UNE MATINÉE A LA CAMPAGNE
Oh! de ces champs en fleurs que le parfum est doux, Le soleil est plus beau ce matin sur nos têtes, Le rossignol joyeux semble chanter pour nous, La terre nous convie à d'éternelles fêtes.
Non, jamais le printemps n'eut un aussi beau jour, Jamais l'onde et les vents n'eurent ce doux murmure, On dirait qu'un soupir tout palpitant d'amour S'exhale autour de nous du sein de la nature.
Le ciel est transparent, sur la fleur du gazon Tremble en larmes encor l'amoureuse rosée; Un nuage embaumé sort de ce vert buisson, Et l'air semble baigné d'une teinte rosée.
Quel calme frais et pur à l'ombre des grands bois, La terre a frissonné comme une chaste lyre, L'amour à chaque fleur prête comme une voix, La volupté parcourt l'air tiède qu'on respire.
Oh ! qu'il est beau de vivre ! oh non ! jamais mon cœur N'aspira mieux la vie au fond de ma poitrine ; D'où viennent ces élans intimes de bonheur ? On dirait qu'un soleil inconnu m'illumine.
C'est pour moi que les champs répandent leur parfum, C'est pour moi que ces fleurs ce matin sont écloses, C'est pour moi que Bulbul loin d'un monde importun, Soupire ses accords sous ces touffes de roses.
C'est pour moi que le ciel resplendit si joyeux, Et qu'on entend passer dans la sphère infinie, Comme le chant d'un ange errant au haut des cieux, Un concert éclatant d'amour et d'harmonie.
C'est pour moi que les eaux, les arbres et les vents Ont ces accords divins, cette voix solennelle, Pour moi que le soleil a des feux pénétrants, Oui, c'est pour moi que Dieu fit la terre si belle.
Que dis-je? quel délire a troublé ma raison,
Pour moi tout ce bonheur, ces fleurs, cette verdure ?
Pour moi du rossignol l'amoureuse chanson,
Pour moi ces prés, pour moi ce ruisseau qui murmure.
Oh ! non, non, mais pour vous, pour vous qui dans ces champs
Courez et folâtrez, ô douces jeunes filles,
Vous dont j'entends au loin les rires et les chants,
Et que je vois errer là bas sous ces charmilles.
Pour vous, l'amour, les fleurs, la joie et le bonheur, Dieu mit sur votre front la beauté, la jeunesse, Cette rose d'avril qui parfume le cœur, Et répand autour d'elle un parfum de tendresse.
Pour vous l'amour, pour vous ce doux rayon de miel, Que Dieu mit dans le cœur, comme un fruit sur la branche, Gomme la fleur aux prés, comme l'étoile au ciel, Et comme au fond des mers il mit la perle blanche.
Riez, riez enfants, allez, amusez- vous, Couronnez-vous de fleurs, aimez, soyez heureuses, Votre gaîté m'émeut, votre bonheur m'est doux , Et je me sens moins triste en vous voyant joyeuses.
Moi, qui n'espère plus, hélas! des jours sereins,
Je jouis en voyant le bonheur vous sourire ;
Quand je vois un heureux, je sens moins mes chagrins,
Et je bénis la vie au lieu de la maudire.
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Oui, je veux retourner vers la fraîche vallée, Dans l'épaisseur des blés, je veux encor courir, Et voir sur le ruisseau l'aubépine étoilée Un seul printemps encor fleurir.
Je veux sur le torrent de cascade en cascade, Bondir comme un chevreau que poursuit le chasseur; Et sous les verts pommiers arrondis en arcade, Du vent tiède du soir savourer la douceur.
Je veux dans le bosquet, près de la maison blanche, De mûres et de fleurs butiner les moissons, Mêler à mes cheveux la fleur de la pervenche Odorant saphir des buissons.
Et m'incîinant aux bords de la source argentée Distraite en effeuillant la fleur de l'ébénier, Livrer aux flots errants sa feuille veloutée, En tachant de sourire... et surtout d'oublier!
Puis sur les rocs mousseux au pied de la colline Où l'humble thym répand une senteur de miel, Tandis que le soleil, qui doucement s'incline Empourpre au loin le ciel.
Je veux m'asseoir un soir, et grave et recueillie, En étendant la main vers la croix du hameau, Lui dire en soupirant: ah! lorsque tout s'oublie, Oublierez-vous la place où sera mon tombeau?
à l'occasion de la distribution de prix,