‹ Étretat, son passé, son présent, son avenirChapitre 8 sur 10 · LE PARC AUX HUITRES · texte numérisé non relu

LE PARC AUX HUITRES

Près de la fontaine, au pied de la falaise où sont taillées les portes et les aiguilles , se trouve le parc aux huîtres , fameux dans les annales de la gastronomie. II se compose de huit ou dix réservoirs taillés péniblement dans le roc, qui communiquent entre eux par des écluses. Ces parcs assèchent à toutes les marées, et l'eau dans laquelle vit le coquillage est ainsi renouvelée deux fois par jour. Quelle diflërence entre ce réservoir et tous ceux de la côte! Ici les huîtres vivent en pleine mer et presque sur la roche qui les a vues naître. Ailleurs elles sont parquées au sein des terres , dans une eaii bourbeuse et croupissante, toute chargée de vase, et qui ne pénètre

* L$ Chimin le pltu court, par M. Alphonse Kacr.

dans l6 réservoir qu'après avoir traversé des ports » det bassins ou des retenues pleines d'immondices. Aussi lea huîtres d'Étretat ont-elles une fraîcheur que Ton chercherait vainement ailleurs.

L'abbé Dicquemare, qui avait étudié avec tant de soin les crustacés de nos côtes et tout spécialement ceux d'Ëtretat, ne balance pas de dire que nos huîtres sont supérieures à celles de Fécamp, du Havre, de Dieppe et de Courseulles, qui parquent dans des réservoirs faits en terre, en maçonnerie ou en clayonnage.

Le célèbre abbé, appelé par ses contemporains le Confident de la Nature, portait un intérêt tout particulier au parc d'Étretat qu'il avait vu « naître tout petit et grandir peu à peu, » comme il le dit lui-même. Dans les courses fréquentes qu'il faisait à pied, le long de nos falaises, depuis le Havre jusqu'à Fécamp, il se plaisait à stationner à Ëtretat dont il savait apprécier les beautés naturelles. Après ^es aiguilles, les portes et les rochers que le premier de tous il a dessinés en 1780, l'objet spécial de son affection et de ses études était le parc aux huîtres qui lui rappelait sa ménagerie marine de la Hève. Aussi, dans le grand ouvrage qu'il préparait sur les mollusques, et qui devait paraître aux frais du gouvernement, il lui avait consacré quelques pages et un dessin. Ce dessin fut même gravé sur cuivre en 1786 par M. Sellier, artiste de Paris, que le roi Louis XVI avait mis à la disposition du naturaliste havrais. La planche, l'épreuve et le texte, si intéressants pour nous, sont conservés à la bibliothèque publique d^ Rouen, dans la belle collection manuscrite qui porte la titre de « Portefeuille inédit de M. l'abbé Dicqu^emare, im/r les mollusques et autres parties de l'histoire naturelle, terminé et rédigé par If"*' Lemasson-Legolft, son élène. »

Cette ^coHeetion précieuse a été donnée à la ville d« Rouen par M^ Lemasson-Legolft, lorsque son dévoûroent

désespéra d'obtenir du gouvernement d*alors Timpression des œuvres de son respectable maître.

Dix ans après Tabbé Dicquemare, un voyageur icthyologue, Noël de La Morinière, également bon juge en

matière de coquillages, faisait aussi Féloge du parc d'Etretat, qu'il avait visité pour la composition de ses Essais sur le département de la Seine-Inférieure.

« Étretat, dit-il, possède un fort beau parc aux huîtres, pratiqué dans le roc même. On les y apporte de la baie de Cancale, et elles y acquièrent, en peu de temps, par le mélange des eaux douces qui s'échappent du milieu des cailloux du rivage et viennent se marier aux eaux salées de la mer, une qualité supérieure à celle des autres huîtres de la côte, même celles de Dieppe.

» C'est là où j'appris que l'huître verte, si recherchée, n'est point une variété de l'espèce , mais que cette couleur est communiquée h l'huître lorsqu'elle est déposée dans les parcs des côtes maritimes, à l'ouverture de la Manche, plus à l'ouest que les nôtres ^ durant la saison où le soleil déploie toute la force de ses rayons. Une fermentation virideuse s'établit, l'eau change de couleur, l'huître participe à cette mutation; on pourrait dire même qu'elle éprouve en quelque sorte une maladie. L'huître verte grossit peu, mais sa qualité l'emporte beaucoup sur celle de l'huître ordinaire, par la finesse de sa saveur 2. »

Nous savions bien que le parc d'Étretat avait été creusé en 1777 , par une compagnie d'actionnaires, dont le marquis de Bel vert était le chef et le directeur; nous savions même que la dépense s'était élevée à 60,000 livres *.

' A Gourseulles, par exemple. » A Étretat, dit l'abbé Dicquemare, 00 a tenté de faire des parcs en terre pour faire verdir les huîtres, mais inutilement. » Portefeuille, p. 623.

^ Second Essai sur le département de la Seine- Inférieure,^ par le cllojusn Noèl. Rouen, 1795.

' J^lrctat el ses enitrons, p 27 *^Havr«, i839. '^

Od nous avait dit que Tinteiition des spéculateurs avait été l'approvisionnement de la capitale; mais ce que nous ne savions pas , ce que nous avons appris avec infiniment de plaisir, de la bouche d'un des vieillards les plus vénérables de la Normandie i, c'est que ce parc avait été creusé pour Marie- Antoinette, reine de France, qui ne mangeait que des huîtres d'Étretat. Nous ne connaissions pas aux monuments de notre patrie une origine aussi rovale.

Les huîtres d'Etretat restèrent en faveur (niviron vingt ans. On les y apportait de la baie de Cancale. Deux sloops, la Syrène et la Cauchoise, faisaient habituellement ce service. Lorsque le coquillage avait séjourné quelques mois dans ces rochers, qu'il y avait acquis une qualité supérieure par le mélange des eaux douces avec les eaux salées de la mer, des mareyeurs le transportaient à Paris, sur des chevaux et dans des voitures. On conservait parfois ces huîtres fraîches pendant cinq semaines. Le bureau de vente était établi rue Montorgueil , en face de la rue Beaurepaire. Sur la porté cochère du n® 112 on lisait : Bureau des huîtres d'Étretat. Nous possédons encore une circulaire imprimée en 1784, et adressée par le directeur, M. Moyen, aux meilleures maisons de Paris, dans laquelle il promet aux personnes qui Vhonoreront de leur confiance de remplir exactement les commandes qui lui seront faites, aux heures et adresses qui lui seront données 2.

Nous avions long-temps pensé que le fameux hiver de 1789, qui avait fait périr cent millions d'huîtres sur les côtes de Normandie avait causé l'abandon total du parc d'Etretat. Il en fit en efi*et mourir 300,000 au témoignage de l'abbé Dicquemare, mais ce désastre ne suffit pas pour anéantir cette industrie naissante, puisque Noël trouva on-

' ;>1. Lair, mort à Caen, le 2 janvier 1853, âgé de 81 ani. - Collection de M. le vicomte de Toustain-Ricbebonrg.

cor^des buttres à ÉUretat dans la visite qu'il fit à ce payt vers 4792. Nous croyons n'être pas démentis en affirmant que cette entreprise fut abandonnée k la désastreuse époque du maximum et des assignats»

Jusqu'en 1 824 on n'a pas revu une 'seule huître dans le parc d'Étretat; mais depuis cette époque ce village ayant attiré une foule de touristes, de voyageurs, de peintres, de romanciers, de paysagistes, les hôtelliers du lieu commencèrent à spéculer sur une richesse qui leur était offerte : ils se firent concéder un réservoir et ils l'exploitèrent avec succès.

En 1847, une compagnie de spéculateurs s'est formée pour l'exploitation en grand de notre parc aux huîtres. Les premiers chargements ont été apportés au mois de janvier 4848 ; tous les journaux du département ^ ont annoncé cette bonne nouvelle. D^uis ce temps l'exploitation a continué sans être brillante.

LB TROU ▲ l'homme. — LA CHAUDIÈRE. — LA PORTE d'aVAL. — l'aiguille. — LA MANNEPORTE. — LE PETIT PORT.

Puisque nous sommes au pied des falaises, profitons du peu de temps que la mer laisse cette plage k sec pour visiter ces rochers célèbres qui font l'admiration des étrangers. Franchissons ce grand pavage en dalles de pierres, blanches comme du marbre, et suivons cet étroit sentier battu par les pieds des pécheurs ; admirons en passant cette sombre verdure de l'Océan, composée d'algues et de varechs qui végètent sur les rochers. Quel-

' Le Progretsif cauchoit, la Vigie de Dieppe, U Mémorial ée Hoimh, Vlmparliai de Bouen, U Courrier du Hq»re.

ques-uns sont capricieusement découpés et ressemblent à des plantes terrestres, d'autres sont conmie de minces lacets de plusieurs brasses de longueur, d*autres comme de larges et longs rubans, d*autres enfin semblent des mains dont les doigts se prolongent au loin ; mais nous voici en fece du Trou à l'homme. C'est une grotte immense dont le fond est dallé de roches blanches, recouvertes d'un sable si fin qu'il passerait dans un tamis de soie ..Avancez hardiment dans cette sombre caverne qui s'enfonce bien loin dans la montagne ; mais n'essayez pas de pénétrer jusqu'au fond, nul mortel ne le peut plus, depuis le passage des Demoiselles, qui ont établi leur demeure sur les deux pics qui dominent le rochâr, comme les tourelles d'un grand château.

Maintenant retournez-vous vers l'entrée de la grotte, puis contemplez, au reflet du jour, la mousse épaisse qui tapisse les parois des murs ; ne vous semble-t-il pas voir une riche tenture de velours cramoisi, semblable à tout ce que l'on raconte des palais des fées.

A mesure que l'on sort du Trou à Vhomme on sent son cœur soulagé et un poids de moins pèse sur la poitrine, la nature semble plus belle et la lumière du jour est de* venue plus éclatante.

A droite de cette grotte, près de la pointe de Grognets, est une lanterne percée à jour qui s'élance vers le ciel, et à qui sa forme ronde, comme l'orifice d'un puits, a fait donner lé nom de Chaudière, Elle rappelle au voyageur normand la belle tour gothique de l'abbaye de Saint-Ouen avec ses charmantes petites flèches dentelées. Mais notre couronne, à nous, a été sculptée par la main des fées. Montez plutôt sur la côte, et vous verrez encore leurs danses empreintes sur le gazon toujours vert.

A gauche du Trou à l*homme se trouvent réunies le$ deux plus grandes merveilles que la nature puisse offrir

dans notre France pittoresque, la porte d'Aval et T Aiguille d*Etretat. Quel men-liir, quel obélisque, quelle pyramide pourront jamais surpasser cette majestueuse aiguille» qui semble sortie de la mer à la voix d'une divinité? Quel portail de cathédrale, quel arc de triomphe pourra jamais égaler ce grand portail de l'Océan, qui borde nos falaises, cette ogive colossale dont le Créateur seul connaissait le modèle ?

« La vue de cette sublime arcade avec le voisinage de la mer, dit M. Guilmeth, écrase l'esprit le plus élevé, exalte l'imagination la plus froide. On dirait que Dieu a voulu donner à l'homme, dans les falaises d'Ëtretat, un modèle de tout ce que l'homme a pu produire de plus parfait en architecture. »

Nous avons vu des amateurs qui avaient visité Lillebonne, avec ses ruines romaines, son vieux théâtre, ses thermes brisés, ses Bacchus couronnés de pampre, ses urnes de porphyre ; Tancarville, aux souvenirs chevaleresques, aux récits des fées, aux romances des jouvencelles, aux tourelles guerrières, aux vieux donjons, aux douves profondes, aux orgueilleux remparts ; Jumiéges, aux tours romanes, aux voûtes hardies, aux ogives mauresques, illustré par le séjour de Charles VII, riche des tombeaux d'Agnès et des enfants de Clovis ; Valmont, avec ses élégants débris, ses colonnes cannelées aux volutes ioniques, recourbées avec grâce sur des chapiteaux de feuilles d'acanthe et d'olivier sauvage. Tous, cependant, préféraient les aiguilles et les portes d'Étretat. C'est qu'il y a dans ces ouvrages du Créateur un grandiose qu'on chercherait vainement dans ceux de la créature.

C'est cette aiguille que l'artiste vient chercher à Étretat ; mais c'est dans un jour de tempête qu'il faut la peindre ; c'est lorsque l'Océan se soulève de son lit de sable et s'élance vers les cieux ; c'est lorsque la mer.

furieuse, précipite ses vagues entre ses grandes arches et autour des rochers géants ; lorsque les mauves jouent, en criant de joie, dans Fécume des vagues ; lorsque de pâles éclairs sillonnent de longues files de nuages, que le carreau déchire la nue, ou que le roulement des tonnerres retentit dans les antres mugissants, lorsque les navires roulent ballotés au gré de Touragan, ou que les débris d'un naufrage couvrent la grève blanchie d*écume.

« Tout ce que j'avais vu dans mes voyages sur mer, me disait un navigateur, tout ce que j'avais vu dans mes expéditions lointaines : la mer se brisant dans les gorges étroites des Antilles ; les vagues furieuses déchiquetant les rochers de la Nouvelle-Zélande ; la tempête fumant sur les Pennemark ; rien de tout cela ne m'avait donné l'idée de l'Océan frappant les rochers d'Étretat. J'avais lu beaucoup de ces pages eflrayantes qui glacent les sens ; j'avais vu plusieurs de ces tableaux hideux qui font reculer d'horreur ; j'avais imaginé souvent de ces scènes d'effroi qui font dresser les cheveux sur la tête ; mais j'avoue que cette page du li\Te de la nature , que cette scène du grand drame de l'univers surpassaient encore tout ce que l'on avait pu imaginer. A la vue de ces noirs tourbillons de vapeurs qui s'élevaient en tournoyant jusqu'au haut des falaises, je crus voir s'exhaler la fumée de l'Achéron et s'ouvrir les bouches de l'Averne. »

Les mauves bâtissent leurs nids sur le sommet de cette aiguille qui n'a pas moins de deux cents pieds de hauteur. Une chose digne de remarque, c'est que chez les animaux l'instinct de la patrie n'est pas moins grand que chez l'homme. La bande de mauves éclose sur ce rocher ne l'oublie jamais. Parfois elle le quitte pour chercher sur les terres une pâture qu'un rivage ingrat lui refuse ; mais elle ne manque pas de revenir chaque soir à sa

chère aiguille où elle s*endorl au brtiif des vagues et au siiQement des Tents ^.

Mais profitons des derniers instants de la marée basse pour achever notre excursion ; entrons sous le second portique, appelé la Mahneporte 2, arcade immense, de forme circulaire , sous le cintre de laquelle passerait un navire tout maté avec ses voiles. Nous voilà enfermés dans une vaste salle circulaire appelée le Petit-Port, véritable palais magique dont les parois sont d'immenses falaises découpées à jour en pyramides et en festons, dont le parquet est la mer et la voûte l'azur du ciel. L'homme est effrayé par la vue terrible de ces hauts rochers, ouvrage des siècles , qui semblent porter jusqu'aux nues leurs cimes audacieuses. Quel aspect menaçant ne présentent pas ces roches inaccessibles et d'une hauteur effrayante, entrecoupées d'écueils bizarres. Leurs sonunets , en surplombant au-dessus de ces profonds abîmes , menacent de les couvrir de leurs débris et d'écraser le faible voyageur qui rampe à leurs pieds. Ici la mer bruit sur des rivages sombres; on la voit blanchir et écumer sous les coups de rames agiles, et |des barques la sillonnent de leurs courses irrégulières. Là, tombent du sein de la falaise plusieurs petites fontaines dont les ondes de cristal

' Les aiguilles d^Étretat sont mentioDoées non-seulement dans les livres hydrographiques de ce siècle et du siècle dernier, mais mèm« sur des cartes géographiques qui ont plus de deux cents ans. Citons entre autres la Carie du diocèse de Rouen, par Frémont, en 1714, et celle de Normandie, en 1716, par M. Delisle; une autre Carte de Normandie, faite à Amsterdam, par Jacques de la Feuille, au milieu du xvn« siècle; la Description de VEurope» par F. Ranchin, Paris» 1645, L u, p. 251 ; le Recueil des plans et profils de toutes les viUes de France, par Tassin, en 1631, et enfin, V Atlas de Gérard Mercator, imprimé à Amsterdam, en 1628.

' Quelques cartes géographiques rappellent avec raison la Mendre- Forte, ta molndra porte, mmor porta.

tepîMenl df verdure les flancs décharnés et stériles de» roeheft.

LB aOC ET LA CHASSB AUX âUILLBHOTS.

Du Petit-Port on traverse une pointe de falaise, avancée dans la mer, sur laquelle on a construit une batterie pendant les guerres de TEmpire. Ce rocher, cette batterie s'appellent la Courtine, à cause de la ressemblance qu'ils présentent avec ce genre de fortification.

De la Courtine on aperçoit le cap d'Antifer, appelé par d'anciens géographes le Groing de Caux. C'est là que se trouve le fameux Rooauoc-Guillemots si cher aux marins, aux chasseurs et aux naturalistes ^. Il nous faut dire ici ce que sont ces oiseaux voyageurs auxquels nous prétons chaque année nos falaises pour être leur berceau et qui deviennent parfois leur tombe.

Habitants des vastes mers qui baignent les arides bords de l'Ecosse, des Orcades et des Feroë, les guillemots forment à peu près le dernier chaînon de la classe des volatiles. Relégués toute l'année dans des climats durs et glacés, ils vivent en mer et ne paraissent à terre que lorsqu'ils y sont poussés par les rafales, les roulis, les vagues et les brisants.

Une fois, pourtant, chaque année au temps de la ponte et de la reproduction, c'est-à-dire au printemps, ils quittent leurs régions septentrionales pour séjourner trois

I Des cartes géographiques et hydrographiques telles que la Carte parUculière du diocèse de Rouen, par Frémont et Dezaache, en 1785; ta carte particul&re des côtes de France, par M. Beaatemps-Raupré, en 1834; le PiloU français, par M. Givry, en 1842, placent le RocauX'GuiUetnots sous Bénouville, à raiguille de BeWal. Il est possible que ees otoeaax aient changé de demeure. Il y a peut-être chei eni des caprieet eomme chez les hommes.

mois dans nos climats tempérés. De toutes les cdtes de France, celle d'Étretat est presque la seule dont ils aient adopté les hauts rochers. On dirait que cet oiseau a les goûts de Tartiste et les instincts du voyageur.

Les guillemots nichent dans nos falaises les plus élevées. Ils s'établissent sur des balcons naturels étages Tun sur l'autre comme les maisons d'un ville ; ils s'y rangent à la façon des assiettes dans un palier, à la manière des livres sur les rayons d'une bibliothèque. Leur tête noire dépasse seule le trou du rocher, et s'allonge comme le cou 'd'une bouteille. Ils ne font point de nid et pondent un seul œuf qui est très-gros relativement à la taille de l'oiseau. La forme de cet œuf est celle d'une poire, sa couleur verdâtre ou cendrée est parsemée de taches noires imitant les varechs au milieu desquels vivent ces plongeurs. Les œufs. sont si durs que les Anglais les recherchent pour en faire des coquetiers *. Pour mon compte, j'ai toujours entendu raconter aux anciens d'Étretat, qu'avant la Révolution les pourvoyeurs de la cour faisaient dénicher les œufs de guillemots pour la table du roi.

Les guillemots ont les ailes étroites et petites, ce qui fait que leur vol est de courte durée et toujours à fleur d'eau. C'est chose curieuse de les voir, quand ils s'envolent de leurs trous, se jeter, comme des pierres, au bas de la falaise , décrire pendant plus de vingt pieds une ligne perpendiculaire, et, après avoir ainsi recueilli assez d'air pour diriger leur essor, se précipiter rapidement sur leur proie.

C'est au moment de la ponte, c'est-à-dire aux mois de mai et de juin, que les amateurs de Fécamp, du Havre et

' Buffon, OEuvres complètes. Oiseaux, t. xi, Paris, J830. — Manuel d'Omilhologie, par .M. Temminck, p. 920, Parit» 1820. — Ornithologie européenne, par M. Degland, t u, Paris, 1849.

de Rouen, viennent k Étretat, faire la chasse aux guilU" mots. On s'embarque ordinairement dans un canot qui contient quatre chasseurs. On va se placer sous la falaise où niche cette colonie d'oiseaux voyageurs. Il faut arriver dès le matin, au soleil levant, à l'heure où ils quittent leurs trous, pour chercher leur nourriture et la pâture de leurs petits. On les réveille par un coup de fusil qui leé fait dénicher par milliers. Alors l'air en est obscurci, et comme ils sont peu méfiants, ils volent près des barqueSf d'où on les tire à son aise et où on les tue à plaisir. Quand ils sont blessés, ils tombent à l'eau, où on les ramasse avec la plus grande facilité. Chaque canot en remporte ordinairement de 40 à 50. Cette chasse finit avec le printemps, et après la Saint-Jean on ne voit plus un seul guillemet sur nos côtes ; tous ont repris le chemin des Orcades, leur patrie.

LA VALLBCSB. — LB FORT DB FRÉFOSSfi. ^- LA CBAMBRB AUf DEMOISELLBS. — LB POINT DE VUE.

Hais remontons au haut de cette falaise dont nous venons d'explorer les bases, un spectacle non moins intéressant nous attend à son sommet. Grimpons par cette Valleuse où descendent et remontent à chaque marée les pécheurs qui tendent des parcs et des filets sur les rochers. Ce qu'on appelle VaUsuse à Étretat, c'est un étroit sentier de trois cents pieds de hauteur, pratiqué h pic dans les escarpements de la falaise, sur les éboulements des terrains et sur des quartiers de roches brisées et entassées péle-méle les unes sur les autres.

Arrivé sur le plateau, on suit les bords de la falaise et l'on parvient aux débris du fort de Fréfoss^.

>Nous ne savons rien de ce fort de Fréfossé ni du rôle qu'il a joué dans l'histoire ^ Ce fort dépendait du chft-^ teau, il en était le donjon, pour ainsi dire; nul doute qu'il n'en ait partagé la fortune. L'histoire de l'un est donc celle de l'autre.

Le château de Fréfossé n'est autre que le château du Tilleul dont le vieux manoir portait le nom de Cloè dé Saint-Louis, en 4494 2. Ce château était possédé, en 445â, par noble'homme Jehan de Pelletot, qui, en 4497 seulement, devint seigneur du Tilleul. Vers 4641, la terre de Fréfos»é-Ie-Tilleul passa aux Doullé de Gerpon^Ue, d'où elle descendit par les femmes dans la famille Cornpoinct du Boulhard. Des du Boulhard elle arriva, en 4786, à la famille Hocquart qui la vendit, en 4825, à M« Fiquet, notaire à Criquetot-l'Ësneval. En 4849, elle est devenue la propriété de M, Valois, négociant de Rouen.

Le fort de Fréfossé était placé à deux kilomètres du château ; c'était un véritable nid d'aigle, perché sur la pointe des rochers. Figurez-vous une roche gigantesque hérissée de pointes et d'aiguilles, dont la mer baigne éternellement les pieds. Pour y aborder du côté du rivage, il faut escalader une falaise de trois cents pieds, droite et lisse comme un mur. Le seul côté accessible par terre est défendu par une coupure naturelle de plus de deux cents pieds de profondeur. Voilà le refuge que s'étaient choisi les seigneurs de Fréfossé ; voila l'enceinte redoutable dans laquelle ils se retiraient avec leurs trésors, lorsque l'ennemi les chassait de leur château. On prétend qu'un souterrain, connu dans le pays sous le

* Le fort de Fréfossé n'est gnères tonna qae par les cartes géographiqQes qui le mentionnent. Now citerons entre autres la Carte par^ Ikulière du diocèse de Rouen, par Frémont et Deiauche, 1714 ci f785 y et le recueil iniïiulé les Côtes de France, publié en 17(^2, d'aprè» les plans lerés en 1776 par MM. de la Bretonniëre et Maicbin.

> Terrier du THleul. — HiH. am, du Tilleul fngouville, 1840.

Mm 'de Treu au Chien, le& conduisait du bhftteau jusqu'au fort, sans q^iHkeiissent besoin de traverser la plaine m les rangs ennemis.

Ce fort se divisait en deux parties : la première est une enceinte circulaire défendue par des retranchements en terre de forme zigzaguée ; derrière ces fossés s'élevaient des murailles dont les dents sortent de dessous Therbe et dont les bouts tombent chaque jour dans la mer.

L*autre partie , qui semble être le donjon du fort, n'était point défendue par un fossé, mais seulement pat* des murailles ; on y remarque des murs quadrangulaires qui paraissent des débris de maisons, comme si ce fort avait été un bourg semblable au Bourg-Beaudouin sur la côte de Fécamp.

C'est dans cette partie que les anciens ont encore connu le four qui servait à cuire le pain. C'est là aussi qu'était placée la grande couleuvrine dont les seigneurs de Fréfossé se servaient, dit-on, pour tirer sur les navires qui ne voulaient pas payer le droit de péage, ni saluer Saint-Pierre-de-la-Manche dans l'église d'Étretat.

On dit que les sires de Tancarville exerçaient les mêmes droits seigneuriaux sur les navires qui remontaient la Seine, et il est digne de remarque que tous deux se servaient de couleuvrines pour faire respecter leurs droits.

Il y a soixante ans et plus, la dernière couleuvrine du fort de Fféfossé fut arrachée de ses affûts et transportée dans la cour du château ; c'est là qu'elle est restée jusqu'en 4835, époque où M. Fiquet en fit présent au Musée départemental de Rouen ^

* CeUe pièce eurieuse de notre vieine ardUerie est déposée dans le vestibule du Musée; elle pèse 1,000 kilog., sa longueur totale est de 3 mètres 4 centimètres sa bouche a 122 millinoètres de diamètre ; elle est de fer et porte la marque de la Salamandre couronnée, qui formait les armes de François V^.

— 8ft —

et;. aies fonts baptismaux. Ëuiin, ce point de vue est (oui l'abrégé d'un canton.

IJl PLAGE. — LES ÉTRANGERS. — LES BAINS. —

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