‹ Etrenne poétiqueChapitre 20 sur 37 · HOMMAGE DE SYMPATHIE ET DE DOULEUR · texte numérisé non relu

HOMMAGE DE SYMPATHIE ET DE DOULEUR

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Détourne loin de nous ta foudre inexorable, Grâce, grâce, Seigneur, ta droite formidable

Nous a brisé comme un roseau ; Que sommes-nous, Seigneur, lorsque ton heure sonne? Ton souffle comme un arbre a secoué le trône

Et ses fleurs jonchent le tombeau.

Seigneur , le peuple en deuil t'implore tout en larmes ; Sur nos fronts attristés, voilés par les alarmes,

Fais tomber ton ardent courroux; Chacun offre sa vie, ah ! puisse ta colère S'apaiser à nos pleurs, frappe-encor, mais en père;

Nous t'attendons à deux genoux.

C'est assez des malheurs qui désolent nos rives! Nos larmes, nos sanglots, nos prières plaintives,

0 Seigneur , attestent nos deuils ; Le Piémont comme un fils qui gémit sur sa mère, éperdu, désolé, baise en pleurant la pierre

Et se traîne entre deux cercueils.

Mortes toutes les deux ! ! et la mère et la fille ! Et trois jours t'ont suffi ! . . . sur l'auguste Famille

La mort a promené sa faux; Le blanc lis est tombé près de l'épi sans tâche Et lasses , avant l'heure où finissait leur tache ,

Elles ont cherché le repos.

0 douleur ! ô douleur ! jours à jamais néfastes ! D'un lugubre linceul nous voilerons nos fastes.

La mort, la mort est parmi nous; Un frisson douloureux a couru dans nos veines , Le vent froid de la tombe a d'humides haleines

Et les cieux semblent en courroux.

Seigneur, qui peut sonder tes lois impénétrables? Connaît-on le secret des arrêts immuables

Qui planent sur le genre humain?

Sait-on pourquoi ta verge ou châtie ou relève? Pourquoi le blanc agneau succombe sous le glaive ,

Pourquoi sur nous pèse ta main ?

Pourquoi la vertu sainte est en butte aux outrages? Pourquoi l'on vit toujours les justes et les sages

Abreuvés de pleurs et de fiel?

Pourquoi l'être qui fit de sa vie une offrande Et dont les jours ainsi qu'une blanche guirlande

Décoraient ton pieux autel ;

Pourquoi ces êtres purs , ces deux Reines aimées , Anges dont le regard à nos âmes charmées ,

Apportait l'espoir et la paix; Dont les vertus semblaient diviniser le trône, Et dont la main pudique en répandant l'aumône

Cherchait à cacher les bienfaits;

Pourquoi les vîmes nous avant l'heure fauchées S'envoler vers le ciel , fleurs de l'arbre arrachées

Qu'emporte le souffle du nord?

Ineffables esprits des voûtes éternelles, Elles sentaient frémir leurs radieuses ailes,

Et leur âme chercha le port.

Envain les malheureux dont «lies étaient mères , Pour mieux les retenir leur montraient les misères

Qu'elles seules savaient guérir.

Envain de beaux enfants, anges au doux sourire, Désolés et craintifs. dans leurs pleurs semblaient dire

« Les mères peuvent donc mourir? »

M vam l'auguste Roi que le Piémont adore , Triste tendait les bras pour les étreindre encore Sur son cœur à jamais désert.

L'Eternel dans son sein les avait rappelées Et toutes deux fuyant aux voûtes étoilées Regagnaient le ciel entr' ouvert.

Pourquoi? c'est que toujours sur le front le plus digne D'un baptême fatal le malheur met le signe

Qu'il faut le sacre des douleurs; Par les larmes du cœur la gloire est expiée; A qui n'a pas souffert l'auréole est niée ,

On ne l'obtient que par des pleurs.

C'est Gharle-Albert mourant sur le rocher d'Oporte, C'est son dernier soupir que la vague nous porte

A ses enfants suprême adieu!

Dernier cri du martyr expirant solitaire, Comme le Christ mourant au sommet du Calvaire

Qui triste se plaignait à Dieu.

Et toi, noble Victor, espoir de l'Italie, Ta lèvre du calice a bu jusqu'à la lie ,

Ton martyre fut rude et prompt ; Soldat , père , époux , fils ; tes fraîches espérances Se changèrent, hélas, en amères souffrances,

Le malheur a sacré ton front.

Dieu n'éprouve jamais que les vertus sublimes , Les cœurs prédestinés sont choisis pour victimes ,

Et Dieu même porta sa croix.

Mais courage, Victor! triomphe de tes larmes, Le Piémont éploré partage tes alarmes ,

0 le plus aimé de nos Rois !

Tu ne souffres pas seul, car le peuple qui t'aime S'associe à ton deuil , à ta douleur suprême ,

Chaque foyer est dévasté.

Nos vœux reposent tous sur ta tête chérie , 0 toi le Roi sauveur ! l'espoir de la patrie

Réside dans ta loyauté.

Songe, pour apaiser la douleur qui t'opprime, Au peuple qui bénit ton règne magnanime , .

Aux nobles droits que tu défends, Aux heureux que tu fais, et notre amour l'atteste, A l'avenir, Victor, ici-bas il te reste

Le temps , ton peuple et tes enfants !

Janvier 1855.

J'ai revu dans le jour ces rêveuses allées Où nous portons le soir nos pas silencieux,

Mais au soleil froides et désolées Elles avaient perdu tout leur charme à mes yeux.

Mon cœur restait muet aux souffles de la brise, Rien ne me parlait plus dans ces lieux tant aimés,

Et je disais attristée et surprise :

L'air ici n'a-t-il plus ses soupirs embaumés?

L'homme par sa présence a mis un peu de lie Dans ce chaste désert tout parfumé d'amour,

Plein de tristesse et de mélancolie , Virginale beauté que profane le jour.

C'est en vain que le ciel s'est vêtu de lumière ; Il me semblait plus beau, plus pudique la nuit,

Lorsque la voix de la nature entière S'élève pour nous seuls quand du jour meurt le bruit.

Oh! rendez-moi mon ciel tout parsemé d'étoiles, La sombre et verte allée , où le soir je m'assieds ;

Rendez-moi la nuit aux longs voiles , Dont l'ombre qui descend vient caresser mes pieds.

Le calme doux et pur qu'au désert on respire , Et l'oubli des humains , et l'idéal amour

Auquel mon cœur incessamment aspire, Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour.

Rendez-moi mon désert et le rêve que j'aime Aussi frais que la fleur qui vient de s'entr'ouvrir,

Et que j'irais demander à Dieu même Si de mon cœur, helas! il osait le ravir.

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