LE 1<* JANVIER
Un frisson a couru sur mon pâle visage, Mon œil désanchanté regarde autour de moi . . . Je suis seule ... ah! je sens défaillir mon courage, Mon âme éprouve de l'effroi.
Seule ! ... ce n'est plus là le toit de ma famille , Ce n'est plus cette chambre où je jouais enfant, Où j'ai vécu, pleuré, souffert, où jeune fille Passait mon rêve triomphant.
Oh! qu'il fait froid ici! ces murailles muettes N'ont jamais reflété l'ombre de mes parents ; Nul écho ne répond à mes peines secrètes, Ces lieux me sont indifférents.
Je voudrais fuir d'ici, m'élancer sur ces rives Où j'essayai la vie et rêvai le bonheur ; Où ma mère mourut, où mes mains convulsives L'étreignaient morte sur mon cœur.
Ici tout est glacé, rien ne me la rappelle, Par aucun souvenir mon cœur n'est traversé, Chaque lieu qu'elle aimait là-bas me parlait d'elle, Je la voyais dans le passé.
Ici, rien ne sourit, rien ne pleure, rien n'aime, Mon œil sur les lambris, hélas! ne trouve plus Ces meubles familiers à mon enfance même, El mes vieux fauteuils vermoulus.
•le sens avec horreur la solitude amère Que le sort a creusé sous mes pas chancelants ; Je tends les bras au ciel , et j'appelle ma mère Et mon ayeule en cheveux blancs.
Leur voix qui m'appelait dans mon enfance heureuse Gomme un funèbre glas résonne dans mon cœur ; Elle était pure alors, maintenant sourde et creuse Elle me dit: Malheur, malheur!
Je compte tristement ces heures disparues , Ces heures de bonheur , d'ineffable douceur , Quand j'entendais fêter par tant de voix émues Le nom si caressant de sœur;
Lorsque ma vieille ayeule heureuse et souriante Couvrait de longs baisers les enfants au front pur , Et que ma mère , hélas ! dans le ciel confiante En haut levait ses yeux d'azur.
À présent au foyer, ah! que de places vides ! La mère avec l'ayeule ont cherché le repos ; Ma vie est un désert, et sous mes pieds arides Je ne trouve que des tombeaux.
Je marche sans savoir où je vais ; l'espérance Au souffle du malheur vit pâlir son flambeau, Ma vie est sans un but ; la froide indifférence Brisa mes jours comme un roseau.
Plus rien de mon bonheur, plus rien qui me soutienne, Plus de voix pour fêter, pour dorer l'avenir, Plus d'ayeule à soigner une main dans la mienne , Plus de mère pour me bénir,
Plus de joyeux enfants aux naïves caresses, Beaux anges , dont l'amour me ravissait au ciel. Qui m'enivraient d'orgueil , de joie et de tendresse , Tout ce nectar n'est plus que fiel;
Car près de moi plus rien... rien... comme l'hirondelle Qui retourne à son nid quand elle sent la mort, Moi j'ai besoin de fuir, et ne puis pas comme elle Aller mourir sur l'autre bord.