SONGEZ- V
Mères ne laissez pas, vos beaux petits enfants
Livrés, anges si purs, à des mains infidèles;
Dans vos fêtes le soir, dans vos bals étouffants,
Alors qu'étoile ou fleur vous rayonnez si belles ,
Quand tous les yeux charmés suivent vos pas légers
Qu'un seul de vos regards fait frissonner tant d'âmes ,
Mères, pour ces plaisirs vides et passagers
Et coupables peut-être, oh par pitié, mesdames,
N'oubliez pas que Dieu dans vos mains a remis
Tant d'êtres innocents dont vous lui devez compte!
Les plaisirs les plus vrais sont les plaisirs permis,
Un devoir négligé peut conduire à la honte ;
Tandis que vous dansez ... oh chez vous que fait-on?
A qui donc avez-vous confié votre fille?
Les propos des valets de cette âme en bouton
Terniront la candeur, blanche rose qui brille
Chaste sous l'œil de Dieu, mais qu'un souffle corrompt,
Vois fils initiés à d'immondes mystères,
A de mauvais désirs ouvrant un cœur trop prompt ,
Apprendront à railler leurs professeurs austères ;
Rebelles aux conseils, tapageurs et méchants
Ils riront du devoir comme on rit d'un fantôme ,
L'âge en développant ces funestes penchants ,
D'un enfant qui fut bon peut faire un méchant homme ;
Pourquoi? c'est qu'un poison s'infiltra dans son cœur,
Qu'à l'écart il suça de funestes maximes;
Qu'enfant il entendit par un rire moqueur
Outrager la vertu, les croyances sublimes.
Il est gâté le cœur qu'on habitue au mal ;
Plus tard si vous pleurez sur vos fils , sur vos filles ,
Mères , rappelez-vous que bien souvent un bal
A compromis l'honneur et la paix des familles.
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A GIIISEPPE REGALDI
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Le soleil plus brillant rayonnait sur ta tête, On eût dit que les cieux et la nature en fête
Partageaient ton bonheur. Poète, après quinze ans, après bien des naufrages , Ta nef trouvait un port à l'abri des orages
Pour reposer ton cœur.
Tu revoyais ce ciel dont l'haleine amoureuse Caressait mollement dans ton enfance heureuse
Ta muse aux ailes d'or.
Ces lieux où tu souffris, aimas, luttas sans doute, Où la gloire tout bas te désignait la route
Oùitu pris ton essor;
C'étaient bien là ces monts et ces champs de verdures, Lieux si long-tems connus, où par tant de blessures
Ton cœur fut traversé , Et des larmes coulaient de ta paupière émue : Sentiment triste et doux qui toujours nous remue
A l'aspect du passé.
C'était un bien beau jour ! sur la terre natale Tu rentrais à travers la pompe triomphale
De plus d'un souvenir ; Poète pèlerin, errant ainsi qu'Homère, Accourant du Liban pour que ta vieille mère
Pût encor te bénir.
Près de sa couche révérée Fils pieux tu t'agenouillas , Saisissant sa main adorée , De tes larmes tu la mouillas; Au chevet de cette martyre , Grave , tu déposas ta lyre , Oubliant pour la consoler Thèbe et ses ruines splendides, L'écho des vastes Pyramides Qui là-bas semblait t'appeler ,
Le désert et ses caravanes, Tes repas chez le Bédouin, L'oasis et ses verts platanes , Le mirage qui flotte au loin > Et sur les cavales Numides Le soir les Arabes rapides Passant comme un trait dans l'azur; Et ces vierges fières et belles T'offrant le lait de leurs chamelles Et les dattes et le miel pur;
Smirne aux longs soirs mélancoliques Bisance aux légers minarets, Aux tombes blanches et pudiques , Aux Harems sombres et discrets, Aux toits dorés, aux mille disques, Aux indolentes odalisques, Aux vagues parfums du sérail, Toutes ces fantastiques choses.
Fontaines sous les bois de roses ; Voûtes de nacre et de corail,
Et puis Athène , et la colonne Où le soir s'asseyait Platon; Sparte qu'un souvenir couronne Et la plaine de Marathon , Le fier détroit de Salamine
Que Thémistocle encor domine; Au loin le rocher de Coron, Les doux bergers de Thessalie Et la magnanime Etolie Où plane l'ombre de Byron.
Garthage, cette fière reine
Qui se drapant dans son manteau ,
Fit une vertu de sa haine,
Et pure dort dans son tombeau ;
Et puis la sainte Palestine
Et Sïon, et la croix divine
Que salua ton chant pieux ,
Et la tombe sainte et sacrée
Conservant la trace adorée
Du Christ prêt à monter aux cieux ;
Puis Bethlem et son humble crèche Où l'Enfant-Dieu vint nous sauver ; C'est à cette source si fraîche Que ta lèvre vint s'abreuver:
Par ces souvenirs Homériques , Et ces grandes scènes bibliques, Tu préludais à tes concerts ; Car la poésie inspirée S'épanouit mieux , fleur sacrée , Sous les vastes cieux des déserts.
De tes longs el rudes voyages , 0 pèlerin aventureux, Tu rapportais sur nos rivages .
Une lyre aux sons généreux.
La gloire a couronné ta vie , Jamais tu n'as mis ton envie Dans le vain appât d'un trésor , Une pauvreté noble et fière Va bien aux fils de la lumière , À qui chante qu'importe l'or?
Mais le destin cruel à ton âme éprouvée D'une grande douleur aux humains réservée
Te préparait le fiel; Tandis que mille cris d'orgueil et d'allégresse Célébraient ton retour , que la forte jeunesse
Lançait ton nom au ciel ,
Que des Heurs en festons la pompe triomphale Gomme on ceignait jadis la maison nuptiale
Venait orner ton seuil ; Un long cri de douleur traversa ta demeure . . . Vous le chantez là-bas ... et le poète, il pleure.
Ici , près d'un cercueil !
Sa mère? dans ses bras ... sa mère s'est éteinte! Il presse avec transport sa dépouille si sainte
Sur son cœur dévasté.
Hélas! il reste seul dans cette vie amère, Car le poète n'a que la main de sa mère
Pour son front attristé.
Plus de joie et d'amour, pauvre âme désolée Au milieu des humains tristement exilée,
Ainsi qu'un paria Marchant seul à travers cette tourbe rieuse Qui foule sous ses pieds cette fleur radieuse
Que Dieu lui confia.
Hélas ! car le poète aimant et solitaire
Voile à tous les regards sous sa pensée austère
Le secret de son cœur ; Ce n'est qu'à sa pâleur qu'on connaît sa souffrance, Dégoûté de la terre, il met son espérance
Dans les mains du Seigneur.
Revêts ton armure stoïque Invulnérable aux dards mortels,
Marche vers un but héroïque, Les martyrs seuls ont des autels> Du poète la voix féconde Comme Colomb découvre un monde, Il est l'homme de l'avenir.
Des tems il pressent le mystère Et seul , dans sa pensée austère , Il entend Dieu l'entretenir.
A ces penseurs Dieu se révèle , Et semeurs du grain inspiré Eux seuls de la moisson nouvelle Préparent le terrain sacré ; Les hommes ingrats les repoussent , Ne voyant point les blés qui poussent Sous leurs pas bénis et féconds:
C'est une loi, c'est un mystère; Tout travailleur doit solitaire Poursuivre ses labeurs profonds.
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CATHERINE SEGIRANA
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Sliu Wlbw U 1$ mût Î545
0 jour î jour solennel! jour dont le souvenir,. Gomme un phare sauveur , éclaire l'avenir î
0 jour, Nice, où tu fus sauvée !
Le Sarrasin souillait tes rivages en fleurs, Et les champs ravagés attestaient nos malheurs ;
Au poteau tu gisais rivée.
Nice, le drapeau saint de ton aigle indompté, Que saluait naguère un chant de liberté,
Triste, inclinait sa noble tête; Ton beau sol frémissait sous les pas étrangers, Et semblait s'indigner quand sous tes orangers
Passait l'étendard du prophète»
Nice, d'un joug honteux tu repoussais le poids, Tu combattais encor mourante pour tes rois,
Et pour ta sainte indépendance ; Tes généreux enfants prodigues de leur sang, Sur tes remparts brisés, debout, formaient un rang,
Et succombaient pour ta défense.
Ils luttaient, ils luttaient, ils tombaient tour à tour; Le superbe vainqueur, déjà, sur une tour
Allait arborer sa bannière.
Nice! quoi! l'étranger est-il maître aujourd'hui? Et ton front violé, doit-il, courbé sous lui,
De ses pieds baiser la poussière?
Sous le fer ennemi saignent tes flancs ouverts, De mourants et de morts tes remparts son couverts,
Ah ! ta dernière heure est venue ! . . . Mais un cri retentit, un cri vengeur; soldats, Sous le feu des canons ne voyez-vous donc pas
Passer une femme inconnue?
La voyez-vous voler au sommet d'un rempart, Repousser, renverser, foudroyer d'un regard
L'ennemi surpris qu'elle étonne, Et sur ce Sarrasin, formidable géant, Debout comme une tour sur l'abîme béant,
Se ruer l'ardente lionne?
La voyez-vous saisir l'étendard abhorré ! Et fouler sous ses pieds, sanglant et déchiré.
L'odieux croissant du prophète, Plonger et replonger au sein de l'étranger, Noble femme, ce fer, qui venait nous venger,
Et nous sauver de la conquête?
La voyez-vous planer sur le mur menacé? Sous son glaive déjà l'ennemi dispersé ,
En tumulte fuit devant elle ; Elle sème partout la crainte et le trépas ; Nos guerriers ralliés, accourent sur ses pas,
Et déjà l'ennemi chancelle.
Le drapeau qu'elle a pris dans sa main agité Secoue en frissonnant un vent de liberté,
Dont tressaillent toutes les âmes, Car l'héroïsme enflamme et subjugue les cœurs, Et déjà sur les pas de nos soldats vainqueurs,
Ont fui nos oppresseurs infâmes.
Oui, Nice est délivrée, et le trône affermi, D'un ciel indépendant voit briller l'astre ami ,
Le peuple a des jours de victoire :
Catherine, ton bras chassa les étrangers, Et ton nom humble et doux au milieu des dangers
Reçut un baptême de gloire.
Oh! viens par ton exemple enflammer nos enfants, Presse-les, noble sœur, dans tes bras triomphants,
Rappelle à leur âme aguerrie, Que le premier devoir est d'être citoyen, Et qu'après la vertu, le plus sublime bien
Est l'ainour saint de la patrie.