‹ Etrenne poétiqueChapitre 29 sur 37 · LE VIEILLARD ET L'ENFANT · texte numérisé non relu

LE VIEILLARD ET L'ENFANT

Enfaat, pour apaiser la soif qui me dévore, \l laisse jusqu'à moi les bords de ton amphore,

Car je suis vieux et las.

Mon regard presqu'éteint, est voilé d'un nuage, Le père de ton père à peine aura mon âge,

Oh ! viens aider mes pas î

Hélas! qu'il est heureux l'ayeul qui te contemple, Qui te sourit le soir, lorsqu'au retour du temple

Tu viens baiser sa main.

Un enfant est l'orgueil du vieillard qui chancelle, La voix qui réjouit son âme paternelle,

La fleur sur son chemin.

-( 146 l'- Heureux ton père, un jour il saisira ses armes, En chargera ton bras, et les yeux pleins de larmes,

Il bénira les dieux :

Lui-même, il guidera tes pas dans la mêlée, Et te fera siéger au sein de l'assemblée,

Où siégeaient tes ayeux.

Ta mère, ô bel enfant, qu'elle se dit heureuse. Alors que se penchant sur ta lèvre amoureuse,

Elle vient te baiser ; Où quand son œil te suit le soir au gynécée, Toi, l'objet le plus cher, où sa chaste pensée

Aime à se reposer.

Ah! que ta mère un jour, de ton bonheur jalouse, A ton lit nuptial guide une jeune épouse,

Belle comme Junon; Qu'elle berce les fils de tes fils dans leurs couches, Et qu'elle entende encor leurs innocentes bouches

Balbutier son nom.

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Elles ont fui ces heures fortunées

Dont nous voulions éterniser le cours,

Et que le tems inflexible a bornées,

Les jours heureux sont toujours les plus courts.

Hélas ! l'hiver sur son aile rapide

A loin de nous emporté ces instants,

Où nous allions près du Ghisson limpide

Cueillir les fleurs qu'oublia le printemps.

Moments heureux! dans ton frais ertimage, La paix, l'étude et surtout l'amitié, Ces biens si doux enviés par le sage, Se disputaient de nos jours la moitié : Toutes les deux, gravissant la colline D'un pas rêveur, sans choisir les sentiers, Nos voix , des vers du Dante et de Racine Charmaient au loin l'écho des monts altiers.

Nous butinions, ainsi que fait l'abeille, Comme un miel pur la poésie en fleur, Et nous volions de merveille en merveille, Etudiant la forme et la couleur.

Les yeux baissés comme des néophites, Nous écoutions ces douces voix du ciel, Et la beauté sauvage de ces sites Prêtait un charme à cet hymne immortel.

Tout est plus grand sous l'œil de la nature.

L'esprit s'élève au sein de l'infini ;

Tout chant est doux quand l'océan murmure,

Au plein soleil nul tableau n'est terni.

Du firmament la voûte constellée

A nos pensers donne un plus noble essor ;

Et nos soupirs plus purs dans la vallée,

Semblent vibrer sur une harpe d'or.

Aussi les chants de nos divins poètes Etaient plus beaux sur les monts, dans les bois, Nous éprouvions des extases muettes, Et nos mêlions nos larmes à leurs voix. Goethe, Byron, Pétrarque, Lamartine, Nous transportaient sur leurs ailes de feu, Et nous planions dans la sphère divine, Où leur génie avait rencontré Dieu.

lu. d'autres fois, seules dans la campagne, Nous écoutions le chant simple et naïf Du pâtre errant au pied de la montagne, Chant triste et lent tel qu'un accord plaintif. Doux lai d'amour plein de mélancolie, Que la douleur dans un sanglot trouva, Cri déchirant de mort ou de folie, D'un cœur brisé, dernier son qui s'en va!

Nous écoutions, et nos yeux dans la plaine Apercevaient l'essaim des moissonneurs, Les chars traînant les gerbes avec peine, L'herbe tombant sous la faux des faneurs. Les gras troupeaux épars sur la colline, Apparaissaient au loin comme un point noir ; Mais le doux son de leur cloche argentine , Triste, fendait l'air embaumé du soir.

Un gai repas que la faim assaisonne, Nous attendait sous la tonnelle en fleurs , Les fruits pourprés que prodigue l'automne, Charmaient nos yeux par leurs vives couleurs, Le soir venait : des heures envolées Nous n'avions point compté les pas furtifs ; Ta voix alors en cadences perlées, Nous modulait de doux récitatifs.

Ou bien quittant l'aiguille et la guitare, Ton front rêveur sur ta main incliné, Suave écho du chantre de Ferrare Dans ce poème à grands traits crayonné, Tu nous montrais à tous dans ton vol d'aigle, De ton pays la gloire et les revers, Ton goût exquis qui du beau suit la règle, Du pur classique a parfumé tes vers.

Ta lyre d'or chante ton épopée,

Ton sein bondit au nom de liberté,

Va dans ta main le luth vaut une épée,

Et c'est ainsi que Tyrtée a chanté;

Ces jours si beaux parfument ma mémoire,

Leur souvenir me charme et m'attendrit ,

J'y respirais les vertus et la gloire,

Mon rêve est là . . . le bonheur m'y sourit.

Oui , c'est ainsi que je voudrais la vie, Au sein des arts, de la chaste amitié, Loin des méchants, des sots et de l'envie, Fuyant l'éclat que j'aurais oublié, Bornant mes vœux et mon unique étude A méditer, à faire un peu de bien, Coulant des jours exempts d'inquiétude, Et ne cherchant, ne désirant plus rien.

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Ne me demandez pas pourquoi fière et hautaine, J'exprime quelquefois le dédain et la haine;

Pourquoi dans mes écrits Ne se reflète pas l'universelle joie, Pourquoi mon pied rétif de la commune voie

S'écarte avec mépris.

Pourquoi , tel qu'un esquif qui déferle ses voiles , Et vogue loin du bord sur la foi des étoiles

Vers un pôle inconnu, Seule et le front levé je marche dans la foule, Ne me demandant pas quand je brave la houle,

D'où l'orage est venu.

Pourquoi je vais ainsi sans m'unir à la chaîne Que forment les anneaux de la famille humaine.

Oh ! me dit-on , qu'as-tu ?

Avant de le vider, tu jetas le calice ! Est-ce par fier dégoût, est-ce par sacrifice?

Egoïsme, ou vertu?

Ton esprit insoumis n'a-t-il plus de croyance, De son fruit décevant l'arbre de la science

T'offrit-il le poison?

As- tu donc disséqué l'âme comme un cadavre? Le savoir a parfois quelque chose qui navre

Et trouble la raison?

Sur le sentier désert où ton regard se pose Pour ton esprit lassé ne croît-il plus de rose ,

Tout est-il dévasté?

L'art n'a-t-il plus d'autels et la vertu d'apôtres, N'est-il plus de martyrs s'immolant pour les autres

Et pour la vérité?

Pourquoi t'inclines tu triste et découragée? La barque n'est encor qu'à demi submergée.

Le vent brise ses mâts.

Mais on entend un chant au moment de détresse? Est-ce un cri de douleur , est-ce un son d'allégresse ?

Qui nous vient de là-bas?

Nul ne le sait ; le doute envahit toute chose : On connait les effets sans en savoir la cause ,

On ne sait où l'on va.

Sur la pente lancé, le char roule plus vite , Et c'est vers l'inconnu que l'on se précipite ,

Où donc est Jéhova?

Hélas! les dieux s'en vont, dit la foule éperdue, Dans ce nouveau chaos toute voix est perdue,

On ne distingue plus, Mais l'on sent seulement à d'étranges symptômes Qu!un cataclisme est prêt à fondre sur les hommes ;

Les tems sont révolus.

Poète, lève-toi; c'est l'heure où ta parole An genre humain errant doit désigner le pôle

Où sera son salut; Fais-lui doubler le cap voilé par les nuages , Et pilote inspiré , commande aux noirs orages

Aux accords de ton luth.

— Ah! les temps sont passés où la voix du poète S'imposait ici-bas à la foule muette

Gomme un écho du ciel.

L'homme jetant à Dieu l'anathème et l'insulte , D'une main sacrilège a profané son culte

Et souillé son autel.

Le vice a tout flétri sur cette terre impure Où domine l'opprobre , où règne l'imposture ,

Où l'or achète tout, Où l'austère vertu sans pudeur est raillée , Où toute vérité par l'erreur est souillée ,

Où nul Dieu n'est debout ;

Où la parole ment lâchement hypocrite,

Où de la probité du fond des cœurs proscrite

On se vante tout haut.

Ah! le monde ainsi fait répugne à ma pensée; De ce tableau hideux quand ma vue est blessée

Je veux fuir aussitôt.

Oui , quand on a de loin respiré cette fange, On craint de s'y souiller, une terreur étrange

Vous surprend tout-à-coup.

On a besoin de fuir et de quitter le monde, Car on se sent mourir à cet aspect immonde

Le cœur plein de dégoût;

On a besoin d'aller sous les yeux de Dieu même Retremper son esprit à la splendeur suprême

De ses dons éclatants, D'oublier les humains et les vices sans nombre ; Taches qui sur le front du soleil font une ombre;

Et de prier long-tems.

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PAYSANNES D'iNTRA — PASTOURES DE CHIERI — FERMIÈRES DU NOVARAIS

— MARINIÈRES DE VOLTRI —

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