‹ Etrenne poétiqueChapitre 25 sur 37 · MO · texte numérisé non relu

MO

Et fondons dans le sein du plus pauvre village Une école propice où l'enfant en bas âge D'un utile savoir nourrisse sa raison ; De la pensée à tous découvrons l'horizon; Mais est-ce bien assez? l'habitant des campagnes, Le pâtre errant au haut des alpestres montagnes, Le vacher humble et doux qui guide son troupeau , Tous ces pauvres enfants qui trop loin du hameau Ne peuvent pas aller puiser à la mamelle Où du docte savoir le lait pour tous ruisselé , Seront-ils condamnés lentement à mourir , Sans qu'au jour leur esprit enfin puisse s'ouvrir? On disait, et soudain un homme, un père, un sage, Dont le travail avait agrandi l'héritage, S'est dit avec amour : Ouvrons pour les enfants Dans les longs soirs d'hiver, dans les jours étouffants, Sur le seuil des châteaux , au coin de la chaumière Une école, où pour tous s'épenche la lumière, Où les enfants de Dieu, malheureux, oubliés Au banquet du savoir soient enfin conviés.

Et soudain à sa voix une école est fondée,

Jetant les fondements de son utile idée

Il consacre cet or par le génie acquis ,

Ces biens par ses labeurs si noblement conquis,

A voir autour de lui son école naissante

Grandir et prospérer sous sa main bienfaisante ;

De tous les environs les enfants accourus,

De saison en saison les flots se sont accrus.

Et supportant tout seul le poids du sacrifice

Depuis cinq ans sa main soutient cet édifice.

Par le bien qu'il a fait il est récompensé ,

Et l'on dirait qu'un ange en ces lieux est passé ,

Tant la foi, les vertus, le travail et l'étude

De ces jeunes enfants captivent l'aptitude ;

Ces enfants aujourd'hui, mais des hommes demain,

Grâce à toi , du devoir suivront le droit chemin ;

0 Pomba , leurs vertus seront ta récompense ;

L'estime, que le peuple et refuse et dispense,

Est le prix qu'ici bas remporte la vertu

Et qu'on obtient après avoir bien combattu ;

De l'utile et du vrai tu fis ta seule étude.

Qui sème les bienfaits cueille la gratitude ;

Vois tous ces jeunes cœurs volant devant tes pas,

Vois , vois les plus petits qui te tendent les bras !

0 toi, leur noble appui, leur bienfaiteur, leur père

Toi, dont le nom béni, Pomba, par chaque mère

Guidera ces enfants dans le sentier du bien,

Ton œuvre utile et sainte est d'un bon citoyen.

jjUBÀumiaHBsra

-'^-•'-«i.-ii/^--

Oh ! ne me dites pas que je suis jeune encore ,

Que sous mes pieds saignants d'autres fleurs vont éclore,

Que le ciel est serein ; Qu'un limpide horizon resplendit sur ma tête, Hélas qu'il est encor pour moi des jours de fête

Qu'épargne le chagrin,

Que les fleurs du printemps ne sont pas les plus belles, Et que l'été souvent a des moissons nouvelles

Aux parfums bien plus doux, Et qu'il est dans la vie une heure fortunée , Que tôt ou tard toujours elle nous est donnée

Par notre Père à tous.

Oh ! ne me dites pas qu'il faut subir l'orage ; Que le feu, de l'or pur sépare l'alliage ,

Qu'il faut des jours amers ; Que l'ouragan mûrit les épis dans la plaine, Epanouit la fleur, forme le glan du chêne

Et la perle des mers.

Hélas! je le sais bien, mais mon âme est lassée, Le malheur m'a surpris, hirondelle blessée

Je meurs au bord du nid ; Que d'autres plus hardis osent tenter là voie ; Moi, vers le ciel pieux je pousse un cri de joie

Quand mon exil finit.

Oue m'importe après tout ces plaisirs éphémères Qu'il nous faut acheter pas des larmes amères

Et qui n'ont qu'un seul jour.

Moi, j'ai soif d'un bonheur éternel, ineffable, Qui ne puisse finir, et qui soit immuable

Ainsi que mon amour.

Prends ton vol , ô mon âme , ainsi que la colombe , Et monte, monte aux cieux que par delà la tombe

Je vois enfin s'ouvrir.

Je ne demande rien qu'un linceul à la terre, Hélas ! et le repos sous la croix solitaire ,

Pour cesser de souffrir.

ï^ranihe imQtwn V»monr

Quand les champs ont repris leurs parures nouvelles 7 Qu'avril s'est couronné de ses fleurs les plus belles, Que les arbres couverts de leurs boutons naissants Frémissent aux baisers des zéphirs caressants , Quand l'air plein de parfums et d'étranges mystères Fait battre à coups pressés la vie en nos artères ; Il faut, quand le matin empourpre l'horizon Et que de l'alouette éclate la chanson, Aux frais enchantements des aubes indécises , Aux bruits harmonieux soupirant dans les brises, Sitôt que sur les flots s'élance le pêcheur , De l'air libre des champs savourer la fraîcheur, Fouler d'un pied distrait l'émail de nos prairies, Et dans le fond des bois plonger ses rêveries ; Du frais lilas en fleur alors approchez-vous :

Que ses boulons sont purs! que son parfum est doux!

Que sa forme est suave! et sa fleur purpurine!

Le lilas, c'est la plante à la beauté divine;

Quelque chose de doux , de chaste , d'idéal ,

Ainsi que la pudeur sur un front virginal,

Sur ses souples rameaux jette un touchant prestige ;

On n'ose détacher la grappe de sa tige,

On l'aspire long-tems et distrait et rêveur

Les plus doux souvenirs vous remontent au cœur,

C'est comme un frais appel à ces jeunes années

Si riches d'espérance et si vite fanées !

0 beau lilas , ta fleur au parfum vague et pur

Cherche à se dérober sous ton feuillage obscur,

Comme une vierge évite un regard téméraire,

Et comme elle s'entoufe et d'ombre et de mystère,

Le ciel te fit éclore aux caresses du jour

Comme son âme chaste au souffle de l'amour;

Tu semblés te cacher sous ta feuille charmante

Comme dans la pudeur se voile une âme aimante;

On dirait que tu crains d'étaler ta splendeur

Ainsi qu'un jeune front plus beau de sa pudeur.

Et la suave fleur et la vierge modeste

Gardent dans leur beauté comme un reflet céleste ;

Quelque chose de l'ange égaré dans ces lieux,

Et qui fait ici-bas ressouvenir des cieux.

Page 1