EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX
Le micrococcus neoformans a été trouvé à l’état infertile dans 2 cas de tumeurs anciennes de la mamelle chez la chienne et dans un cas de tumeur du chat.
L’inoculation de cultures virulentes aux animaux a produit chez une chienne, au niveau des mamelles, 2 lipomes encapsulés; dans la
mamelle du cobaye, des tumeurs temporaires assez analogues au cancer du sein chez la femme, mais qui se résorbent en quelques mois ; dans le testicule du cobaye, une phagocytose épithéliale intense, qui atteint son maximum dix jours après l’injection, et se termine par l’atrophie de l’organe.
Une femelle de cobaye, morte spontanément deux mois après l’injection dans la mamelle d’une culture pure, présentait un foyer d’adénome cylindrique du foie. Un lapin, huit jours après une injection faite par la voie lombaire au niveau de l’extrémité supérieure du rein droit, est mort d’une sténose pylorique qui ressemblait extraordinairement à la même lésion chez l’homme.
Deux souris inoculées sous la peau du dos sont mortes l’une six mois, l’autre dix mois et demi après, d’obstruction intestinale. On a trouvé chez la première une masse cancéreuse développée au niveau de l’angle du côlon transverse et dans laquelle existaient encore des zooglées du microcoque pathogène, et chez la deuxième un adénome cylindrique à type cancéreux, qui avait envahi une longueur de io millimètres du gros intestin et présentait le volume de la cuisse de l’animal.
La même injection de cultures virulentes a déterminé chez une guenon un adénome kystique de la mamelle, absolument identique aux adénomes kystiques que l’on observe chez la femme.
Un rat blanc a présenté 5 mois après l’inoculation, des foyers multiples de lymphadénome du testicule, fig. 36 et 37, et un rat femelle, inoculé dans la région rénale, un fibro-sarcome de la trompe de Fallope (fig. 38) ; un autre point de la trompe était kystique. Le rein, fibreux et sclérosé en partie, présente un foyer d’angiome caverneux avec des amas d’épithéliomas enflammés.
Quatre de ces animaux sont morts spontanément des progrès de l’affection.
MODIFICATIONS DE LA VIRULENCE DES CULTURES SOUS DIVERSES INFLUENCES PHYSIQUES ET CHIMIQUES
Les expériences relatees plus haut n’auraient qu’une importance relative si le même point de départ ne m’avait permis d’obtenir des résultats thérapeutiques incontestables. L’étude de la morphologie du micrococcus neoformans m’a conduit à faire, pour exalter ou atténuer sa virulence et pour étudier les conditions spéciales de la destruction du microbe par les tissus normaux de l’économie, une longue série
d'expériences et de passages sur différents milieux de cultures et par différentes espèces animales.
J’ai étudié très longuement l’action sur les cultures soit des différentes températures au-dessus de la normale et soit d’un grand nombre de substances chimiques.
Le micrococcus neoformans meurt très rapidement à l’abri de l’oxygène ou bien par l’élévation de la température ambiante.
Dans les cultures de quelques jours et sur certains milieux peu favorables, on est frappé, en faisant l’examen par la coloration Graméosine, que certains microcoques seuls prennent le violet, les autres ne se colorant plus que par l’éosine.
On reproduit ainsi dans les cultures les mêmes phénomènes que nous avons signalés dans les tissus néoplasiques chez l’homme et dans le testicule du cobaye.
Divers types de cultures de virulence atténuée ou exagérée ont été ainsi déterminés.
TOXINE DU MICROCOCCUS NEOFORMANS
Le micrococcus neoformans produit dans certaines conditions de culture une toxine très active. Cette toxine, à un degré moyen de concentration, détermine dans le tissu cellulaire sous-cutané des foyers de nécrobiose aseptique analogues à ceux que l’on observe dans le centre de certaines tumeurs malignes.
Après diverses expériences chez les animaux, il a été possible de préparer une toxine dont l’injection n’est pas très douloureuse et ne produit pas de phénomènes inflammatoires accentués.
LA VACCINATION ANTI-CANCEREUSE PRÉPARATION DES VACCINS ET DES TOXINES POUR LE TRAITEMENT DES NÉOPLASMES. - LEUR ACTION THÉRAPEUTIQUE
Les procédés d’atténuation employés, et qui ont été indiqués dans une publication antérieure 1 , dérivent des procédés déjà connus pour l’atténuation des cultures virulentes de la bactéridie charbonneuse et des toxines de la diphtérie ou du tétanos.
Les différents types de vaccins actifs sont des cultures de micrococcus neoformans obtenues à l’état virulent des tumeurs malignes de
:. Revue critique de médecine et de chirurgie, 1902 . « Le cancer », p. a3.
l’homme ou bien après passage par le rat blanc, la souris blanche, le cobaye et le lapin, et atténuées ensuite soit par 1 action de la chaleur, à des températures qui varient entre 4o° et 55°, soit par 1 addition de substances chimiques, notamment du chlorhydrate de quinine, de l’acide cacodylique et de l’acide méthylarsénique de 5 p. ioo a io p. ioo. Ces corps agissent à la manière du bichromate de potasse, des perchlorures et de l’iode, qui ont été employés antérieurement, pour d’autres microbes et pour leurs toxines, dans un but analogue.
Les toxines du micrococcus neoformans n’acquièrent toute leur activité qu’au bout de deux ans de culture, et la production des toxines actives est aussi délicate pour ce microbe que pour la diphtérie et le tétanos.
L’activité de la toxine ainsi préparée doit être modifiée, pour répondre aux différents cas cliniques, par les mêmes procédés que les cultures elles-mêmes, c’est-à-dire par l’action combinée de la chaleur et des substances chimiques indiquées plus haut.
Le vaccin et les toxines doivent être employés à divers degrés de virulence , suivant la variété anatomique du néoplasme et suivant son évolution.
L’injection, qui est pratiquée en un point quelconque du corps, de préférence dans la fesse, détermine l’immunisation des malades encore susceptibles de réagir favorablement.
L’injection de ces vaccins et de ces toxines occasionne chez les malades atteints de cancer et déjà opérés une réaction générale assez vive, et qui présente une grande analogie avec celle de la tuberculine chez les tuberculeux.
Par exemple, chez une malade opérée de cancer du sein et présentant les symptômes d’un début de généralisation vertébrale, les premières injections ont déterminé une poussée fébrile violente avec abattement et douleurs vives dans tous les points où elle souffrait auparavant , ainsi qu’au niveau de la région opérée. Au bout de trente-six heures, sédation des douleurs. A partir de ce moment les autres injections furent bien supportées, de telle sorte que cette personne, qui gardait le lit depuis plus de deux mois, commença à se lever età reprendre des forces.
Le traitement ne doit être entrepris qu’avec une grande prudence lorsqu’il y a des signes de généralisation ganglionnaire et viscérale, car, dans ces cas, des injections intempestives peuvent déterminer un accroissement extraordinairement rapide des masses cancéreuses.
Le cancer est une maladie à évolution souvent très longue ; la méthode de traitement que je propose a été déterminée d’après l’observation rigoureuse d’un grand nombre de cas cliniques et par l’analyse des expériences qui sont résumées plus haut.
La constatation de la présence presque exclusive du microbe virulent aux limites des néoplasmes et l’observation du processus de défense des cellules de l’économie m’a engagé à étudier les moyens d’augmenter la résistance de ces cellules et d’accroître en elles une accoutumance qui leur permette de détruire le microbe virulent à la périphérie des tumeurs.
Etant donnée l’évolution du cancer, il faut que le traitement puisse être continué pendant plusieurs mois, pendant des années même, avec des périodes d’interruption dans les cas rebelles.
J’ai tâté la susceptibilité des malades atteints de divers types de tumeurs malignes et depuis 3 ans je me suis attaché à déterminer les cas cliniques qui demandaient l’emploi de tel ou tel type de vaccin ou de toxine.
Ces observations sont longues à faire, puisqu’il faut vérifier la persistance des résultats favorables pendant des années, pour pouvoir affirmer l’efficacité du traitement sérotbérapique d’une affection telle que le cancer. Je n’ai donc traité au début qu’un petit nombre de malades qui étaient considérés comme incurables. L’observation clinique minutieuse des modifications de l’état local et général m’ont permis d’améliorer petit à petit le modus faciendi et de déterminer les cas où le nouveau traitement peut être employé avec succès.
Dans ces derniers mois nous avons obtenu des résultats beaucoup plus rapides qu’auparavant, et ces résultats sont suffisants pour mériter d’être connus.