‹ Étoile polaireChapitre 3 sur 19 · II · texte numérisé non relu

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rai Khatof m'y conduisit en partie de plaisir. Le Vauxhall est situé à l'extrémilé du parc de Paulosky, appartenant au grand duc Michel. J'y trouvai Son Altesse Impériale ; elle daigna venir à moi , et m'invita à dîner pour le lendemain.

« — Je vous ferai visiter ma solitude , me dit le prince avec sa noble et franche cordialité habituelle. Je n'habite pas le grand château, j'ai ma retraite au fond des jardins. Vous y trouverez un ermite, ou, si vous l'aimez mieux , un solitaire. »

Que de grâce dans ces paroles ! Je passai ma soirée près de lui. Le lendemain , mon bonheur fut plus complet encore ; le grand duc avait peu de monde à sa table ; et l'entretien y fut plein de charme. S. A. L a beaucoup voyagé, beaucoup regardé, beaucoup vu ; nul n'est plus au fait que lui des hommes du jour, des passions du temps, et des livres de l'époque. Digne frère de l'empereur, ami des arts et de la civilisation , Michel est, sous tous les rapports , une des gloires de la Russie.

Le prince, après le dîner , se rendit à une course de chevaux aux environs ; j'y passai aussi quelques heures (1). A la fin de la se-

(1) Un (îhQval aommQ Colibri ^ à M, Panoff , et un au-

maine, une grande solennité devait avoir lieu à Pétersbourg : six cents jeunes élèves du corps des cadets et des pages , récemment nommés officiers , prêtaient serment à l'empereur. « — Je désire que vous assistiez à cette imposante cérémonie, m'avait dit le grand duc Michel. » Ce vœu, c'était un ordre pour moi ; et cet ordre était une tête.

Le général Ygnatieff, commandant le corps des pages , et le général Rostovsto/f chef d'état major de Son Altesse Impériale, présidaient aux solennités (1). J'arrivai à l'hôtel du corps noble des cadets (au vieux Pétersbourg) au commencement delamesse.

Un discours touchant fut adressé dans la chapelle aux nouveaux officiers; elle prêtre y reçut leurs serments au pied de l'autel. Ce n'était pas là une prestation de foi faite, sans façon et au pied levé, à des lois dites fondamentales, devant des images dites constitutionnelles : c'était un engagement grave et religieux pris envers le prince et le pays en

tre, au comte de Schouvaloff , eurent les lionneurs da la fête.

(t) Il y en eut plusieurs ; comme elles étaient semblables ou à peu près, je n'en décrirai qu'une : la dernière.

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présence de l'éternel Peu d'instants après, ces mêmes officiers , réunis, a\ec leurs chefs et leurs anciens compagnons , dans une des vastes salles de l'établissement , au pied du portrait de l'empereur , entonnaient le chant national « Dieu sauve notre souverain ! » Qu'on se figure 12 a 1500 militaires et élèves en grande tenue , debout , le front levé , la tête nue, élevant en chœur vers le ciel leurs voix sonores et martiales'-... Qu'on se les représente parés de tout l'éclat de la jeunesse, et les yeux fixés avec une ardente reconnaissance sur l'auguste image du prince î. . . Qu'on ajoute à ce tableau l'effet d'une musique militaire accompagnant de ses brillantes fanfares les chants d'un enthousiaste dév ouement ! . . . et l'on n'aura qu'une imparfaite idée de cet admirable spectacle. Je me retrempais là aux vieux souvenirs de la monarchie et de la religion : j'y retrouvais les preux d'autrefois.

Une distribution de prix eut lieu. J'y revis les jeunes gens que j'avais remarqués naguère aux examens, tel que Brevem ^ le prince Sihirski , Lavrof., l'indien TSahahsoultan, né à Lahore , et le bel officier Jiarisof. Un banquet magnifique suivit; j'y pris place auprès des généraux Rostovstoff, Klin-

genberg; Pouchichine{l). Des tables de 15 à 18 cents couverts, dressées dans une même salle , étaient servies avec autant de profusion que d'élégance ; le Champagne y coulait à flots. Les fêtes en Russie sont, comme les palais et les institutions , sur une échelle gigantesque : tout est vaste comme l'empire. Au moment de s'asseoir à table, les nouveaux officiers demandèrent la permission de rendre, par une espèce de chant sacré, un dernier hommage à ceux de leurs prédécesseurs qui , jadis élevés sous ces mêmes murs, étaient tombés, depuis, au champ d'honneur. On m'avait montré , dans l'établissement, les tables en marbre noir où étaient inscrits les noms des braves disparus . Je 'ne saurais exprimer combien il me parut touchant , quand les jeunes élèves adressèrent l'hymne funèbre aux mânes de leurs devanciers , de voir cette noble pensée de douleur et de mort s'élever tout à coup des joies et des enivrements d'une fête. L'hymne était religieuse et guerrière ; je l'ai traduite en vers français.

(1) La famille des Pouchtchine est inscrite au livre de ■velours.

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Frères ! nos anciens compagnons Furent les fils de la Victoire !

Ils sont morts ; mais voici leurs noms Sur les tablettes de la gloire!

Leurs exploits ont reçu leur prix.

Qu'ici chacun leur rende hommage!

Au nom du prince et du pays , Salut à leurs noms d'âge en âge!

Frères! aux champs de la valeur, Un jour, parés de nos insignes.

Sur ce marbre obtenons l'honneur D'ajouter encor quelques lignes !

I.e 31 août 1842 (19 août en style russe) le bruit du canon apprit à Pétersbourg, vers cinq heures du matin, que la grande duchesse, femme du grand duc héritier, venait de donner le jour à une princesse. J'étais attendu ce matin même, à Tsarskoé-Sélo, chez le duc de Leuchtenberg, que je n'avais encore vu ni chez l'empereur , ni à aucune des fêtes de la cour. Malade depuis mon arrivée en Russie, le prince ne recevait personne. Je désirais vivement me trouver

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auprès du fils de ce noble prince Eugène qui, jusqu'au derniermoment, fidèle à Napoléon, s'était montré le type de l'honneur, du dévouement et de la fidélité. Je retrouvai en lui les traits de son père. Le duc est jeune, beau, et d'une stature élevée; sa physionomie est franche, et son œil plein d'expression. Je l'entretins des gloires de l'empire et des hauts faits de son père. Son regard s'animait à ces souvenirs d'un temps qui , bien que peu éloigné , n'en paraît pas moins tenir aujourd'hui des âges fabuleux, tant la rapidité des événements et le mouvement des idées l'ont repoussé loin dans le passé. Il me semblait lui parler de Charlemagne ou de Jules César, quand je lui remémorais le héros d'Austerlitz et de Marengo; notre entretien fut long. J'avais connu toute sa famille. Le prince Eugène et la reine Hortense avaient mis leur signature au bas de mon contrat de mariage où étaient celles de l'empereur et de l'impératrice. Je pouvais lui vanter les vertus de son illustre père : car, comme lui, fidèle aux vieilles maximes delà chevalerie, je n'avais trahi aucun serment ni renié aucune gloire. Moi aussi, j'avais adopté la devise des Beauharnais. «/aw ce que dois, advienne que pourra ! » Je me sentais donc le

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droit d'admirer les nobles dévouements : car j'étais resté fidèle à la religion du malheur. J'avais gémi sur Sainte Hélène , et mes Tuileries étaient à Kirchberg.

Je quittai le duc de Leuchtenberg pour me rendre auprès du grand duc Michel qui m'avait fait promettre de retourner dîner à son ermitage. Je me transportai auparavant au palais de l'empereur, pour y avoir des nouvelles de l'auguste accouchée ; puis, j'arrivai à Paulosky.

Avec quel ravissement j'y passai de nouveau ma journée! Non, jamais cette douce intimité, ces moments pleins de charme ne s'effaceront de ma mémoire. Au dîner où n'étaient que cinq où six personnes, la conversation, tout en ayant un laisser aller plein de grâce, prenait parfois une allure grave et sévère. Les aimables saillies du grand duc y venaient jeter, à l'improviste, et la malice et la gaîté. Plusieurs anecdotes furent racontées. Je puis répéter celle-ci.

On sait que le fameux La Harpe présidait à l'éducation des grands ducs Alexandre et Constantin. On lui avait donné le grade de colonel à la cour de Russie. Un soir, à une fête, l'impératrice mère, au moment de danser une polonaise, fit l'insigne honneur à

La Harpe de le choisir pour son cavalier. Le célèbre écrivain , surpris de cette faveur imprévue, s'inclina respectueusement et parut refuser. L'empereur Paul était présent.

« — Que faites-vous ! dit-il à La Harpe ; pourquoi cette hésitation ?

« — Sire ! je suis au désespoir; mais

ce soir... Je n'ai pas de gants.

« — Voici les miens, répond le czar; » et La Harpe n'eut plus d'excuse.

Cela se passait en 1794 .

Le grand duc Michel, traversant la Suisse, en 1837 (43 ans après), fut visiter La Harpe dans la solitude où il avait fixé sa résidence. Le prince, ayant conservé de l'affection pour celui qu'Alexandre avait honoré de sa confiance , entre chez l'illustre écrivain.

« — Quoi ! c'est vous ! mon prince ! s'écrie La Harpe à son aspect ; comment un pauvre vieux républicain comme moi pourrait-il dignement vous recevoir !... »

Le philosophe était ivre d'orgueil et de joie.cr — Tenez! reprend-il avec transport en conduisant le prince auprès d'unmeuble et en y ouvrant un tiroir : voilà les gants de l'empereur Paul r' ! les mômes qu'il daigna tirer un soir de ses mains, et que je portai quelques heures ! . . . Les voilà ces gants sacrés de votre

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auguste père !.. . ils sont pour moi, depuis quarante ans, l'objet d'une espèce de culte. Et vous, son fils ! vous, sous mon humble toit ! ... Oh ! laissez-moi pleurer de bonheur!»

Ses joues étaient baignées de larmes. Il portait les gants de l'empereur Paul à ses lèvres avec l'enthousiasme du courtisan. Il n'avait dans la pensée que du monarchiques souvenirs, dans le cœur que des adorations à la suprême puissance : et le vieillard parlait république

0 contradiction de la nature humaine ! La Hairpe ne revenait pas de son ravissement en se voyant visité par le frère des empereurs Alexandre et Nicolas. Puis, sous cette même demeure, interrogé par le grand duc sur ses opinions politiques, il répondait ces mots incroyables : « — Monseigeur ! il n'y a eu véritablement que deux grands caractères dans notre siècle : Vabbé Grégoire et Lafayette. y>

Autre anecdote. Napoléon étant à Erfurt, entouré d'une cour brillante, adressait ces mots à trois princes. « — Roi de Wurtemberg! roi de Saxe ! roi de Bavière ! il y a dans vos Étals une jeunesse démagogue qui ne demanderait pas mieux que de propager ses idées révolutionnaires. Prenez-y garde

et au plus vite! sinon, moi, je m'en mêlerai. »

« — Vive Napoléon (s'écriait-on sous Charles X) ! Napoléon voulais quon fût libre. »

J'éprouvai, je l'avoue, un vrai serrement de cœur en faisant mes adieux à ce noble grand duc qui m'avait comblé de tant de bontés ! ... Il vit mon émotion et m'embrassa. Le républicain La Harpe, s'il se lût trouvé à ma place, en serait peut-être mort de bonheur.

Le 2 septembre, j'étais sur le bateau à vapeur le Stor Fursten, et m'acheminais vers Réval. Nous sortions du port de Cromstadt. « — Avez-vous jamais pris des bains russes? me demanda un passager.

« — Non. Expliquez-moi ce que c'est.

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« — Très volontiers. Ici, en hiver, surtout parmi les gens du peuple, on prend des bains de santé à quarante-cinq degrés de chaleur. Le paysan russe sort de là pour aller se rouler tout nu dans la neige ; il revient ensuite se replonger dans une eau presque bouillante, après quoi on le fustige avec de petites verges; et il ressort, extrêmement satisfait de toutes ces opérations consécutives, dans l'état d'un poulet rôti, marbré, rougâtre et crevassé.

« — Superbe traitement! répliquai -je.

Plinilz de Graflinberg ! où es-tu? »

J'avais mes passeports en règle. Ici qu'on me permette une digression ! J'ai assez loué l'empire des czars pour avoir acquis aussi le droit de le critiquer. Rien ne prouve mieux d'ailleurs la vérité de l'éloge que la justice du blâme. On se plaint en Russie de la sévérité des jugements portés par la pluralité des voyageurs. J'attribue en partie cette sévérité à la mauvaise humeur que leur causent les trois calamités suivantes : les douanes, les postes et les passeports.

V Les douanes. Quoi de plus anti-social que leurs visites et leurs fouilles! est-il rien de plus outrageusement humiliant que de sentir, autour de soi et sur soi, des mains rudes

et hardies qui s'emparent de vos boites et de vos papiers! des regards impertinents qui, par leur publique inspection, souillent les objets mystérieux et sacrés que vous ne laissiez voir à personne !... Que font de plus les peuplades sauvages ! Les douanes, constamment hors la loi des convenances, de la politesse et parfois de l'humanité, sont une insulte permanente à la civiUsation européenne. Elles ne respectent ni rang, ni âge, ni sexe; et les douanes de la Russie, en fait de procédés insultants , ont le pas sur toutes les autres ;

2° Les postes. L'étranger qui voyage en Russie dans sa voiture, est entièrement à la merci du caprice ou de la rapacité des maîtres de poste. Aucune mesure administrative n'y met ordre. La seule grande route de Pétersbourg à Moscou est soumise à des règlements. Ailleurs, aucune garantie pour le voyageur. Ici on lui dit : « Mettez six che~ paucc ! ou nous ne vous mènerons pas, » et il faut payer six chevaux. Là on lui dit : « L'écurie est vide. Le» chei>aux sont tous en course; il faut en louer au pays., ou passer la journée à l'auberge. » Et quelle auberge! grand Dieu ! un trou où il n'y a ni vivres ni lit; rien que les quatre murs, du pain noir et

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des punaises. On se dépêche de louer des chevaux à tout prix, et ce sont les chevaux de la poste même qu'on vous livre aussitêt en payant le double et le triple. Plus loin, on vous dit encore : « // ny a de chei^aux ni ici ni dans le pays. Nous en aurons demain ou après. » Cela signifie que l'aubergiste a des vivres et des provisions qu'il veut vous faire consommer. Vous ne vous tirerez de là qu'à force d'argent. Disons à ce sujet, comme les anciens chevaliers qui avaient foi au souverain : « — ^hl si le prince le savait l »

3. Les passeports. Ceci est pis encore. Le fisc russe a développé dans cette branche administrative un grand savoir-faire de rouerie spéculative. Le voyageur est forcé d'aller lui-même à chaque bureau où il y a une petite formante à remphr et beaucoup d'argent à donner. Or, les bureaux se multiplient comme la famille des Atrides. Il y en a partout, et l'on n'en finit jamais avec eux. 11 faut un passeport pour arriver, un permis pour séjourner, un certificat de nationalité pour régulariser le -permis^ une autorisation pour circuler à l'intérieur, un woxnQdMpasseport pour revenir, un nouveau /^e/v»/^ pour reséjournerj une supplique légale pour repartira l'é-

tranger, trois insertions payantes, dans le journal, de cinq jours en cinq jours, pour annoncer votre départ ce qui vous contraint à quinze jours d'attente , quelles que soient vos affaires , avant de pouvoir quitter la Russie; puis., un dernier sauf-conduit pour vous remettre en route. Et tout cela vous a coûté des fatigues affreuses, des ennuis continuels, et force argent. J'avais fait précédemment dix-huit cents lieues en Allemagne et n'avais dépensé que cinq ou six francs pour frais de passeports, sans m'être donné d'embarras. En Russie, pour mon valet de chambre et pour moi, j'eus cent cinquante francs à payer et mille tracas à subir. Qu'eût-ce été, en outre, si j'avais eu femme, enfants et nombreux domestiques !... Terminons de nouveau par ces mots : « — Ahl si le prince le savait ! » Les principaux passagers de mon pyroscaphe étaient MU. Eugène Demidoff {oSi^ cier russe ) , Adlerberij ( aide-de-camp de l'empereur), Emile de Krusenstern (officier russe) (1), le baron Oscar de Rahdeti (Courlandais), Loms le Duc (voyageur français), Maximilien Mulkr (Âilemand), Ilinckelho^

(1) Son père ôlnil amiral. Ami de M. DumoiU d'Urvillc , il fit aussi le lour du monde,

vefi (Hollandais, je crois), et plusieurs dames, parmi lesquelles était une jolie Estonienne^ mademoiselle Marie Maidell.

J'aurais pu me croire au milieu d'une société française ; car notre langue est parlée en Russie avec une admirable pureté d'accent et d'expression. Il est peu d'exceptions à cette règle; je n'en citerai qu'une seule. L'empereur, pendant une revue, montrant un bataillon à l'un de ses officiers supérieurs, lui adressa cette question : « — Qui commande ces troupes-là ? — Je, répondit le militaire. » Il gardait sans doute le moi pour une meilleure occasion.

J'avais d'assez volumineux bagages ; car il m'était arrivé une quantité de cadeaux au moment de mon départ : des bronzes, des cristaux, des malachites, des boîtes, des porcelaines et des bijoux. « — D'après nos vieilles traditions hospitalières, me disaient les nobles amis dont je me séparais, nous offrons le pain et le sel au voyageur qui nous quitte. » Aimables dames de Smirmoff(l)!

je répète ici vos paroles.

La vapeur tourbillonnait. La traversée promettait d'être heureuse , carie temps était

(I) Veuve el UUc du conseiller d'Élat aciuel de Sinirnoff\

magnifique; mais, après les opinions politiques de certaines notabilités, qu'est-il de plus variable et de plus perfide que le temps ! De gros nuages s'élevèrent au coucher du soleil ; le vent fraîchit; la mer commença à devenir houleuse; et des indices certains nous annoncèrent une nuit orageuse. Bientôt, aux rudes secousses du navire, le mal de mer s'empara violemment de la plupart des passagers; le capitaine était soucieux ; la douleur se peignait sur les visages. Ce tut une triste soire'e.

« — Quelle nuée d'alcyons ! dis-je à une des personnes les moins souffrantes du bâtiment; c'est, je crois, de fâcheux présage.

« — N'avez-vous pas dans le Solitaire, me répondit-elle, une phrase sur ces oiseaux? Vous devriez me la redire, ou , ce qui vaudrait beaucoup mieux, me l'écrire sur mon album. »

Je lui traçai ce peu de hgnes : « U est un âge heureux où les réflexions tristes ne font qu'eiDQeurer l'imaginaîlon; elles sont rarement sombres, même au sein du malheur; elles ressemblent aux alcyons qui, courant avec rapidité sur ies flots soulevés de la mer, au milieu des nuits orageuses, n'étendent que des ailes blanches. Au printemps de la vïqM souffrance peut sans doute être dou-.

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loureuse; mais jusque dans celle douleur perce encore la belle saison, d

Cependanl une épaisse nuit succédail aux derniers rayons du couchant Chaque passager s'étail jelé toul habillé sur son lit dans un affreux étal de souffrance. Quant à moi, n'éprouvant pas le mal de mer, je m'étais couché paisiblement dans ma niche , et Je dormais profondément. Tout à coup un bruit horrible me réveille ; ce n'étaient plus les gémissements étouffés des malheureux qui vomissaient , c'étaient les cris d'alarmes des marins qui , courant au dessus de nos têtes, cherchaient à sauver le navire. La tempête éclatait avec fureur ; les vagues, qui balayaient le pont, montaient le long du tuyau de la chaudière que le vent renversait de côté, et en éteignaient le foyer; la foudre grondait sans relâche ; la violence de l'ouragan était telle, qu'aucun marin ne pouvait traverser le bâtiment sans risquer d'être emporté par les tourbillons ou les flots. Les tables, les chaises, les oreillers et les banquettes du salon , autour duquel étaient nos lils dans de petites alcôves, roulaient confusément çà et là. Les lampes étaient éteintes et brisées; la vaisselle, les poteries, les bouteilles et les \erreries se renversaient et se

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cassaient dans leurs buffets. Le désordre était à son comble ; et le mal de mer avait alors ceci de bienfaisant : c'est que ses victimes souffraient trop pour se livrer à la terreur , et que , leurs facultés intellectuelles étant suspendues, il leur restait à peine l'instinct de la conservation.

Une effroyable secousse a lieu. Je pousse une exclamation d'épouvante. « — Nous avons touché! m' écr\3i[-]e. — Tant mieux, me répond une voix douloureuse. Tant mieux! la mort ! et Que cela finisse !

Les femmes étaient sans connaissance ; l'eau entrait de toutes parts dans le pyroscaphe , et ruisselait autour de nous en dépit du jeu des pompes et du travail des éponges. Du lit où j'étais couché, sans souffrance et sans mal de mer, je sortais tristement ma tête entre mes rideaux, et je contemplais d'un œil assez hagard ce salon où se traînaient sur le plancher des êtres à demimorts. On eût dit un champ de bataille. Je ne voyais qu'informes débris, un pêle-mêle lamentable , et des espèces de cadavres.

Je m'attendais à une nouvelle commotion ; car, persuadé que nous venions d'être jetés sur des rescifs, je ne doutais pas que le bateau h vapeur ne lut décidément perdu , et

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peut-être nous avec lui. Mais le Storfursten, emporté par la tourmente, avait rebroussé chemin ; il n'était résulté qu'une légère avarie de son choc contre l'écueil qu'il avait franchi; et le danger diminuait. Pourquoi les fourneaux à vapeur cessent-ils soudain de fonctionner? pourquoi les mouvements du pyroscaphe se calment-ils? pourquoi les mugissements de la mer se perdent-ils dans le lointain? Le bâtiment s'est arrêté.

Nous étions dans une petite baie sur les côtes d'une île à peu près déserte, et qui n'offrait à la vue que des rochers de granit , de porphyre et de basalte , entassés les uns sur les autres, sans arbres, sans terre et sans végétation. « — Messieurs ! dis-je gaîment à mes pauvres compagnons qui se relevaient péniblement de leur agonie , notre capitaine vient de faire la grande découverte d'une petite île. Allons saluer ses rivages ; £t gloire au Christophe Colomb du Storfursten !

« — C'est Hoclandl s'écrie un de nous.

Les passagers se précipitent, l'instant d'après, dans plusieurs petits canots appartenant au pyroscaphe ; et nous voilà ramant avec vigueur pour gagner les côtes de l'île. Hocland se déploie devant nous. Quelle iipj^e et rude centrée ! Elle a des habitants , il

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est vrai : mais quelle peuplade sauvage ! Je me crus dans la baie d'Hudson.

Les Hoclandais, couverts de peaux de bêtes, ne comprenaient aucune langue, pas plus le russe que tout autre. A peine avaientils figure humaine. Il s'éleva plusieurs voix parmi nous pour nous faire observer que ce pourrait être là un nid de pirates ; et qu'il ne serait pas extraordinaire qu'on y commençât l'hospitalité par le pillage,- mais nous n'en voulûmes rien croire, et nous abordâmes sans crainte (1).

Que les soupçons étaient injustes! Les bons Hoclandais nous reçurent à bras ouverts. Nous entrâmes sous leurs misérables huttes, où ils s'évertuèrent à nous prodiguer des témoignages d'intérêt, mais où ne se trouvait rien de fortifiant, pas même un peu de feu. Nous cherchions à nous faire comprendre : peine perdue. L'un de nos officiers, allongeant le cou d'une façon grotesque, avait admirablement imité le chant de la poule, pour solliciter des œufs frais'; un autre, désirant du lait, s'était accroupi en fille de basse-cour, et faisait le semblant de traire :

(1) Le Slorfursten avait six millions à bord apparlenuni ù TÉiat. La belle prise pour des pirates !

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hélas! nos gentillesses d'invention échouaient devant la surprise hébétée des braves Hoclajidais. Ceux-ci s'efforçaient aussi de nous expliquer leurs pensées dans un idiome inconnu et par des gestes inexplicables : nous aussi, nous restions stupéfaits devant les richesses incompréhensibles de leur imagination. J'en surpris un qui, à l'écart et haussant les épaules, me paraissait dire à ses compatriotes en nous regardant : « — Dieu! que ces gens-là sont stupides! ils n'ont idée de quoi que ce soit. «

Le ciel s'était un peu éclairci. Les officiers russes et moi, nous prîmes le parti d'aller explorer l'île. Je leur proposai d'en faire la conquête, et d'y élire roi l'un de nous. Nous débattions ce grand projet, lorsque, devant nous, ù surprise ! en tournant l'angle d'un rocher, nous aperçûmes une jeune femme qui, entourée d'un cercle de Hoclandais, assise sur une pierre et la Bible à la main, lisait l'écriture sainte à haute voix. C'était la jolie passagère dupyroscaphe, mademoiselle Marie Maidell, luthérienne passionnée qui là, au moment où je parlais, moi, d'élever un trône, venait, elle, prêcher un culte. Heureux peuple, au milieu duquel, sansquil

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s'en doutât, pleuvait des semblants de monarque et des aperçus d'inspirée !

Le fâcheux de l'affaire, c'est que, ne parlant point le russe, les néophites de Marie Maidell ne comprenaient rien à sa Bible. C'est égal, on l'écoutait avec une naïve curiosité ; on savait qu'il était question de Dieu dans cette lecture ; on taisait à tout hasard le signe delà croix; et la chose allait pour le mieux. Je remarquai un jeune insulaire qui dévorait des yeux la lectrice avec une expression ardente. Élait-ce par amour pour la Bible?...

Cependant la tempête recommençait (1).

Des torrents de pluie nous forcèrent à demander refuge aux huttes du rivage. Le long sifflement des irafales se mêlait au sourd mugissement des vagues. Nous nous installâmes, aussi gaîment que possible, et jusqu'à nouvel ordre, sous îe rustique toit d'un pêcheur. « — Messieurs! dis-je aux officiers russes : il faudrait occuper nos loisirs. Faisons une partie de whist.

(1) Certains marins ne donnent le nom de tempête qu'au déchaînement général des éléments, et quand tout paraît bouleversé dans la nature ; mais , selon les écrivains tant anciens que modernes, là où il y a tonnerre et ouragan, il y a, sans contredit , tempête.

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« — Sur quoi?

« — Parbleu ! sur cette pierre : au bruit des vents et de l'orage.

« — Notre masure est sans fenêtre; et les nuées deviennent si noires!... Y verronsnous assez pour jouer ?

« — N'avons-nous pas le feu des éclairs! Puis, on peut allumer des lanternes.

« — Et quels sièges?

« — Des escabeaux.

« — Mais la tourmente et les rafales empêchent de parler !

« — Tant mieux. Il est défendu de parler au whist.

« — Il faudrait des cartes !

<r — J'en ai. Une dame de Pétersbourg m'a donné, la veille de mon départ, des caries argentées et dorées. Elles sont dans le nécessaire que j'ai apporté ici. Jouons sur la plage hoc landaise avec ces splendides cartes. On n'y aura jamais rien vu de pareil. »

En effet , peu après, M. Eugène Demidoff, le baron de Rabden , M. Emile de Kruserstern et moi , nous nous escrimions au whist : tandis qu'à côté de nous , couchés sur une natte de joncs , l'aide-de-camp Adlerberg et M. IVÏaximilien Muller, dormaient d'un sommeil agitç. Arriva l'heure du repas; nous

dînâmes, tant bien que mal , avec du pain noir, du poisson salé et des rogatons z'mmfi/zgeables. Le pyroscaphe avait laissé dans les souvenirs une si pénible impression, que personne ne voulait aller chercher à son bord une meilleure nourriture. Voici des détails sur Hocland.

Il est charmant de s'occuper de la nation hoc landaise : car jusqu'à ce jour aucun écrivain ne lui a consacré sa plume. Il est commencement à tout. Le Hocland a deux villages , c'est-à-dire deux endroits où les huttes sont entassées contre des rochers. L'un s'appelle Kirkikulla , et a trente -deux cabanes; l'autre, Sur/culla, et a quarante-deux cahuttes. Nous avions choisi pour résidence le délicieux Kirkikulla.

Les pêcheurs hoclandais vécurent longtemps dans leur île sous la simple loi de nature , sans prêtres et sans magistrats. Leurs familles y étaient installées patriarcalement, ne réfléchissant nullement à ce qu'il y avait d'illégal dans leur manière de s'accommoder entre eux. De temps à autre seulement (tous les deux ou trois ans environ), il leur venait un ecclésiastique qui consacrait les mariages consommés , et baptisait les enfants nés. Ceci rentrait dans les idées sages et morales de

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notre époque : Respect à tous les faits accOTnpïis!

L'île a des moutons , des veaux et des vaches ; mais que trouvent-ils à y manger? Il ne pousse d'herbe et d'arbustes qu'entre les rochers et les pierres. Il est vrai que toute cette bergerie , tout ce pastoral , toute cette Thessalie, était d'un maigre à faire frémir. Rien qu'à les regarder, on serait devenu étique. Les chiens- loups, chargés spécialement de garder les troupeaux , dévorent habituellement, de temps à autre, quelques-unes des innocentes bêtes sur lesquelles ils sont appelés à veiller. La coutume est désobligeante (1).

L'île a des souvenirs historiques. C'est le long de ses côtes , que , sous Catherine II , se donna la grande bataille navale de Hocland, où , selon les Suédois, Charles XIII fut vainqueur. Les Hoclandais entreprennent parfois des excursions en mer, mais de loin en loin et l'hiver. Quand la glace couvre le golfe, ils attellent de petits chevaux à de petits traîneaux à voiles : et les voilà en pleine Baltique ;

(1) Pour empêcher ces Cdèles dogues de se trop nourrir de moulons et de veaux , on leur met des planchelles au cou, ce qui leur donne une étrange allure.

ils n'ont que quinze lieues à faire , et ils arrivent en Finlande (1).

La journée s'était agréablement passée pour moi à recueillir les précieux renseignements ci-détaillés. Minuit me retrouva à ma table de whist avec mes officiers , mes escabeaux, mes lanternes, ma pierre et mes cartes dorées : le tout ensemble, en assez bon état.

«r — Messieurs! dis-je à mes compagnons , voici , je crois , l'heure de se retirer. Je vais rejoindre mon pyroscaphe.

« — Bahl quelle idée! Le ciel est noir

(1) L'île de Hocland a une îieiie de large et deux lieues et demie de long. Elle appartient à la Finlande ; elle y paie ses impôts, à la ville de Vibourg, à raison de 5 fr. par tête. Elle a quatre lacs : Rokalajarve, TVesltljarve , Lauratjarve et Lihohaskejarve . La plus haute montagne est Louratkolke. Il est beau de savoir cela. Depuis deux ans seulement , il y a dans l'île un pasteur à poste /ixe, qui baptise et marie en temps convenable. Il est à la fois magistrat civil et autorité religieuse; c'est le seul administrateur du pays. Sa demeure est à Surkulla, où il y a une espèce d'église protestante. Les uns m'ont assuré qu'il séjournait peu parmi les Hoclandais ; d'autres m'ont dit qu'il était marié à une indigène. L'île a en ce moment 8 chevaux, 12 brebis, 52 vaches et 56 cochons; total , 108 , non compris les Uab;tanis.

comme l'intérieur d'un four quand le boulanger n'y cuit pas. Vous vous exposerez à périr, si vous vous jetez à cette heure dans les petits canots du rivage. D'ailleurs, où trouver un pilote ?

« — Le Hoclandais ne fait pas abus du sommeil ; il aime mieux boire que dormir.

« — Oui; mais comme notre arrivée a porté un peu d'argent parmi les insulaires , ils auront peut-être trop bu. On dit que la plupart sont ivres .

« — Soit ! Dieu protège les ivrognes. j>

Et je quittai Kirkikulla. Je me faufilai à travers les huttes des pêcheurs jusqu'à la grève où étaient amarrées les barques. Chemin faisant , je m'approchai d'une masure un peu plus éclairée que les autres. La porte était entrebâillée. Qu'aperçus -je? Marie Maidell . La zélée luthérienne distribuait de petites Bibles à une réunion d'Hoclandais , qui Tentouraient avec un tel empressement, qu'elle semblait déjà C habitante chérie de cette plage inhabitable. Elle poursuivait son œuvre sainte ; et le jeune pêcheur , son adepte , l'adorateur à peau de mouton , la regardait d'un œil de loup. Elle était jolie à croquer.

Je lus bientôt aux bords de la mer. Plu-!

sieurs pêcheurs y dormaient sous un hangard. Je reconnus parmi eux un vieillard, doyen de la troupe, qui le matin m'avait paru exercer une certaine influence sur ses camarades; je l'abordai ; il se leva et je lui fis entendre, moitié par paroles, moitié par signes, que je désirais un de ses canots pour retourner au Storfursien.

« Va! yal » me répondit-il avec des yeux pétillants de satisfaction.

Et je crus qu'il me comprenait.

Le vieillard choisit deux pêcheurs. Une barque est aussitôt préparée; il allume une lanterne auprès de lui ; et nous voguons à force de rames.

Mon pilote et mes deux rameurs avaient déjà gagné le large. Le vent soufflait toujours avec force ; une rafale nous assaillit. Une vague, passant par dessus notre embarcation , renverse et éteint notre lumière. Nous sommes trempés jusqu'aux os ; et une épaisse nuit nous environne.

Je cherche , en grelottant, à distinguer mon pyroscaphe à travers la brume : nous devions nous en être rapprochés. Je regarde attentivemeiit. Concevez mes alarmes et mon indignation ! nous avions pris une route opposée à mou but ; et nous avancions en

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pleine mer. Mon vieux pilote^ entièrement ivre et totalement privé de raison, s'était figuré que de nuit , par partie de plaisir , et avant la fin de la tourmente, j'avais voulu l'aire une excursion scientifique et maritime. Jentreen fureur; je l'accable d'invectives; et, m'imaginant qu'il me comprendra mieux en anglais , je lui explique de nouveau dans l'idiome britannique , que mon intention est de retourner à bord du Storfiusten. Cette fois, poussant un cri joyeux , comme éclairé par un rayon de lumière, il se lève d'un airvainqueur , et me répète avec transport : « i^a, ra. » Il était sûr de son fait.

Mais de quoi doncs'occupe-t-il?... N'ayant plus ni falot ni lanterne , je ne pouvais voir son travail. Enfin, son œuvre terminée, il s'avance vers moi avec un gros paquet à la main et une masse énorme sous le bras. Il se penche contre le bord, et lance à la mer. . . un filet. Il avait compris que ma promenade n'était à autres fins que de faire une pariie de pèche.

Je demeurai pétrifié. Les rameurs qui obéissaient au pilote étaient non moins ivres que lui. Je n'avais aucune ressource; j'étais au pouvoir de je ne sais quelles bêtes fauves qui se jouaient de moi et d'eux-mêmes. Le

vieillard retire son filet avec l'orgueil d'un chef d'armée qui passe en revue ses soldats; il n'y aperçoit qu'un tout petit poisson; mais ce poisson était sans doute quelque chose d'extraordinaire et de rare : car il se hâte de montrer cette curiosité à ses rameurs avec un frémissement de triomphe. J'en conclus qu'il venait de découvrir un nouveau poisson ignoré, comme le capitaine du Storfursten avait découvert une nouvelle île inconnue.

Je me livrais à un muet désespoir, lorsque, levant les yeux vers la voûte éternelle pour lui demander secours , je vis le ciel qui s'épurait : une étoile perçait les nues ; et c'éta\t l'étoile polaire. Je poussai à mon tour une exclamation de joie comme si je venais de signaler au firmament une constellation nouvelle au moment où la mer enrichissait le hocland d'un nouveau poisson ; et je m'écriai vivement : ;< — Mon talismafi ! nous sommes sauvés : l étoile polaire me guide.

«— Ah ! ya, ya I » reprit le pilote.

Pour le coup , il venait de comprendre, dans mes derniers mots, que je voulais aller au Storfursten , et que j'en avais assez de sa promenade en mer, de sa partie de pèche, et même de KikihiVa. La belle chose que lin-

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