‹ Étud3s critiques sur la BibleChapitre 8 sur 11 · PS. XXIV, 3-5 ; XXXIV · texte numérisé non relu

PS. XXIV, 3-5 ; XXXIV

2 Ps. xv, 1-5.

» Ps. xxvn, 3,8, 11,21.

k Ps. xxvin, 3.

5 Ps. xxxvn, 12, 14, 21, 32.

qui n'a pour le juste que des paroles dures inspirées par l'orgueil et le mépris1; celui qui, plein d'audace, ne recule devant aucune entreprise criminelle, qui dresse des embûches aux faibles, qui voit dans le succès la justification de tous les crimes2.

David célèbre^ il est vrai, à diverses reprises, la loi de l'Éternel, cette loi qui est parfaite et qui restaure l'âme3. Mais, ce n'est certainement pas de la loi mosaïque qu'il parle dans ces passages ; c'est bien plutôt de la loi de la conscience, de cette loi qui, comme il s'exprime lui-même, est dans le cœur de l'homme juste4. Cette loi qui éclaire les yeux, qui garantit de tout sentiment d'orgueil, qui sauve d'une foule de péchés3, n'est pas sans doute inconnue au mosaïsme ; c'est un fait que je pense avoir mis déjà au-dessus de toute contestation. Les conceptions morales de Moïse sont bien sans contredit d'une plus grande élévation que la prudence passablement vulgaire du livre des Proverbes, et pour le moins d'une aussi grande pureté que les sentiments exprimés dans les Psaumes de David. Mais ces conceptions sont liées dans le mosaïsme à des institutions soit re-

* Ps. xxxi, 18; xxxvi, 3 et 4; ux, 12; lxiv, 3-5; Prov., vi, 16-19; vi, 12-14.

2 Ps. x, 2, 5, 7-10; xii, 2-4.

3 Ps. xix, 8.

4 Ps. xxxyii, 31.

* Ps. xix, 9, 11.

2o4 ÉTUDES CRITIQUES

ligieuses, soit civiles qui les distinguent en propre, et ces institutions ne tiennent aucune place dans les écrits de l'âge de David et de Salomon.

Que conclure de ce silence, sinon qu'elles étaient ou inconnues ou du moins très-vaguement connues de l'immense majorité de la famille de Jacob ? Pourquoi, autrement, n'en aurait-on pas tenu compte, du moins dans une certaine mesure? Prétendrait-on trouver dans ce fait la preuve d'un spiritualisme religieux analogue à celui qui se montra plus tard dans les Prophètes? Rien de moins fondé que ce rapprochement. Les Prophètes font la guerre au formalisme, que, depuis Josias, on prenait pour la véritable piété ; à l'époque de David et de Salomon il est si peu question du formalisme, que l'on ignore même les prescriptions légales et cérémonielles qui, mal entendues, le feront naître plus tard. Les Prophètes partent toujours, dans leurs discours, du point de vue théocratique, et ce point de vue suppose nécessairement le mosaïsme; rien de semblable dans les écrits qui appartiennent à l'âge de David et de Salomon. Le Dieu sur lequel le roi-poëte fonde une si touchante confiance est le Dieu de l'alliance traitée avec Abraham, Isaac et Jacob, le Dieu protecteur de la famille d'Israël, et non le Dieu de l'alliance mosaïque, seigneur suzerain du pays de Canaan et des israélites auxquels il l'a donné en fief. La religion généralement reçue à cette époque en Israël, se rattache, par

dessus le mosaïsme qui est complètement effacé, à celle des patriarches, et l'homme selon le cœur de Dieu, tel qu'il nous est dépeint dans les Psaumes de David, est l'homme droit et intègre (Q^jpn p^JJ E^)f des anciens jours, tel que la tradition représente Noé2 et Abraham*.

Le terme Jéhovah est entré, il est vrai, dans la langue du peuple hébreu, mais sans entraîner avec lui la conception métaphysique dont il est l'expression dans le mosaïsme. Le Jéhovah de David et de Salomon ne diffère en rien de FElohim d'Abraham et de Jacob. C'est encore sous un autre nom l'El-Schadaï des patriarches, le Dieu tout-puissant \ créateur de tout ce qui existe5 et protecteur delà famille d'Israël, traits sous lesquels le mosaïsme le représente aussi ; mais la notion d'un dieu existant par lui-même, immuable et éternel, distinct de tous les autres êtres absolument, non en degré, mais par sa nature même, d'un dieu dont la voix se fait entendre, mais qui reste invisible aux yeux des faibles mortels, qui ne peut être ni assimilé ni même comparé à aucune chose,

* Comp. Genèse, vi, 9; vu, 1; xvn, 1, avec Ps. xvm, 24- 26; xv, 2; lxxxiv, 12.

* Genèse, vi, 9; vu, 1.

3 Genèse, xvn, 1.

4 Ps. xvm, 9 et 10.

* Ps. vin, 1 et s. ; xix, 1-6; xxiv, 1 et 2; xxix, 1-10; lxv 6-15, etc.

ni à aucun être du monde ; cette notion qui est le fond réel du mosaïsme, n'est pas celle qui domine, il s'en faut de beaucoup, dans les écrits de l'époque de David et de Salomon. Je ne prétends certes pas que les poésies de ce temps ne noiis donnent pas de Dieu de grandes et belles idées ; je dis seulement qu'elles restent sous ce rapport au-dessous du mosaïsme. Qu'on n'objecte pas que la poésie n'a pas pu considérer Dieu sous son point de vue métaphysique. Si cette conception avait été familière à David et aux autres poètes de son époque, ils auraient très-bien su lui donner une forme poétique. Les prophètes sont aussi en un certain sens des poètes, ils ont cependant réussi à la mettre en œuvre.

Enfin, il faut ajouter qu'il est un certain nombre de psaumes dans lesquels le mot Jéhovah semble être systématiquement évité1. Et ces psaumes, la plupart d'entre eux du moins, paraissent avoir été composés spécialement pour le culte public, tandis que presque tous ceux qui portent le nom de David, ne sont que les produits de ses sentiments particuliers, et ne furent vraisemblablement psalmodiés dans le temple qu'après le retour de la captivité de Babylone. On peut conjecturer de là que les psaumes élohistes représentent le fond des conceptions reli-

* Ce sont les psaumes xlii-xlv, xlix, li, lui, lvii, lx-lxiii,

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