AUTOUR DE NOUS
Oh î la vie est amère , et le sort est injuste ! Que d'êtres ici-bas qui passent oubliés ! Et que de jeunes fronts brisés comme un arbuste Contemplent leur bonheur en débris à leurs pieds.
Et que d'êtres brûlant d'une active énergie Le cœur plein d'avenir, de talent, de vouloir, Ont-ils dans l'horizon , comme fait la vigie , Cherché, mais vainement l'étoile de l'espoir.
Que d'êtres ont envain tenté toutes les voies Sans avoir pu trouver un abri protecteur ; Deshérités des biens , des innocentes joies, Qu'à tous également promit le Créateur.
Riches, vous ignorez dans vos chaudes demeures, Sous vos soyeux habits d'hermine et de velours, Dans vos salons dorés où le retour des heures Marque par des plaisirs le cercle de vos jours !
Riches , vous ignorez que des pauvres, vos frères , Des hommes comme vous, n'ont peut-être jamais Pu contenter leur faim! et que de pauvres mères, Hélas! meurent de froid aux seuils de vos palais.
Car il est ici-bas , riches , des créatures , Des chrétiens, pour lesquels le Christ est mort aussi, Qui la nuit, des frimats subissant les injures, Dorment sur le pavé que la neige a durci ;
Sans habits, et partout demandant de l'ouvrage Et qui n'en trouvant pas, luttent contre la faim, Contre le froid : voyez ces enfants en bas âge Tout nuds et grelottants en demandant du pain ! . . .
Riches, vous ignorez toutes ces tristes choses, Car si vous les saviez, pourriez vous rire? hélas! Non , la plus douce vie a des métamorphoses , Et vous regarderiez , épouvantés , en bas.
Déliez les cordons de ces bourses légères, Diaphanes tissus que l'amour façonna, Et donnez un peu d'or pour calmer les misères Du pauvre , qu'en naissant le sort abandonna.
Privez-vous d'un ruban , vous en serez plus belles , Mesdames , un bienfait pèse aux yeux du Seigneur ; Et que sont les bijoux , les plumes, les dentelles Près du plaisir si pur d'adoucir le malheur!