‹ Etrenne poétiqueChapitre 16 sur 37 · UNE FEMME · texte numérisé non relu

UNE FEMME

Calmez, lui disait-on, ces larmes, qu'avez vous? Quel malheur imprévu frappe-t-il votre vie?

Vous dont le sort si doux Aux gens les plus heureux peut encor faire envie?

Jeune, riche, adorée et belle, vos désirs

Sont des lois pour chacun, votre vie est un rêve,

De plaisirs en plaisirs, Sans rencontrer d'écueils votre destin s'achève,

Les fêtes et les bals se partagent vos jours , Vous n'avez qu'à choisir des parures nouvelles;

Idole des amours Votre front radieux éclipse les plus belles.

H et )-

Qu'avez-vous donc ce soir, et d'où naissent vos pleurs? Vous foulez sous vos pieds la gaze et la dentelle

Et jusques à ces fleurs, Don timide et chéri d'une main trop fidèle.

Vous ne m'écoutez pas , votre front est boudeur , Vous n'avez pas mangé de toute la journée ;

D'un air sombre et grondeur Vous répondez à peine à ma voix étonnée.

Et pourtant pour le bal où vous devez aller Vous faites des apprêts, et ce matin encore

Rien ne semblait troubler De ce bonheur promis la ravissante aurore ;

Car pour vous, pauvre enfant, un bal, c'est le bonheur, C'est ce que vous aimez le plus , et ce qui charme

Votre paisible cœur, Lac tranquille où jamais ne retombe une larme.

Et ce soir je vous vois tout en pleurs , le chagrin Décompose vos traits toujours doux et candides,

Votre front si serein, Votre front de vingt ans, semble avoir pris des rides.

Allons, confiez-moi ce chagrin si profond, Par quel secret tourment êtes-vous agitée?

Mais elle me répond :

« C'est ma robe de bal qu'on n'a pas apportée

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