‹ Étoile polaireChapitre 6 sur 19 · LA FIANCÉE DU LAC · texte numérisé non relu

LA FIANCÉE DU LAC

En 1841, dans la paroisse de Kécopio, au nord de la Finlande, un jeune paysan, David Kohlemaînne, éprouvait une vive passion pour la charmante Pascha, fille d'honorables fermiers. Par malheur, ses deux frères, à lui, emprisonnés pour cause de vol, avaient déshonoré leur famille; et, en Finlande où un nom sans tache est le premier des biens , il s'élevait des obstacles insurmontables au mariage de David et de Pascha.

La jeune fille avait longtemps ignoré que le nom de son amant lût honteusement dégradé. Elle l'apprend à l'improviste; et, bien que son amour pour David n'en fût aucunement ébranlé, elle prend la ferme résolution de renoncer à lui. Son devoir et les coutumes du pays lui en faisaient la loi. Pascha avait

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de la fortune ; une foule de prétendants sollicitaient sa main ; elle choisit Pa\>el, un d'entre eux. Étonnés de sa subite détermination et surtout de la souffrance empreinte sur ses traits, ses proches parents l'interrogent.

« — Je ne puis épouser Dai>idAoni\{i nom est flétri, leur réplique la jeune fille. Je veux donner ma main à un autre.

« — Mais vous ne l'aimez pas, cet autre !

c( — C'est égal, je l'épouserai.

« — Qui vous y oblige?

« — Personne.

« — Vous oublieriez David?

« — Jamais.

« — Mais vous appartiendrez à Pavel?

« — Je ne serai qu'enlevée à David,

« — Vous ne voulez?...

« — Qu'un nom sans tache.

« — Et puis?...

<r — Et puis finir sans reproche. »

Pascha, ne répondant plus à aucune question, s'occupe, avec une ardeur sombre et muette, des apprêts de son mariage. Pas un mot de celui dont naguère elle parlait sans cesse. On eût pu croire que, sans dépérissement et sans agonie, son amour avait été brusquement foudroyé dans sa grandeur et dans sa force. David, pendant ce temps, er-

rait, comme un insensé, autour de la cabane de son amante ; il la redemandait à la nature entière. Il se mourait de désespoir.

Le jour du mariage a lui. Pascha, vêtue de ses beaux habits de noce, sort de sa demeure avec son futur époux. Bien que son iront soit d'une pâleur mortelle, ses joues ont l'incarnat de la fièvre. Elle marche d'un pas troublé. Le village la regarde passer avec un étonnement douloureux. David est à l'entrée de l'église. Son regard est pesant de douleur et de reproches. Debout contre un des piliers du saint édifice, il était immobile et glacé. Sa tête est nue ; ses beaux cheveux blonds, agités par le vent, lui couvrant parfois le visage, semblaient y essuyer des larmes. Pas une menace, aucun cri. Son attitude est morne et hautaine. Il a pris son parti avec la souffrance : Il la subit, mais la subjugue.

La fiancée détourne la tête , et arrive au pied des autels... C'en est fait : elle est mariée. Chez elle est un repas de noces; il se prolonge jusqu'au soir. L'heure des ténèbres venue, la nouvelle épouse sesquive. On la cherche, elle a disparu.

Et qu'était devenu David? Le malheureux, rentré sous son loit solitaire, s'y roulait par

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