FATALITÉ
Ami , je crus pouvoir sur cette rive amie Couhr en paix le cours de mes jours innocents ; Je cns que la douleur en mon sein endormie N'auràt pour me blesser que des traits impuissants;
Je crus que dans ces lieux qu'habitait mon vieux père Je trouvrais encor mon bonheur d'autre fois, Et que cts murs bénis où souriait ma mère Auraient pur me fêter un écho de sa voix.
Je crus qu") suffisait d'aimer, hélas! pour l'être; Que l'austèr» vertu conduisait au bonheur , Et qu'au chate foyer, où j'avais puisé l'être, Je ne connaîtiùs pas l'envie et le malheur.
Je le crus ... et je dois expier ce doux rêve Par l'abandon fatal plus que l'exil amer; Semblable au pélican isolé sur la grève Qui jette un cri de mort aux échos de la mer.
Moi , seule comme lui , le cœur saignant , je crie , J'appelle , mais envain ceux que j'aime ; l'oubli Plane sur moi là-bas ; famille adieu , patrie ! A vos noms adorés malgré moi j'ai pâli.
Je ne reverrai plus ces rives bien-aimées Où je jouais enfant , de nos verts citronniers Je n'irai plus cueillir les branches parfumées, Je ne m'assirai plus le soir sous nos palmiers ;
Non, je n'entendrai plus le doux chant des faneuse Eclater le matin dans la prairie en fleurs ; Je ne laisserai plus sur les pas des glaneuses Tomber quelques épis ravis aux moissonneurs.
Je ne reverrai plus la chapelle rustique Où ma mère venait s'agenouiller parfois ; Et je n'entendrai plus la voix mélancolique De YAngelas plaintif soupirant dans les bois.
Non, je ne verrai plus la chambre où je suis née, La place où s'assayaient mon père et mon aycul , Le gothique fauteuil, la large cheminée Et devant la maison le banc sous le Tilleul.
Le soir à mon retour en aboyant de joie Le chien n'accourra plus au devant de mes pas , Et le vieux mendiant qui connaissait la voie Ne m'appellera plus à l'heure du repas.
Laissez-moi retourner vers ma terre natale, Le malheur comme un dart en vain perce mon sein. Envain je me débats sous une loi fatale Gomme un homme qui lutte avec un assassin;
Envain j'appelle et crie , à ma, voix éplorée Nulle voix ne répond, et qu'importe mes pleurs ! Adieu, vous que j'aimais, terre sainte, adorée ! Adieu, famille, adieu! loin de vous tous je meurs.
Dans le ciel Dieu mit les étoiles
Et les perles au fond des mers , Au soleil il donna pour voiles La nue où grondent les éclairs, A la terre il donna la rose , A l'oiseau son chant matinal , Aux longs soirs une teinte rose, A l'aube un parfum virginal;
A l'enfance un charme candide Et le doux parfum à la fleur, Le murmure à l'onde rapide, Et les larmes à la douleur, Un rayon à l'horizon sombre , Au cygne le lac azuré, L'odorante violette à l'ombre, \n\ airs l'insecte diapré;
Un nid de mousse à la colombe, A l'aigle les monts de granit, Le saule pleureur à la tombe , A l'arbre l'oiseau dans son nid, Le palmier au désert aride , Et la lierre à la vieille tour, Un soupir à l'onde rapide, Et dans le cœur il mit . . . l'amour