‹ Etrenne poétiqueChapitre 28 sur 37 · L ÉGLISE ISOLÉE · texte numérisé non relu

L ÉGLISE ISOLÉE

Un matin nous suivions le sentier parfumé,

Qui mène à la colline , Le ciel était d'azur, le gazon parsemé

De thym et d'aubépine ;

Nous marchions lentement sans oser nous parler,

Et l'âme recueillie, La brise soupirait, et seule osait troubler

Notre mélancolie.

La ville s'étendait au loin à l'horizon

De vapeurs couronnée; On eût dit, à la voir, une immense prison

Par deux fleuves cernée.

IH bruit confus, formé d'innombrables rumeurs

Sortait de tous ses pores, Etaient-ce des soupirs, des plaintes, des clameurs,

(lu bien des chants sonores?

Près de nous, des oiseaux qui jouaient dans les prés,

.l'entendait la voix douce:

El je voyais passer les papillons nacrés,

Qui volaient sur la mousse.

J'écoutais tous ces bruits, et le sein agité

D'un indicible charme, Je penchai vers le sol mon regard attristé,

Où tremblait une larme.

Car la nature en fête, était dans ce beau jour

Pour moi bien plus touchante; L'air avait des accords pleins de trouble et d'amour ,

Voix qui pleure et qui chante.

Nous marchions lentement sans oser nous parler,

Et respirant à peine, Ecoutant tous ces bruits qui semblaient s'exhaler

Et monter de la plaine»

Et le vent arrachait aux blancs acacias

Ses plaintes monotones, Car l'été qui fuyait, répandait sous nos pas

Ses dernières couronnes.

Le cœur plein de soupirs et le sein oppressé,

Je détournai la tête, Et regardai le ciel, tel qu'un marin lassé,

Qui pressent la tempête.

Tout à coup devant nous en tournant les sentiers

Je vis une humble église, Sous les verts châtaigniers et les chênes altiers

Brillait sa tête grise.

Le porche était ouvert et nous tendait les bras

Comme une tendre mère; Je crus que Dieu venait au devant de mes pas

Dans ma douleur amère.

La nef était déserte et semblait inviter

Le cœur à la prière, Comme une étoile aux cieux, on voyait s'agiter

Au fond une lumière.

Aucun bruit ne troublait de ce calme séjour

La paix mélancolique, Et mon âme aspirait cet ineffable amour

Rêve d'un cœur pudique.

L'air était imprégné d'un doux parfum d'encens,

Qu pénétrait nos âmes.

Echangeant d'un regard nos désir innocents,

Tristes, nous soupirâmes.

Le cœur plein de sanglots, j'allai, d'un pas rêveur

Vers l'autel solitaire, Où s'envolant aux deux la mère du sauveur,

Abandonne la terre.

Et je joignis les mains en lui disant tout bas :

« Oh ! prends-moi sur tes ailes, « Je souffre, et j'ai pour toi reçu dans les combats

« Des blessures mortelles.

« Prends pitié de mes pleurs, mes pieds se sont meurtris

• A gravir mon calvaire :

« J'ai besoin de repos, mes traits sont amaigris

« Par ma douleur sévère.

« Si je ne touche pas au terme du chemin,

« Où seule je me traîne, > 0 vierge! par pitié, viens me tendre la main,

« Calme mon âme en peine.

« Appelle-moi vers toi, j'aurais trop à souffrir « Dans ce monde où tout passe;

« Pour aimer dans les cieux, j'ai hâte de mourir, ' De lutter je suis lasse » .

Nous revînmes, rêveurs sans oser nous parler,

Et l'âme recueillie, La brise soupirait, et seule osait troubler

Notre mélancolie.

«ju

Page 1