I. — Echanges calcaires chez les rachitiques
Les résultats auxquels ont donné lieu les analyses des différénts auteurs, touchant l'élimination de la chaux par les urines chez les enfants rachitiques, ont été contradictoires.
En 1780 Fourcroy trouve dans les urines des rachitiques une quantité de chaux supérieure à la normale. Bolba, Marchand,Lehmann, Bergeret, Harley, Laborde arrivent aux mêmes conclusions.
Par contre Le Canu, Virchow (100), Seemann (89) n’ont constaté ni augmentation, ni diminution des sels calcaires dans les urines des rachitiques.
Baginsky (4) déclare que les urines des rachitiques ne présentent pas d'anomalies notables : ni augmentation, ni diminution des phosphates et des sels de
chaux ; au contraire les selles contiennent une forte
proportion de chaux qui proviendrait d’après l’auteur, en partie de la chaux contenue dans les aliments, en partie de la chaux mise en liberté par le ramollissement et la dissolution de la substance osseuse qui, reprise par le sang, est excrétée par l’intestin. :
Dans sa thèse, Babeau (3) a repris cette étude de l'élimination des sels calcaires dans le rachitisme. Il divise les rachitiques en trois groupes :
1° Rachitiques chez lesquels l’analyse des urines révèle constamment de la chaux en excès : dans ces cas l'élimination calcaire de o gr. O4 à Oo gr. 10 qu'on observe à l’étai normal peut être portée à o gr.2f et o gr. 30.
Œschner de Coninck (70) estime que la déperdition exagérée de chaux par les urines se fait dans 20 0/0 des cas de rachitisme.
2° Rachitiques dont l'élimination exagérée des sels de chaux se fait par les fèces. Dans de nombreux cas les urines ont une teneur normale en chaux :on observe plus souvent une élimination excessive par les matières fécales. Tandis que chez les enfants normaux on trouve journellement une élimination par l'intestin de 7 à 8 grammes de sels calcaires, ce chiffre se trouve porté à 25 grammes chez certains rachitiques. Chez le rachitique, il y a donc toujours déperdition de chaux soit par les urines, soit par les fèces mais seulement chez le rachitique en voie de déformation. Au début de la maladie, chez un sujet jeune en pleine période de croissance, on constate
Mas VUE
une déperdition de chaux : c’est la période rachitisante.
Au moment où l'organisme réagit, où la nutrition se fait mieux, l’utilisation calcaire est parfaite, lélimination est parfois même diminuée par rapport à la normale.
Le sujet retient alors le plus possible de chaux. Les excréta donnent la preuve de celte réaction organique ; on ne retrouve plus à l’analyse que la matière calcaire normale ou même une quantité inférieure à la normale. C’est le troisième groupe des rachitiques : chez lesquels on ne trouve plus ni dans les fèces ni dans les urines de la chaux en excès. La chimie vient affirmer qu’à ce moment de la guérison il n’y a plus d'élimination anormale des matériaux calcaires: c’est le groupe des rachitiques guéris : cependant les déformations osseuses acquises restent comme preuve d’un appauvrissement calcaire anté- ‘rieur.
Il. — Composition de l'os rachitiqueé
Les analyses chimiques des os n’ont pas donné des résultats uniformes ; il est cependant un point sur lequel elles sont à peu près concordantes : la diminution de phosphate de chaux dans l'os rachitique.
L’os normal, frais, se compose de 30 à 35 o/o d’osséine (matière organique) et de 60 à 70 0/0 de matières minérales (sels calcaires, phosphate tricalcique, carbonate de chaux, phosphate de magnésie).
Dans l'os rachitique, la proportion se renverse : on trouve 30 à 40 o/o de substances minérales et 60 à 70 0/0 de matière organique (Pelouze et Frémy, Bibra).
D’après Bostock, le phosphate de chaux, qui constitue le tiers du poids total de l'os normal, n’en forme que le cinquième dans l’os rachitique.
Les analyses de Friedleben (29), Lehmann, Schlossberger et Marchand ont donné des résultats variables sauf sur un point: dans la substance osseuse sèche, il y a diminution des sels inorganiques : état normal 5o à 60 0/0 du poids de l’os dans le rachitisme 40 à 24 0/0.
D'après (Eschner de Coninck (70), la chaux absente serait remplacée par la magnésie.
Dante Pacchioni (20) trouve une diminution considérable de l’acide phosphorique et de la chaux dans le cartilage contigu à l’extrémité antérieure des côtes rachitiques.
L'étude des os rachitiques, dit Baginsky, montre ce résultat général qu'au moment où le processus morbide atteint son plus haut degré de développement, les os présentent une augmentation des substances organiques. La proportion de chaux est trois fois moindre que normalement.
Brubacher, étudiant la composition chimique des os suivant l’âge, constate que les parties organiques vont diminuant à mesure que se fait la croissance, tandis qu’il y a une augmentation progressive des parties inorganiques : ces conditions élanl troublées,
chez certains enfants, le développement des os ne se fait pas d’une façon normale ; les substances minérales ne se fixent pas sur los tandis que la proportion des substances organiques augmente.
En résumé l'os dans le rachitisme en évolulion est pauvre en acide phosphorique et en sels de chaux : cette raréfaction et cette décalcification peuvent être très accusées : l’os est alors plus léger, plus poreux, plus friable, plus mou qu’à l’état normal.
Trousseau possédait le squelette d’un enfant rachitique de huit ans, squelette qui ne pesait qu’un kilogramme, alors que le poids normal du squelette d’un enfant de cet âge est de sepl à huit kilogrammes environ. |