PASTOURES DE CHIERI
Chante ton gai refrein , ô douce Pastourelle ,
Rose enfant aux yeux bleux, aux longs cheveux cendrés
Chante , la journée est si belle Et tes troupeaux épars bondissent dans les prés.
ous des lilas en fleurs tranquillement assise Tu jètes la voix fraîche aux échos des vallons,
Le souille embaumé de la brise Fait plonger les épis qui dorent nos sillons.
l'n tresses en chantant le jonc de tes corbeilles Dont le flexible osier s'arrondit sous tes doigts,
Tandis que des roses vermeilles Étalent à tes pieds les débris de nos bois.
Ta chèvre au blanc manteau de points noirs tachetée Vr roupie à tes pieds, d'un œil intelligent
Te regarde, douce, attristée, Kt bêle en agitant ses clochettes d'argent.
Kt moi je te contemple, ô Pastoure naïve, Si jeune et conservant sous tes grossiers habits
Une grâce chaste et native , Simple comme la fleur que paissent tes brebis.
A quel siècle, à quel âge appartient ton costume, Juelle main inhabile en façonna les plis ?
Par quelle rigide coutume • Tant d'attraits furent-ils dans l'ombre ensevelis ?
Fa robe de drap brun, digne d'un cénobite, Monte modestement jusqu'à ton col si pur
Et voile ton sein qui palpite vms le haut bavolet de ton corset d'azur ;
En grosses perles d'or tombe sur ta poitrine Un collier, au milieu sous les feux du soleil
Resplendit cette croix divine Qui protège tes jours et garde ton sommeil.
Un bonnet, rappelant le casque de Phrygie ,
Tel qu'en portait Minerve , orne ton front d'enfant ,
Bien haut sur sa base élargie Son dôme recourbé s'élève triomphant.
Des nœuds et des rubans , des guipures flottantes Voltigent au sommet de ce casque empesé,
Brillant de couleurs éclatantes, Et comme un papillon un nœud plus bas posé ,
Ce nœud-là sur la tempe est bien toute la femme , La grâce que trahit la modeste pudeur; Oui, la grâce émanant de l'âme , Ainsi que le parfum émane de la fleur;
Car le désir de plaire est une loi suprême, La reine et la pastoure en sentent le besoin, Plaire est un instinct quand on aime, Toute parure sied quand l'amour en prit soin.
LES FERMIÈRES DU NOVARAIS (Costume milanais)
On sent en parcourant cette riche contrée Que l'esclavage un jour a pesé sur ce sol , Le costume a gardé du servage espagnol; Ce vain luxe en haillons qui tient de la livrée ,
Point de ces draps grossiers que dans les soirs d'hiver Tissent près du foyer les bonnes ménagères, Mais de pompeux atours d'étoffes étrangères, Que les femmes ici portent d'un maintien fier.
De l'Alhambra leur vient ce voile de dentelle Flottant sur leurs cheveux, le peigne de corail, Ces longs pendants d'oreille, et ce riche éventail De leurs muets désirs interprète fidèle.
La robe à larges plis tombant sur le pavé, Le corset de velours aux flottantes basquines, Et l'antique collier d'or et de perles fines ; Le réseau de fils noirs de côté soulevé.
Ce costume coquet, sous sa forme sévère, Est bien l'Espagne, en proie au pouvoir ignorant, Fanatique et lascive, en secret tolérant Les abus que tout haut fulminait sa colère.
La fausse austérité, les faciles amours, Ont laissé leur cachet à ces riches parures, Car la vertu pour plaire a des grâces plus pures, Le vice seul se farde et se charge d'atours.
Noble Italie, ô toi, mère du pur classique ! 0 toi qui dans les cieux a ravi l'idéal , Sur ton sol profané le sombre Escurial Osa laisser traîner sa robe monastique.
Et tes robustes fils sous le joug frémissants , Séduits par la beauté des brunes andalouses, Virent de tant d'attraits leurs compagnes jalouses, Adopter ce costume aux charmes séduisants.
LA MARINIERE DE V0LTR1
(Costume génois)
Sous ce long voile blanc que porte la Madone, Alors qu'elle apparaît aux naïfs matelots,
J'ai cru voir la sainte patrone Qui pour calmer les mers pose un pied sur les flots.
Oui , c'est bien là Marie, idéale figure, Dont la terre a cherché le type dans le ciel ,
Cette beauté sereine et pure, Que ne put altérer aucun souffle mortel.
Ce proiil virginal, calme et mélancolique, Tel qu'un lys que les airs n'osent pas agiter,
L'azur de ce regard pudique, Où le ciel, sa patrie, aime à se refléter;
Ces cheveux partagés sur son front blanc et pale Retournent s'agrafer sous une épingle d'or ;
Encadrant son visage ovale, Remontent vers le peigne et retombent encor.
Sur ces beaux bandeaux noirs, à côté, sur l'oreille Brille toujours la fleur du rouge grenadier, Qui semble à sa bouche vermeille Disputer de fraîcheur et d'éclat printanier.
Un voile blanc, tissus léger de mousseline , Flotte sur son front pur et descend sur son sein,
Couvre sa taille et sa poitrine, Qu'il dérobe aux regards, peut-être, avec dessein.
Debout, sur le bateau dont elle tient les rames, Lorsque la marinière apparaît à nos yeux,
Et qu'elle glisse sur les lames, On dirait qu'elle vole et s'en retourne aux cieux-.