‹ Etrenne poétiqueChapitre 26 sur 37 · LES ORPHELINS DE SASSARI · texte numérisé non relu

LES ORPHELINS DE SASSARI

Toi , dont la main ne s'ouvre , ô Dieu ! que pour répandre

Des bienfaits sur l'humanité , Dont la justice même est lente , et sait attendre , Car pour choisir son heure elle a l'éternité,

0 Dieu ! dont la bonté prodigue et vigilante

Mûrit le grain pour les oiseaux, Tempère le soleil et l'ondée à la plante Et mesure le vent aux toisons des agneaux.

Pour les petits enfants, ô Dieu ! qui fis la mère

Et la plaças près du berceau, Afin que son amour, de cette vie amère Au jeune convié dérobât le tableau.

Une mère ! de Dieu c'est la vivante image ,

Elle est ici-bas notre ciel; La main qui nous soutient, l'œil qui nous encourage, Le cœur qui pour nos maux trouve toujours un miel

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Elle , qui nous guidant dans l'enfance naïve

Nous fit un berceau de ses bras , Nous nourrît de son lait, et tremblante, craintive De nos jours menacés éloigna le trépas.

0 Dieu! toi qui la fis providence visible,

Vase mystique toujours plein!

0 non, ne permets pas, car ce serait horrible! Dans son berceau de voir un enfant orphelin.

Un enfant orphelin ! seul , jeté dans le monde

Sans une mère pour l'aimer !

Un enfant orphelin ! ô misère profonde ! A cette âme, Seigneur, qui viendra te nommer?

Un enfant orphelin ! sur sa bouche vermeille

Le sourire n'éclora pas!

Sur son rare sommeil , nul front penché ne veille , Pauvre enfant à qui nul, hélas , ne tend les bras !

Un enfant orphelin! il est seul quand il pleure

Et seul aussi quand il a faim!

Seul , seul quand il a froid , seul lorsque sans demeure , Aux passants effarés il demande du pain.

Seul, quand un mal ardent déchire sa poitrine,

Quand le mépris vient le flétrir!

Seul , seul et toujours seul . . . Dans ta bonté divine , Oh ! les mères , Seigneur , ne devraient pas mourir !

Je disais ; et mon œil éperdu , dans l'espace

Entrevit un sombre tableau , Désespérée, en vain je détournais la face , Toujours j'apercevais l'inflexible fléau ;

Le sombre choléra , monstre qu'en sa colère

Le Seigneur sur nous déchaîna , Il dirigeait son vol vers l'Ile séculaire Qu'Eléonore un jour de gloire couronna.

Ainsi qu'un noir vautour il planait immobile

Sur la paisible Sassari.

Un long frisson de mort a parcouru la ville D'où s'élève un bruit sourd , inextinguible cri ,

De morts et de mourants la terre était jonchée,

Le monstre avait tout dévoré ; La sanglante moisson était toute fauchée , Le silence planait sur ce sol expiré;

Et soudain j'aperçus venir une nuée

De beaux petits enfants en deuil; Et tristes, sur la terre à peine remuée Ils avaient abattu leur vol sur le cercueil.

0 pauvres beaux enfants ! quelle pitié profonde ,

Hélas ! s'empara de mes sens ; Qu'allez-vous devenir, sans appui dans ce monde, Tous seuls et sans secours , ô pauvres innocents !

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Leurs mains cherchaient les mains des pauvres mères mortes,

D'autres pleuraient dans leur berceau, Et ceux-là , se roulant au seuil vide des portes , Appelaient des absents raidis dans le tombeau.

Ceux-ci ne savent plus le nom dont on les nomme ;

La mort autour d'eux a tout pris, Oiseaux tombés du ciel sur le sentier de l'homme , Qui pour toucher les cœurs n'ont, hélas! que leurs cris.

Que vont-ils devenir ceux que le sort oublie ,

Perdus sur le bord du chemin?

0 riches des cités, quand ma voix vous supplie A ces pauvres petits venez tendre la main.

Et vous mères surtout, qui souriez ravies

Aux berceaux de vos nouveaux-nés , Pour que Dieu sans périls garde vos doubles vies Prenez, prenez pitié de ces infortunés.

Un peu d'or retranché sur un luxe inutile Sauverait tant de beaux enfants; Quelques bijoux de moins , quelque gaze futile , Quelques fleurs seulement, dans vos bals étouffants.

Donnez , mères , donnez ; des misères profondes

Allégez les sombres douleurs, Donnez, mères, au nom des belles têtes blondes De vos petits enfants que vous ceignez de fleurs.

Donnez, car de vos fils ils ont l'âge peut-être;

Ils avaient une mère aussi. Donnez, afin que Dieu ne veuille pas permettre Qu'un jour sur vos enfants, hélas! on pleure ainsi.

Donnez , et dans le ciel pour vous de pauvres mères

(Un bienfait n'est jamais perdu) Echangeront vos dons en ferventes prières. Ce qu'on donne ici-bas , là-haut nous est rendu.

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Ange, qui sous tes blanches ailes Me protégeas jusqu'à ce jour, Dont les soins chastes et fidèles De mon cœur éloignent l'amour , Ecoute ma voix éplorée , Je n'ai plus d'espoir que dans toi . . . Chasse cette image adorée, Mon bon Ange, protége-moi.

A genoux tremblante, alarmée, Pour mieux le fuir je viens prier ; Rends-moi ma paix accoutumée, Tu le vois , je veux l'oublier ; Pourquoi ces larmes insensées?

Non, je ne veux aimer que toi ; Qu'à Dieu seul tendent mes pensées , Mon bon Ange, protége-moi.

Hélas ! et tandis que je prie J'ai cru le voir devant mes yeux, Par ce souvenir poursuivie Je le vois , le trouve en tous lieux ; Je pleure , et j'étouffe ma plainte , Je souffre . . . appelle-moi vers toi , Au ciel je l'aimerai sans crainte, Mon bon Ange, protége-moi.

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DEÏÏÏ YOÏES

Allez, amusez-vous, la joie a tant de charmes? Laissez-moi seule ici, seule, seule toujours; Il me faut le désert pour répandre des larmes , Gomme à vous le soleil pour chanter vos amours,

Il me faut le vallon obscur et solitaire ,

Pour fuir le bruit d'un monde importun à mes yeux.

La solitude plaît à la douleur austère ,

Loin des hommes je crois être plus près des cieux.

Ne me dites donc plus de partager vos joies , De porter dans vos bals un front voilé de deuil ; Hélas ! Dieu nous traça deux différentes voies , A vous l'autel en fleurs, à moi le froid cercueil.

C'est un lot douloureux : résignée et soumise , Je franchis mon calvaire , hélas ! sans m'arrêter , Sans jeter un regard vers la terre promise , Sans rechercher des biens que je n'ai pu goûter.

Et quand j'ai consommé mon cruel sacrifice , Quand j'ai dit à la terre un éternel adieu, Gomme le patient à l'heure du supplice Qui ne veut plus avoir d'entretien qu'avec Dieu ;

Pourquoi me rappeler vers ces biens que je laisse? Pour ne point les pleurer je veux les ignorer ; Dans ce rêve idéal de bonheur, de tendresse J'aspirerai la mort si j'osais m'y livrer.

Ne me parlez donc plus du bonheur qui vous charme , Oseriez-vous vanter à l'aveugle un beau jour ! Ses yeux comme mon cœur cacheraient une larme, Laissez-nous ignorer le- soleil et l'amour.

Hélas! soyez heureux, j'aime à vous voir sourire, D'un bonheur inconnu c'est un écho joyeux ; Soyez la douce voix qui chanté sur la lyre, Moi j'en suis le soupir triste et mélodieux.

Soyez la fraîche fleur qui parfume et qui brille , Moi je suis le cyprès sur la tombe isolé ; Soyez dans le ciel bleu l'étoile qui scintille, Moi je suis l'horizon par la brume voilé.

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