‹ Etrenne poétiqueChapitre 32 sur 37 · LA BOUQUETIÈRE DE NICE · texte numérisé non relu

LA BOUQUETIÈRE DE NICE

Oh ! laissezJ-la passer la brune jeune fille ,

Sous son noir corset de velours !

Elle est coquette, elle est gentille,

Elle est faite par les amours ;

L'ardent éclair de sa prunelle

Sous ses longs cils noirs étincelle, -

Sa bouche agaçante sourit;

Et moqueuse autant que mutine

Sans sujet elle vous lutine

Pleine de malice et d'esprit.

La grâce a façonné les plis de son costume ; Son jupon un peu court fait voir deux pieds mignom Deux petits pieds d'enfants; une antique coutume Orne de boucles d'or ses souliers à talons.

Un corset bien busqué de sa taille de guêpe Dessine les atours qu'il trahit à nos yeux ; Sur son sein un fichu de dentelle ou de crêpe Cache ses frais trésors sous de longs plis soyeux.

Un petit cordon noir sur sa blanche poitrine, Retenu par un nœud, soutient une croix d'or ; Des cœurs simples et purs ô parure divine, Qui protège une femme, et l'embellit encor.

Ses cheveux longs et noirs brillants comme une glace, Ainsi qu'une couronne ornent son front si beau, Houles dans un velours qui court, les entrelace, Et les fait d'une reine imiter le bandeau.

Un tout petit mouchoir de féerique dentelle Diaphane et léger, posé sur ses cheveux, Descend sous son menton, l'entoure comme une aile, Et remonte former sur sa tête deux nœuds.

Un croissant en or pur comme on met à Diane, En fixe sur le front les bouts longs et flottants, Qui voltigent dans l'air, parure diaphane, Comme un blanc papillon, ce bijou du printemps.

Un rouge tablier serre sa fine taille; Sa robe est blanche ainsi que la feuille d'un lis, Son front est ombragé d'un grand chapeau de paille, Qu'un tafetas ponceau double de larges plis.

Sur ce chapeau charmant qu'on nomme capeline, Dont la forme fantasque imite un champignon , Doux nœuds de velours noir ont de la croix divine La forme révérée et jusques au saint nom.

Oh ! ces nœuds ! légende plaintive De ces siècles aventureux, Où dans leur foi simple et naïve, Pour le Christ combattaient nos preux,

Où les Croisés volaient sans crainte Aux bords qu'ils devaient conquérir, Fiers de combattre en terre sainte, Heureux d'y vaincre ou d'y mourir.

La châtelaine en pleurs, sur son coursier rapide Voyait fuir son époux, qui la quittait pour Dieu , La mère, son enfant, et la vierge timide À son beau fiancé murmurait un adieu.

On dit que, sur ces tièdes rives, Où fleurit le vert citronnier, Où le bruit des ondes plaintives Est plus doux qu'un chant printanier, A Nice enfin, pour les croisades Partirent nos jeunes garçons, Adieu les tendres sérénades Et les danses et les chansons.

Les jeunes filles désolées, Pleurant leurs pudiques amours, Seules, au sein de nos vallées, Dans l'attente coulaient leurs jours ; Elles espéraient palpitantes, Ce retour tant promis, hélas !

Et toutes chastes et constantes , Attendaient . . . ïls ne vinrent pas î !

Sous les murs de la ville sainte, Tous ces braves avaient péri; Ils avaient combattu sans crainte, Etaient morts sans pousser un cri.

Quand cette nouvelle fatale Porta l'effroi dans nos foyers, Hélas! quand ma terre natale Fut veuve de tous ses guerriers,

Pour peindre le deuil de leur âme, Nos jeunes filles firent vœu :

Fidèles à leur chaste flamme De consacrer leurs jours à Dieu ; Quand tout meurt, tout passe et se fane, Elles gardèrent leurs serments, Et jamais un amour profane Ne fit changer leurs sentiments,

Doux symbole de leur tristesse Et de leur abandon fatal, En vouant leur pâle jeunesse A leur chaste deuil virginal , Toutes, d'une main empressée, Ornèrent leur léger chapeau D'une croix en bois noir tressée Gomme on pose sur le tombeau.

Par cet emblème funéraire Leur muette douleur disait:

Que mortes aux biens de la terre, Leur espoir en Dieu reposait.

Et depuis lors les jeunes filles Sur leur chapeau portent des croix Douce légende des familles Qu'on se répète à demi-voix.

LES BERGERES DE LA BRIGA (Province de Nice)

Est-ce du Parthénon ou des bords du Géphise Que nous vient cette femme au port majestueux , Grave et le profil grec comme on rêve Arthémise, Sous son costume antique et presque somptueux.

Sur ses cheveux dorés aux reflets métalliques Légèrement gonflés passe un ruban d'azur , Telle qu'on peint Sapho, ses traits mélancoliques Ont ce charme idéal, si suave et si pur.

Par des rubans de feu , noué sur sa poitrine , Dont l'albâtre veiné se découvre craintif, Son corset de drap brun serre sa taille fine Et robuste à la fois; vrai type primitif;

Sa robe en gros drap vert montre sa jambe nue S'offrant comme un modèle au classique ciseau, Son corsage est ouvert; une grâce ingénue En arrangea les plis sous son lacet ponceau.

La dentelle à longs flots diaphane légère Flotte sur sa poitrine et sur ses bras brunis, Dentelle, qu'en hiver l'active ménagère Fait le soir, au foyer, quand tous sont réunis.

Oui le travail pour elle est une vertu sainte , Elle file en marchant , et parcourt les cités En roulant ses fuseaux; car aucune contrainte N'a pu plier encor ces pasteurs indomptés.

J'aime les montagnards, leur loyauté farouche Redoute le contact du léger citadin.

Ils n'ont pas comme lui le sourire à la bouche , Mais on les voit frémir d'un généreux dédain.

Libres comme l'air pur de leurs hautes montagnes , Aigles emprisonnés , ils meurent sans soleil , Ils aspirent d'ici le parfum des campagnes, La liberté, l'amour, et l'horizon vermeil.

— o-<sk*o —

LA FLEUR D'AZALÉE

À) iJlbaDauie (a Lomlebèe Catotuie Statut î

Dans nos riches jardins , lorsque mes pas distraits Errent indifférents du cactus à la rose

Sur l'azalée au feuillage si frais, Mon long regard ému comme un baiser se pose.

Dis-moi, suave fleur, ce qui m'attire ainsi? Par quel secret d'amour et de mélancolie

Toi seule tu me plais ici; Dis-moi quel est l'attrait qui nous charme et nous lie

Quand mon regard te cherche au milieu de tes soeurs Je crois voir s'agiter ta corolle embaumée ;

D'intimes et chastes douceurs Remplissent donc les airs alors qu'on est aimée?

Car l'âme a des instincts que l'on ne comprend pas , Sentiment chaste et pur, ô douce sympathie,

Aimant des âmes ici-bas; Que l'on n'explique point, mais que tous ont sentie.

Tu sais parler au cœur comme les yeux aux yeux ; Ainsi qu'au même vent on voit trembler deux flammes

A ton souffle mystérieux , Un doux frisson d'amour fait tressaillir deux âmes.

Ineffable parfum s'exhalant de deux fleurs , accord qu'à leur insu l'air surprend à deux lyres ,

Yeux se mouillant des mêmes pleurs, Divin rayon de joie éclos de deux sourires.

O magnétique attrait! . . . serait-ce un souvenir? 0 sympathique instinct ! . . . serait-ce une espérance?

Le ciel doit-il nous réunir?

Ou nous attendions-nous sur la terre d'avance?

A.JBLWWJ-MK

Je donnerai si j'étais reine

Mon trône d'or, Et ma couronne souveraine,

Et puis encor Mes cent veneurs qui dans la plaine

Donnent du cor.

Et la fontaine de porphire

Où le ramier Trempe ses ailes et soupire,

Puis le palmier Que fait vibrer comme une lyre

L'air printanier.

Mes colliers d'ambre et de topaze,

Mes beaux habits, Mes fines écharpes de gaze,

Tous mes rubis Et mes doux parfums dans un vase

D'un bleu lapis.

Mes chaudes fourrures d'hermine,

Mon long manteau, Mon amoureuse mandoline

Au son si beau, Ma barque à la voile latine

Glissant sur l'eau.

.le donnerais toutes ces choses

Sans nul effort, Mes palais, mes teintures roses,

Tout mon trésor, Avec mes perles si bien closes,

Au coffre fort.

.le donnerais jusqu'à ma vie

Pour une fleur, Qu'au sol natal j'aurais cueillie,

Dans ma douleur, Ma main la presserait ravie

Contre mon cœur.

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