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HISTORIQUE

Ce fut un médecin espagnoi, Gaspard Casal d'Oviédo, qui, en 1730, remarqua et étudia l'affection que l'on désigne aujourd’hui du nom de pellagre.

En Espagne on l'appela tout d'abord : mal de la rosa Casal dont les observations ne furent publiées qu'après sa mort en 1762, il les avait cependant communiquées à un médecin français, Thiéry ; et nous avons de ce dernier un travail qui date de 1755.

Les descriptions qu'avaient donné de cette maladie les deux auteurs que nous venons de citer éveillèrent l'attention de nombreux praticiens, et on s’aperçut bientôt que la pellagre était une maladie très répandue. On la signala en Aragon et en Galicie.

En 1774, on constate sa présence en Italie et, à cet époque, Francesco Frappoli, médecin de l’hôpital de Milan, décrit la pellagre lombarde. D’autres communications suivent bientôt:

RES À ne celle de Janetti, Gherardini, d'Albera, Strambio. Deux ans plus tard (1776), la pellagre est décrite dans les Etats de Venise par Pujati (de Padoue), dont les travaux furent publiés par Jacobo Edoardi, son disciple.

Restait à identifier la maladie italienne et le scorbut alpin (autre synonyme de la pellagre) avec les symptômes du mal de la rosa, ce qui fut fait en 1789 par Francesco Fanzago, et en 1796 par Touvenel.

Longtemps après on s'aperçoit que la pellagre existe aussi en France, et l’honneur de l'avoir le premier étudiée revient à Hameau père, médecin de la Teste, dans les Landes.

Le mal de la Teste, nouveau synonyme de la maladie, est à son tour identifiée au mal de la rosa.

Signalons encore Gintrac, Bonnet, Lalesque, Marchand, Cazaban, qui étudièrent très sérieusement le mal de la Teste, dans les Landes. Bientôt on constate qu’il sévit dans d’autres régions de la France.

En Roumanie, Finkinchtein l'observe en 1843.

En 1868, Prétenderis T'ypaldos, fait connaître la pellagre observée à Corfou. Et, en 1887, cette maladie fut le sujet de la thèse inaugurale d'Orléanu.

Ce qui frappa immédiatement tous ceux qui observèrent la pellagre, ce fut sa localisation, son cantonnement en quelque sorte, dans un pays où elle sévissait alors avec une réelle intensité pour laisser indemnes d’autres localités voisines. Il n'en fallait pas davantage pour prononcer le mot endémique, tandis que les cas isolés de pellagre furent appelés sporadiques. Telle est la première division de la maladie.

La pellagre endémique fut très bien étudiée, et nous avons des relations très complètes de véritable épidémie de cette maladie. |

Landouzy, de son côté, étudia la pellagre sporadique en

= Nos 1860,'et consigna 14 observations, recueillies à Reims et dans la Champagne.

Guertin, dans sa thèse, donne une statistique de 63 cas de pellagre sporadique observée en France de 1843 à 1873. Notons en passant que sur ce nombre, 22 cas de pellagre dite sporadique furent observés dans des hôpitaux ou hospices,

Du moment qu’on admettait pour la pellagre une origine épidémique et par conséquent l'idée de contagion, il était bon de rechercher la cause de la maladie : le contage. De là découle une nouvelle doctrine étiologique due à Balardini, tour à tour vantée, tour à tour battue en brèche, et qui encore de nos jours, malgré tant de discussions, compte pas mal d’adeptes. Ë

La cause de la pellagre serait un parasite vivant sur les grains de maïs gâté, son ingestion provoquerait ces troubles si caractéristiques de pellagre.

Il faut lire le compte rendu des Congrès italiens pour se rendre un compte exact des idées contradictoires qui furent énoncées à ce sujet.

Dès 1845, le VIT° Congrès des savantsitaliens, tenu à Naples, avait reconnu comme très positive l'influence du maïs sur le développement de la pellagre. L'année suivante, la même commission, réunie à Gênes, exclut de sonétiologie l’alimentation par le maïs.

Typaldos démontra qu’à Corfou la pellagre s’est développée à la suite d'importation de maïs venant de provinces danubiennes et ayant subi des altérations pendant la traversée. |

En Espagne, Batalla émet la même cause pour expliquer une recrudescence du mal.

La question est reprise beaucoup plus tard. Au Congrès de Gênes de 1880, Schilling signale la maladie dans l’agro romano, dépendant de l'usage du maïs altéré. Manassei,

NTI SE Lombroso, se prononcent également pour cette étiologie. Félix (de Bucharest), expose des idées semblables au Congrès de Turin.

En France, la doctrine de Balardini fut chaudement défendue par Roussel (1845). Costallat (de Bagnères), persuadé aussi que la cause unique de la pellagre était dans l'usage du maïs altéré par le verdérame, proposa qu'on torréfiât les grains avant de les utiliser.

En 1878, Huseman et Cortez ont vu les produits du maïs altéré, découvert par le professeur Lombroso, causer des phénomènes semblables aux symptômes pellagreux.

Lombroso tira du maïs une subtance active qu’il appela pellagrozéine, et qui,injectée aux animaux, provoqua une intoxication semblable à celle de la strychnine. « Ainsi prouva t-on jusqu’à l’évidence, dit Poussié dans sa thèse inaugurale, la nature toxique des troubles morbides que la pellagre amenait dans l'organisme. ».

Cette idée est tellement enracinée, qu’en 1885, Fauvelle dit avoir constaté quatre-vingt-quatorze cas de pellagre chez des individus n'ayant jamais fait usage du maïs; mais il incline à y voir une bactéridie qui aurait besoin, pour se développer dans le corps humain, de conditions particulières de température et de lumière.

Leudet répond qu’il y a probablement eu confusion, « confusion fréquente entre la vraie pellagre, qui est assez rare, et la fausse pellagre ou mal de misère. »

Plus près de nos jours, Paltauf et Heider (1888) attribuent, comme l'avaient fait Lombard et Cortez, le développement de la pellagre à une intoxication par un alcaloïde provenant du maïs gâté.

Dernièrement enfin, le docteur Ferrati (1901), expérimentant sur des rats blancs des aliments faits de maïs envahi

ÉER Ve par le peniceilium glaucum, attribue l’intoxication chronique pellagreuse à cet isomycète plutôt qu'aux schyzomycètes.

On le voit, les zéistes sont bien loin d’être d’accord, et il est difficile de conclure entre le sporisarium maïdis de Balardini, la pellagrozéine de Lombroso, ou son équivalent alcaloïdique et le penicellium de Ferrati.

Restait à expliquer ces cas trop nombreux de pellagre apparus dans des pays dépourvus de maïs. Nous avons déjà vu que les 94 cas de Fauvelle ne pouvaient pas invoquer cette simple étiologie maïdique; et ces cas ne furent malheureuse ment pas isolés.

Les zéistes s’en tirèrent en décorant ces maladies nouvelles, si semblables pourtant à la pellagre, du nom de pseudopellagre. |

La vérité est que l’étiologie de la peliagre avait déjà évolué vers une autre ordre d'idées. Frappé de l'existence assez fréquente chez les aliénés des asiles de Rennes et d'Angers, d’une «infection incidente, présentant avec la pellagre la plus grande analogie », Billod (en 1855), directeur de l'asile du Maine-et-Loire, éprouva la nécessité de faire une enquête auprès de ses collègues des autres asiles. Constatant que « les cas de pellagre consécutif à l’aliénation mentale devenaient de plus en plus nombreux », ce dernier fait le relevé des vingt et un asiles d’aliénés et constate cent vingt-quatre cas de manifestations cutanées de la pellagre. Hâtons-nous d’ajouter que ce rapport fut violemment pris à parti par Landouzy (de Reims), et qu’une polémique s'engagea entre ces deux praticiens.

Landouzy, il faut bien le dire, était un ardent défenseur de la pellagre sporadique, en insinuant que le nombre d'aliénés pellagreux, cité par Billod, doit être exagéré, il laisse cependant échapper cette remarque : « Les médecins italiens, bien plus habitués que nous à ces transformations de la pellagre,

lo s’y trompent beaucoup moins. La plupart de leurs manicômes comportent maintenant deux divisions : l’une pour le - fou ordinaire, l’autre pour le pellagreux atteint de folie. » Et Landouzy conclut : «Nous voyons toujours la pellagre amener l'aliénation mentale, et jamais l’aliénation amener la pellagre. »

Le cas de Billod n'était pas isolé: en 1863, Joire nous donne des détails sur la pellagre dans un asile du nord de la France.

Fabre, en 1868, fait sa thèse sur la pellagre à l'asile d’aliénés de Sainte-Gemmes. Dès lors, on admit quelque peu l'influence du système nerveux sur l'évolution de [a pellagre. Cazenave avait déjà décrit la folie pellagreuse. Bonnet, en 1873, l’étudia à son tour.

Mais, en faisant des recherches plus minutieuses, on constata que ces aliénés atteints de pellagre étaient pour la plupart des cultivateurs, des individus qui avaient souffert au point de vue physique et parfois aussi au point de vue moral. Et on ne tarda pas à incriminer la misère comme cause étiologique de la pellagre. Dans cet ordres d'idées, citons les observations de M. P. Raymond, en Roumanie, Autriche-Hongrie, etc., qui résume en ces deux mots l’histoire de l’étiologie : misère et maïs.

Certains allèrent même plus loin dans cette voie et ne virent dans cette maladie qu’une sorte de cachexie de nombreux états chroniques ; pour ceux-là, la pellagre n’était qu’un symptôme venant s'ajouter aux autres pour hâter la fin des malades.

L'hérédité, à son tour, ne pouvait pas rester étrangère à la pellagre. Guertin cite des exemples de jeunes enfants nourris par des mères pellagreuses et réalisant l'érythème squameux, sans jamais avoir été exposés au soleil ni à aucune

MAS des influences auxquelles on à cru devoir apporter la cause de la pellagre.

Telle est, en quelques mots, l'histoire de Ja pellagre. Suivant le courant actuel de la science, nous allons rechercher dans l’anatomie pathologique l’étiologie quelque peu errante de cette maladie, laissant de côlé la bactériologie, quitte à nous d'y avoir recours plus tard dans le cours de cette étude, Si nos conclusions nous y obligent.

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