BOUQUETIÈRES DE NICE — BERGÈRES DE LA BRIGA
PAYSANNES CINTRA (Lac Majeur)
Hier je traversais ce pont si gracieux
Dont l'arc inspiré joint les deux bords de la Doire ;
Se dessinant dans l'air comme Iris dans les cieux,
Parfait et ciselé comme un bijou d'ivoire;
Lentement sur un char traîné par des bœufs blancs
S'avançait une femme à la taille imposante,
D'un long trident de fer elle piquait leurs flancs
Et hâtait gravement leur allure pesante;
Sa robe à larges plis tombait sur son pied nu ,
Un corset de drap bleu, tel qu'en portait la Vierge,
S'échancrait sur son sein , chastement contenu
Par un léger tissus de fine et blanche serge ;
Un mouchoir brun, ainsi que le long voile hébreu,
Flottait sur son épaule , une courte tunique
Rouge se détachait de son corsage bleu;
Ses cheveux relevés sur son beau front pudique
Se tordaient retenus par des flèches d'argent
Ainsi qu'une auréole environnant sa. tête,
Disque qui scintillait de ce reflet changeant
Qui met comme une flamme au front saint du prophète ,
Cette femme à l'air grave, au profil triste et pur,
Avec sa longue robe et sa chaste figure
Que le ciel encadrait d'un vague fond d'azur,
Dont le soleil couchant enflammait la coiffure ,
Sur ce biblique char au pas si solennel ,
Semblait la Vierge sainte aux champs de Palestine.
Tableau que rêve l'âme , et que vit Raphaël ,
Cet artiste du ciel, peintre à la main divine.