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p rendre et le punir ! il y avait dans la ville une bellee t noble dame à laquelle il adressait ses hommages. L'orgueilleux chevalier, bien qu'il n'eût fait aucun progrès sur son cœur, avait l'habitude de ne jamais douter d'un succès. Un soir on lui remet ce billet. « — Cher Uxkull! < j'ai longtemps combattu et caché mes sen- « timents pour vous : m ais vous l'emportez, « je vous a ime, et, qui plus est, je vous l'a- « voue. Venez cette nuit à Réval ! je vous « ouvrirai moi-même, en secret, la petite « porte de mon hôtel, auprès de la maison « Steinboch. Venez! je compterai les heu- « res. »
Cette lettre, mal écrite, et encore plus mal dictée , n'avait rien d "élégant, rien de spirituel , rien de parfumé. Ce n'était pas là un message d'amour en bonne règle. Il y manquait une foule de délicatesses et de nuances; les transitions n'étaient pas ménagées ; le style était cru, et !a déclaration brusquée. Unedame de haut parage ne pouvait se fourvoyer à ce point. Ily avait là de quoi réfléchir, et il était permis de douter... Mais Uxkull, avec son caractère avantageux où l'orgueil se pavanait outre mesure, aurait rougi de penser qu'il pût être possible à une femme de ne pas répondre à sa flamme; il fait une toi-
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lette élégante ; et, dès que la nuit est venue , il frappe à la petite porte.
0 trahison! à peine avait-il mis la main sur la serrure.. . que plusieurs hommes armés se précipitent sur lui ; il est pris et chargé (ie fers; il est au pouvoir de làTville : et la ville va se venger.
La noblesse du pays, apprenant l'arrestation du valeureux UxkuU par un perfide cjuet apens , prend les armes et réclame le prisonnier. Les magistrats de la cité répondent audacieusement qu'ils n'ont d'ordre à recevoir de personne. Aussitôt Réval est assiégé. Les attaquants ont pour eux la vaillance et la force ; les attaqués ont le droit et la justice; droit , justice : bagatelles. Alors comme aujourd'hui, la raison du plus foj't... Vous savez Ihémisciche qui suit. Ce vers est une des premières moralités que nous apprenons par cœur dès l'enfance.
Vous comprenez que les magistrats de Réval seront nécessairement battus, que la ville sera enlevée d'assaut, et qu'au glaive sera la palme. N'importe : l'autorité civile a juré de se venger, et elle se vengera. La trompette a sonné sous les remparts : on somme Réval de se rendre.
«— //yaMi ouvrir ks portes sur r heure ' »
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crie, au dehors, un héraut d'armes. Les magistrats répliquent : Cest bon ; ce qui équivalait au mot : oui. On va chercher les ciels de la forteresse ; et ceux qui les rapportent, ramènent Uxkull avec eux. Le captif est conduit sur les remparts, au dessus de la porte gothique nommée Schmiède^Pforff. « — Che- « valiers ! crient les assiégés, on vous des- « cend les clefs de la ville. Patientez ! Ce ne « sera pas long. En attendant, nous vousof- « frons la tête d'Uxkull. La justice ayant « prononcé sur lui, nous exécutons sa sen- « tence. »
Et, à la vue des assiégeants, le guerrier est décapité.
La ville ensuite se rendit.
Certes : il y avait un immense courage à braver ainsi une armée triomphante au moment même où l'on se rendait à elle à discrétion : ce courage sauva Réval. Les nobles chevaliers assiégeants qui savaient fort bien, en leur ûme et conscience, que leur frère d'armes avait été loin d'être sans reproche dans l'affaire dont il était devenu la victime, ne purent s'empêcher d'admirer l'intrépidité aveclaquelle les magistrats de la cité avaient prononcé la condamnation du coupable, et, au risque d'un châtiment horrible, exécuté
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l'arrêt quand même. On n'en tira aucune vengeance.
Il fut ordonné seulement, en expiation de la mort d'Uxkull, que la porte de Schmiède- Pforff, où avait péri le célèbre chevalier, serait murée à tout jamais. Elle le fut, en effet, jusqu'au règne de Catherine IL Sa Majesté la fit rouvrir.
Le sabre du bourreau qui trancha la tête à UxkuU est conservé à Réval dans un musée national fondé par un apothicaire nommé Bankardt (1). Deux vers allemands sont sur le sabre : « il apêriy non par Pacte de la vengeance^ mais par la volonté du ciel. »
Au xvr siècle, il existait aux environs de Réval une famille fort noble et fort riche qui s'appelait Scharemherg. Une des puissantes dames de cette maison avait réuni une nombreuse assemblée à son château. Au fond de sa salle à manger s'élevait un immense poêle dont la masse était aussi inébranlable qu'im-
(1) Il a érigé ce musée en majorât.
posante. C'était l'œuvre de la châtelaine. ce — Noble dame ! dit un convive : que cette maison est splendide! » — Oui, murmure une voix jalouse : c'est brillant : mais est-ce durable ! »
La châtelaine a entendu. Orgueilleuse et hautaine à la manière d'Uxkull , elle se croyait privilégiée en tout et sur tout. Son bonheur lui semblait une justice établie, et sa fortune un droit immuable. « — Durable! répète-t-elle en levant un front superbe. Aussi solide et aussi durable que l'est et le sera ce poêle , ici bâti pour moi et ma race. Tout est, chez moi, d'éternité. »
A l'instant même, un éclat de rire satanique part du magnifique poêle qu'elle montrait du doigt. Un craquement affreux y succède. Le poêle se fend et s'écroule.
La dame de Scharemherg pâlit. Hélas!
cette même année , une suite de désastres fondit sur elle. Sa fortune tut brisée comme son poêle, et son orgueil comme sa fortune. Elle mourut sans laisser même de quoi payer son enterrement ; et ce fut aux frais de la ville de TIabsal, où elle avait déployé naguères son luxe, que se firent ses funérailles. Quant à ses descendants, ils ne purent recouvrer l'ancienne splendeur des Scha-
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rembero-; et leur famille est restée pauvre.
Kolk est à 12 lieues de Réval ; je fis ce trajet en trois heures. La résidence du comte de Steinboch est une des plus belles de la province; sept lieues carrées de pays lui appartiennent.La principale façade du manoir , au dessus de laquelle flottait son pavillon seigneurial, est ornée d'une haute colonnade surmontée d'un beau fronton. Kolk eut rhonneur de recevoir sous sesmurs la grande Catherine ; et les principaux membres de la famille impériale l'ont visité. Parmi les portraits des ancêtres du comte, aux salonsde sa féodale demeure, est une reine de Suède , femme de Gustave Wasa (1).
J'avais déjà reçu l'hospitalité dans bien des châteaux, mais jamais plus touchant accueil ne m'avait été préparé. Le comte de Steinboch, m'atlendant àKolk ainsi que nous en étions convenus à Paris, avait fait sculpter chez lui un large fauteuil gothique à ogives et à fleurs de lis. Sur son dossier était mon écusson armorié ; « — Nul ne s'y est assis avant vous , me dit le comte en me l'offrant :
(1) Gustave Wasa épousa en troisièmes noces ÇathC' rlm de Steinboch.
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Maintenant deux lignes de votre plume : et je les graverai sous vos armes.
Je lui donnai cette inscription :
« A toute heure , bon châtelain !
t Ouvre la porte au pèlerin l »
Le comte avait un délicieux cottage aux bords de la mer. Nous y lûmes passer une journée avec Charles de Tiesenhausen, un des hauts barons de l'Estonie. Sitter était le nom du cottage : on eût dû l'écrire Cijthère. La belle et ravissante comtesse, entourée de ses jolis entants, y eût été prise indubitablement , aux temps de la mythologie , pour la souveraine des grâces et pour la mère des amours.
Hélas ! il me fallut quitter cette délicieuse retraite ! ... où je trouvais tout ce qui charme l'existence : amitié, talents, esprit et bonté. Je dus prendre congé de mes boHS amis du château de Kolk ; et je repris tristement la route de Réval. Oh! je n'éprouvais plus le même plaisir à courir la poste aux bords du golfe de Finlande!...
Cependant une vive consolation m'était réservée, j'allais revoir madame la grande
duchesse Hélène. Son Altesse Impériale prenait alors les bains de mer à Réval ; elle y habitait le château de Catherine-Thaï, bâti par Pierre-le-Grand (1). Toujours, toujours ce nom en Russie. Il n'est pas un lieu marquant où Pierre P"^ n'ait laissé son empreinte. Il est peut-être le seul des guerriers, des réformateurs et des législateurs connus qui, n'ayant jamais fait un faux essai, ait constamment marqué ses œuvres d'un cachet indestructible de vie et d'avenir. Là où é!ait la possibilité d'une création utile, on est toujours certain qu'il l'a faite, ou, quand le temps lui a manqué, l'a indiquée à ses successeurs. L'immortel czar, sur des rocs et parmi des brutes, semblable à l'Amphion de la fable et à l'Orphée du paganisme, lirait les monuments du chaos et les peuples de la barbarie. Son génie, soufflant la vie à sa grande nation, lui donna le premier la conscience d'elle-même. Il la prit comm^utl bloc informe, et la tailla à son image.
Au moment où je descendais de voiture, à l'entrée de Réval, pour examiner les char-
(1) Là, au milieu des jardins , est la première maison" où Pierre l'^' séjourna. On y conserve avec respect son bureau, sa chaise et sa robe de chambre.
mants bocages de Cather'me^Thal, un heureux hasard me fit rencontrer madame la grande duchesse Hélène, revenant des bains. Plusieurs dames l'accompagnaient (1).
« — Vous ici ! me dit la princesse, et où allez-vous donc?
« — En Suède.
« — Et vous partez ?
« — Demain matin.
« — En ce cas, venez dîner aujourd'hui à
Catherine- Thaï. »
Le sort ne pouvait m' être plus favorable; et, sur la terre de Russie, ce jour fut encore un beau jour.
J'aurais voulu voir, en repassant à Réval, Jp commandant de place Patkull. Je n'en eus pas le temps, et je le regrettai ; car une histoire singulière se rattache à sa famille. Le commandant Patkull, qui est de très haute
(1) Je remarquai parmi les personnes de sa suite le baron Alexandre d'Uxkull, chambellan de l'empereur, et descendant du fameux chevalier dont j'ai écrit la fin dramatique.
taille, avait, parmi ses aïeux, un guerrier gigantesque et prodigieusement fier de sa stature. J'en suis désolé pour Kéval : toutes ses chroniques tendent à prouver que la vanité y était autrefois la base fondamentale des existences. Dieu me garde de penser qu'il en est encore ainsi ! Je ne juge pas, je raconte.
Or donc, le Patkull en question s'avisa un jour de suspendre un énorme lustre en cristal à un haut plafond, sans prendre ni tabouret ni échelle, et sans même se dresser sur la pointe des pieds. Ravi de ce tour de force, il déposa une somme considérable dans un étabhssement public, avec ordre de ne la remettre qu'à celui de ses descendants, portant le nom de Patkull, qui pourrait ôter le lustre de sa place sans échelle et sans tabouret. Pas un Patkull, depuis celte époque, ne s'est trouvé avoir une taille assez démesurée pour décrocher le lustre. . . etl'argent. Le cristal pend encore au plafond; et la somme attend le géant.
Le 9 septembre, à sept heures du matin, dans un canot à huit rameurs, je rejoignais en mer, à peu de distance du port de Réval, la frégate la Mel}wmène, que l'amiral comte de Ileyden avait bien voulu mettre à ma dis-
position. Le capitaine du navire, voyant ma barque s'approcher, ordonna de tendre les voiles. A l'instant, aux rayons d'un beau soleil levant et au vent frais du matin, deux - cents matelots environ s'élancent aux vergues et aux mâts, grimpent comme des écureuils sur une multitude d'échelles de cordes à une immense hauteur, et courent dans les airs comme une peuplade éthéréc. Ce ne sont de toutes parts que des voiles qui se déroulent, qui tombent, qui se tendent et qui s'enflent au souffle d'une brise favorable. J'abordai ; on hissa le pavillon russe, on leva l'ancre, et sept coups de canon annoncèrent le départ delà Melpomène. La svelte et gracieuse frégate était de 56 canons et avait 300 hommes d'équipage. Le capitaine Bérens me fit assister aux exercices guerriers de son navire, et me donna le spectacle d'une petite guerre maritime. La Melpomène feignit d'être attaquée ; il y eut évolutions, incendie, abordage ; et l'imitation fut parfaite. C'est surtout à bord d'un vaisseau de guerre qu'il faut voir jusqu'où peut aller la subordination militaire. H n'est pas un mouvement, pas une volonté, pas un accent qui n'y émane du chef suprême. Tout se lève
SOUS un seul ordre, el tout se meut comme un seul homme.
La traversée fut des plus belles. Le capitaine Bérens, qui m'avait donné un bon dîner, me régala au dessert de la gazette des îles Sandwich. Une gazette aux îles Sandwich! 0 presse! où ne gémis-tu pas !
Rien ne peut se comparer au mouvement et à la vie d'un intérieur de vaisseau de guerre. On y passe d'émotions en émotions sans incidents extraordinaires. La plus légère circonstance, un nuage, un poisson, un oiseau, une brise, un rocher, tout est là d'un vif intérêt. La gaîté des matelots et les variations de la mer ont un inconcevable charme. On ne comprend bien l'amour des marins pour leur vaisseau que quand on a fait voile avec eux. ils s'identifient avec lui ; ils lui sont voués corps et àme. Leur navire, cest leur patrie, leur famille, leur avenir, leur existence : c'est plus encore, c'est euxmêmes.
Sept nouveaux coups de canon signalèrent, le soir, notre arrivée à Helsingfors ; la forteresse nous salua d'une salve pareille; et bientôt nous jetâmes l'ancre. Ilelsingfors a une quantité de petites îles, se touchant presque les unes les autres, qui, toutes en ro-
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chers de granit et admirablement bastionnées, forment un cercle invincible autour de son port. L'entrée de ce port est étroite; la nature y a placé des remparts admirables; l'art y a ajouté des travaux merveilleux; et néanmoins Helsingfors fut enlevé de nos jours à la Suède ; il est vrai que ce ne fut point à main armée, car une pareille place est imprenable : la forteresse fut livrée (1).
Le soir de mon arrivée, à une réunion chez la baronne de Kothen^ une des plus jolies femmes de la Russie (2) , il me fut raconté une touchante nou^^elle. Le fait s'était passé récemment, et fournissait la preuve qu'un amour pur et délicat, un sentiment enthousiaste et dramatique, pouvait se rencontrer au milieu des rocs de la Finlande et chez de pauvres paysans, aussi bien et peut-
(1) C'est une des plus belles forteresses de l'Europe. Helsingfors, qui date du xvi' siècle, est une jolie ville d'environ 16,000 habitants, et bâtie en 1550 par ordre de Gustave NVasa.
Le gouvernement y fait construire une superbe église, Saint-Nicolas. L'Obscn-atoire est remarquable; la Cité me parut fort gaie.
(3) Le baron [de Koilien, son mari , homme d'esprit «l de taUnt, est chef de lît cbanocllerie..
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être mieux que sur les bords fleuris de la Seine et dans des classes élevées.