité diverse dans les muqueuses en général, et dans la gastrique en particulier.

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