‹ Être aimé ou mourir!Chapitre 19 sur 21 · BONNIVET ET SAUVIGNY · texte numérisé non relu

BONNIVET ET SAUVIGNY

Quelle terreur soudaine, etc.

SATJVIGNY, à part. Quel bonheur qu'lîortense n'ait pas été là !

CLOTILDE, encore troublée. C'est bien vous... vous qui existez encore?

SAUVIGNY, d'un air honteux et balbutiant. Je... je voudrais en vain le nier.

BONNIVET. 11 est même très-bien portant.

CLOTILDE, d'un ton de reproche. Et comment, monsieur, n'êtes-vous pas mort?..

SAUVIGNY. Je vous en demande bien pardon... Ce n'est pas ma faute.

BONNIVET. Oui, tu sauras tout... nous te le coulerons en détail, oa t'amusera... car, moi, ce matin, ça m'a fait bien rire.

SAUVIGNY, d'un air suppliant. Monsieur 1

BONNIVET , vivement. Vous avez raison... r.e n'est pas là ce qui nous amène... Il s'agit en ce moment de lui sauver la vie.

CLOTILDE , étonnée. Encore!..

BONNIVET, vivement II y a ici quelqu'un qu'il aime et qu'il va épouser.

CLOTILDE,, indignée Lui! grand Dieu!

SAUVIGNY, baissant les yeux. Hélas! oui.

BONNIVET. Ta bonne amie Hortense, madame de Varennes.

CLOTILDE, stupéfaite. O ciel!., ce prétendu, ce jeune homme du Havre dont elle me parlait ce matin i

BONNIVET. C'est lui.

CLOTILDE. Cet amant à qui elle ne reprochait qu'un excès de passion?

BONNIVET. C'est lui.

CLOTILDE. Ce cœur qui n'avait jamais aimé qu'elle, et qui devait l'aimer toujours?

BONNIVET. C'est lui.

CLOTILDE Quelle horreur!., elle saura tout... elle connaîtra la vérité !

BONNIVET. Voilà justement ce qu'il ne faut pas faire.

SAUVIGNY. Oui, madame, je vous en conjure...

BONNIVET. Nous te prions en grâce de garder le silence.

CLOTILDE. Je laisserais tromper ma meilleure amie!

BONNIVET. Mais il ne la trompe pas...

il l'aime réellement, il en perd la raison.

CLOTILDE, en hésitant. Et l'autre?., et la personne de Bagnères?,.

BONNIVET. Il ne l'aime plus... il ne la jamais aimée... il me l'a dit.

SAUVIGNY , vivement. Je n'ai pas dit cela )

BONNIVET. A peu près.

SAUVIGNY. Je vous ai avoué qu'elle méritait toute ma tçndr§§§e et que je l'avais réellement adorée. . .

BONNIVET. Oui, un jour... une matinée... Il se l'ait là plus coupable qu'il n'était... Une passion de jeune homme, un caprice, une plaisanterie...

CLOTILDE. Une plaisanterie !.. quand il voulait se tuer!..

SAUVIGNY, vivement. Oui, madame, j'y étais bien décidé, je vous le jure, et la seule considération qui m'en ait empêché...

BONNIVET. C'est un déjeûner q'n'on lui a offert... des amis et du vin de Champagne qu'il a rencontrés... et une demi-heure après, il n'y pensait plus... il m'a tout raconté.

SAUVIGNY. Monsieur!..

bonnivet. Et vous avez bien fait, et je vous approuve.

CLOTlLDK. C'est une indignité !..

BONNIVET. Outout... et tu aurais tort de lui en vouloir... C'est tout simpie, tout naturel... celui qui jure délie louiours amoureux est \i\\ fou, un insensé, qui s'abuse lui-même... Est-ce que eu dépend do. lui? est-ce qu'il en est le maître?,, au**

tant vaudrait jurer de toujours se bien porter.

CLOTILDE. A la bonne heure... mais menacer de se donner la mort?

BONNIVET. Laisse-moi donc tranquille...

est-ce que tu crois à ca ?

CLOTILDE, regardant Sauvigny. Mais...

usqu'à présent, j'y croyais.

BONNIVET, riant. Ma pauvre femme!

CLOTILDE. Vous riez de moi?..

BONNIVET. Sans doute... tout le monde le dit et personne ne le fait... 'témoin Monsieur, qui était de bonne foi... à plus forte raison, quand ils ne le sont pas, quand il jouent la comédie.

CLOTILDE, poussant un cri a" Indignation. Ah!..

BONNIVET. Qu'as-tu donc?..

CLOTILDE, passant d gauche. Rien

[A part.) Et moi qui "tout à l'heure, ici même !.. [Regardant la porte de (a chambre où Fernand s'est enfermé, haut.) La présence de Monsieur me rend un grand service, et je le reconnaîtrai, en gardant le îilence qu'il me demande.

sauvigny. Est-il possible !..

bonnivet. Quand je vous disais que •j'éforitla bonté même...

CLOTILDE , regardant la porte à gauche.

Oui... une bonté... (A part, avec dépit.) dont on ne sera pas joué impunément...

(Haut.) Mais Hortense,où donc est-elle?

BONNIVET. Nous l'avons laissée faisant des emplettes.

CLOTILDE, qui s'est mise d la table et qui écrit. Eh bien ! mon ami, il faut tâcher de la rejoindre, et de lui donner ou de lui faire parvenir ce petitmot. .. (A Sauvigny.) Ne craignez rien... je ne veux pas vous trahir... au contraire. (A Bonnivet.) Mais il est nécessaire que ce billet lui soit remis sur-le-champ... ou du moins avant dîner.

BONNIVET. Sois Iranqnille... Il y a un magasin der nouveautés par lequel elle devait finir ses courses... Je vais y envoyer un des commissionnaires de l'hôtel.

CLOTILDE, lui remettant la lettre qu'elle vient de cacheter. A la bonne heure.

BONNIVET. Et, en attendant son retour, veux-tu que nous fassions une promenade sur les quais?..

CLOTILDE. Je préfère rester.

BONNIVET Comme tu voudras... Je reste aussi.

CLOTILDE. Non , il vaudrait mieux sortir quelques instans, vous promener un oeu.

BONNIVET. C'est juste, avec ma fille..,

Il fait un soleil superbe... et cette pauvre petite Ninie qui n'a pas pris l'air d'aujourd'hui...

sauvigny, à part. Ah! mon Dieu! elle veut l'éloigner... Serait-ce pour Fernand?..

BONNIVET. Venez-nous, mon jeune ami ?. .

SAUVIGNY, à part. Ah! l'honnête homme!.. Et comment le prévenir?.. (Haut.) Non, non; j'ai des lettres à écrire, et je reste... (A part.) pour veiller sur lui.

Il entre sans être vu , dans le cabinet à droite,,

BONNIVET. Adieu, femme.

CLOTILDE, C embrassant. Adieu, mon ami.

bonnivet. C'est gentil... 11 y a longtemps que tu ne m'as embrassé ainsi.

Il sort par le fond.

CLOTILDE, api es avoir fermé la porte du fond, allant à la porte à gauche. Vous pouvez sortir... tout le monde est parti.

Elle prend une chaise et son ouvrage, et s'assied au milieu du théâtre.

FERNAND. Ah! Madame, qu'elles m'ont paru longues, ces minutes d'attente!..

Mon cœur battait avec tant de violence, que je sentais s'épuiser en moi les sources de la vie... et dans ce moment encore, je me soutiens à peine.

CLOTILDE, froidement. Eh bien... il faut vous asseoir.

FERNAND, avec chaleur. M'asseoir!..

quand je suis près de vous!., quand je vous contemple avec ivresse!..

CLOTILDE, s'occupant de son ouvrage. Je vois que les forces vous reviennent.

FERNAND. Elle mereviennentpoursouffrir. .. pour souffrir plus que jamais.

CLOTILDE, faisant de ta tapisserie. Cela serait fâcheux... car enfin, après tout ce que nous avons fait, vous et moi... s'il n'y avait pas de mieux, il faudrait y renoncer.

FERNAND, étonné. Que voulez-vous dire?..

CLOTILDE. Que par intérêt pour votre soeur, qui est ma meilleure amie... j'ai voulu sauver son frère.

FERNAND. Quoi ! ce n'était pas pour moi. c

CLOTILDE. En aucune façon... Je ne vous connaissais pas... Mais dès qu'il s'agit de la vie de quelqu'un... vous, ou un autre... qu'fmporte la personne?.. C'est une question d'humanité.

FERNAND. Quoi ! nulle affection , rraSJ* tendresse?... Ah! ce n'est pas possih!*. Etcette tranquillité, ce sang- froid... euw* vo«s voyez auprès de vous lepluâ mahiew

MAGASIN THÉÂTRAL

reux des hommes!.. (À part.) Allons, c'est une scène à recommencer... Ce que c'est aussi que d'être interrompu au meilleur moment. [Haut.) Oui, Madame, vous daignerez m'écouter... Vos yeux ne resteront pas éternellement attachés sur votre ouvrage , sur cette tapisserie qui me désespère ; vous jetterez sur moi un regard de pitié... ou ces paroles que vous entendez seront les dernières de moi qui frapperont vos oreilles... et cette croisée, qui donne sur le fleuve... cette croisée élevée !.. (// fait quelques pas vers le balcon , Clotilde reste assise et sans remuer.* A part.) Eh bien ! elle reste tranquille?.. [Haut.) Cette croisée, d'où je vais me précipiter!.. [A part.) Elle ne me retient pas?.. [Haut et revenant vivement.) Non, ce n'est pas loin de vous.. . c'est sous vos yeux, c'est à vos pieds que je veux jeter une existence que vous dédaignez.

CLOTILDE, froidement. J'en serais désolée; mais je ne peux pas vous en empêcher.

FERNAND. Ah ! vous parlez ainsi, cruelle, parce que vous savez biea que mon bras est désarmé, et que je n'ai d'autre aide que mon désespoir... Mais si je pouvais trouver une arme!..

CLOTILDE. N'est-ce que cela , Monsieur ? [Détachant froidement la clef qui est d sa ceinture.) Tenez...

FERNAND. Qu'est-ce que c'est?

CLOTILDE, se levant. Ouvrez ce secrétaire... [Voyant qu'il hésite.) Ouvrez...

vous trouverez là une boîte.

FERNAND, à part. Ah! mon Dieu!

{Haut.) Où donc?

CLOTILDE Sous votre main.

FERNAND, prenant la boite. Ah!., ces pistolets...

CLOTILDE. Ils sont à vous.

FERNAND, stupéfait. O ciel !.. [Haut.) ouvrant la boite, prenant un pistolet et jouant le désespoir.) Vous le voulez donc!.. Vous le voulez...

CLOTILDE, froidement. Puisqu'il n'y a pas d'autre moyen de vous guérir... C'est pour vous... cela vous regarde.

FERNAND. Dites plutôt que c'est pour vous-même , qui êtestrop heureuse de vous délivrer ainsi d'un amour qui vous est odieux, qui vous importune, qui vous gêne peut-être... Car j'ai un rival... j'en ai un, j'en suis sûr.

CLOTILDE. Raison de plus pour.. .

FERNAND. Ah! c'est trop fort!.. (Eclatant.) Eh bien! non, madame, je ne me tuerai pas!.. Je vous rendrais trop conten-

1 Fernahd, Clotilde.

te, trop joyeuse... Vous osez rire encore'... dans un pareil instant!..

CLOTILDE, riant. Oui, vraiment... Allez donc, Monsieur, allez donc... je n'attendais que ce moment-là pour vous adorer.

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