LOIS RITUELLES
Nous avons vu que la loi reconnaissait trois religions, la religion d'Etat, la religion de Boudba et la religion de Tao.
Le Code annamite laisse à la tradition conservée par le tribunal des rites le soin de régler les époques et la forme des céréin nies religieuses. Il se borne à punir toute infraction aux règles traditionnelles.
« Quelque temps avant l'époque des sacrifices solennels a ollerts au ciel, à la terre et aux esprits tutélaircs du « royaume ou de quelque sacrifice accom[)li dans une pa- « gode royale, les membres du tribunal des rites s'y prépa- « rent eux-mêmes par le jeûne et l'abstinence : ils doivent c aussi s'engager par serment à observer la pureté. »
Les mandarins de la capitale et du royaume sont prévenus par le tribunal des rites et doivent se préparer de la même manière aux cérémonies religieuses.
SUR LB8 GOORR ANWAMITBS RT CHINOIft.
Si les animaux, les divers instrunieiiLs, les mets destinés aux sacrifices ne sont pas conformes aux préceptes, il y a cinquante coups de bâton pour les membres du tribunal convaincus de négligence.
a Dans toutes les provinces du l oyaume les sacrifices dus 0 aux esprits tutélaires seront rigoureusement observés : on « ne doit négliger ni l'esprildes montagnes ni celui des eaux, « du vent, des nuages, du tonnerre, de la pluie, ni enfin les a saints de Tantiquité appartenant particulièrement à la pro- « vince, ni les anciens rois, ni les fidèles sujets des temps « antiques, ni les grands patriotes. Les époques et les noms « de ces esprits sont indiqués sur un calendrier rédigé par le a tribunal des rites. »
Des sacritices analogues sont ollerts dans les temples de Tao et de lîoudha.
Les femmes ne peuvent pénétrer dans un temple ou dans une bonzerie quelconque d'hommes ou de femmes. Le père ou l'époux de la femme coupable d'une curiosité semblable reçoit quarante coups de bâton. Même punition attend le portier du temple où l'indiscrétion aura été commise.
Tout individu qui exercera des arts magiques, prétendra faussement commander aux éléments... t< ou appartiendra à « la société du Nénuphar Blanc, à la fausse secte du Véritable « Ancêtre, à celle du Nuage Blanc , ou professera toute autre « doctrine erronée ou étrangère à la véritable doctrine, sera « condamné h la strangulation avec sursis. »
La tolérance et la liberté des cultes sont imposées en Chine comme en Annam par la force des armes et de la politique étrangère; elles sont contraires à la loi traditionnelle du pays.
immÈME FIHTIB.
Des rites»
Chez un peuple aussi profondément altaclié à ses coutumes, tout usage, toute pratique devient presque une religion. Aussi, sous ce titre des Lois rituelles, le Gode sanctionne le respect dû à des habitudes traditionnelles de la nature Ja s diverse.
52 inon analytique
La première préoccupation du législateur, c'est la personne royale. Les remèdes et les mets qui lui sont destinés doivent être apprêtés d'après des règles fixes. Rien, sur cet important sujet, ne peut être laissé à l'arbitraire et au caprice; le pharmacien ou le cuisinier qui commettrait quelque inadvertance à cet égard, quelque oubli de l'étiquette ou du règlement, serait puni de 100 coups de Mtou ainsi que les maadanos surveillaûts.
Un soin minutieux doit être apporté à la conservation des ▼êtements et des meubles à l'usage du roi. Toute négligence dans son service est un délit. • Ç'il demande un vêtement ou c toute autre chose, et qu'on lui présente ce qu'il n'a pas de- , ■ mandé, la peine est de 80 coups, etc., etc. »
Tout particulier qui a en sa possession un planisphère céleste, un télescope, uniivre d*astrologie, ou tout livre interdit, ou bien enfin des portraits des empereurs des dynasties précédentes, est puni de 100 coups de bâton.
Suivent des prescriptions relatives aux honneurs à rendre à la tablette du roi, h 1 ordre dans lequel doivent répondre les membres du conseil lorsque le roi fait une question.
«r Les demeures, dit la section deuxième de notre litre, les a dillerentes sortes de voitures et de chars, les habits et les a meubles des mandarins et du peuple sont soumis à des < règles qu'il est défendu expressément de transgresser. »
Montesquieu voit dans cette règle une loi somptuaire des* tinée à éviter le luxe (i). Nous y voyons plutôt l'amour de la règle et de la forme, amour si parUcuUer au peuple chinois et qui a mspiré à Platon et à Fénelon, ces deux grands rêveurs en fait d'organisation sociale, de belles des*
(I) « A la Chine, au contraire, les femmes sont si fécondes, et Tesprce humaine s'y multiplie à un tel point que les terres, quelque cullivi-es qu'elle» ■oient, sufiiseut à peine pour la nourriture des habitanu. Le luxe y est dono pemieiMni*. . . * Voiià l'esprit de* belle* ordonnanoa* de* empennes diiaoi* s M No* emoiens, dit on empereur de U fiuDiUe de* Tang, tenaieut pour « maxime que, s'il y vitit un homme qpi ae Uboniât point on nne femme « qui ne e'ooonpSt point à filer, quelqu'un «nifinit te tnâà on ù faim daa*
« l'Empir» » Et, *ni oe prinxnpe, il fit détruire une ioAnité de mon**»
tite* de borne*. » (Honteequien, fqwtt <1m Mk, liv. tix, diap, wi»)
«I7R LB8 OODBB AMNAMim XT CHINOIS. 63
criptions de costumes à imposer aux diverses classes de la société (1).
Les astronomes doivent, sous peine de 60 coups, prévoir et dénoncer les grands événements et les phénomènes sidéraux.
Toute négligence dans les soins qu'on doit aux parents^ toute ilislraction prise en temps de deuil ou lorsqu'on a un , parent en prison, est sévèrement punie.
Tout individu qui abaudoiiue ses vieux parents dont il est le soutien pour se faire mandarin* reçoit 80 coups.
Un chapitre traite des lunérailles.
Les corps doivent être enterrés avec les rites prescrits, il est défendu de brûler les cadavres ou de les jeter à l'eau.
L'incinération n'est permise que si une personne vient k mourir dans un lieu éloigné et si ses enfauts veulent rapporter ses cendres dans leur pays.
Le bonze qui pénètre dans une maison pour accomplir une cérémonie funèbre est responsable , ainsi que le maître de maison, des inconvenances qui peuvent se commettre à ce moment. Il est défendu de manger ou de baire dans une pareille circonstance; cependant, après le départ du mort, il est permis de traiter ses amis, [jourvu que la chère soit modeste.
Ce culte des morts, ce respect des tombeaux, cette vénéralion pour les ancêtres, entraîne-t-elle une vive croyance à l'immortalité de râme? La doctrine de Confncius est plutôt une règle de philosophie et de sagesse qu'une croyai:ce religieuse. Les boudhisies croient au perfectionnement indéfini de l'àme humaine et devraient avoir une foi vive à l'immortalité de cette àme. Au milieu de ces doctrines diverses, il semble cependant que la société chinoise est matérialiste. Toutes ces cérémonies sont plutôt des formalités que le résultat d'une intime et profonde croyance à la spiritualité de Tàme et à son immortalité. La prière telle que nous la comprenons, la communication avec les morts par la méditation et par l'espérance, qui sont les signes d'une foi réelle, sont remplacées, eu Chiue, par l'incinération de petits morceaux de pa-
(1) L«« panoniMfM dit («emier rang ftpiit TOQii UM hmgb d'or an bai de tean habiU. lU aiimnt an doigt un auMm d*or
et au cou une médaitle d'or avec votre portrait. Ceux da second rang taroBt ' vttas da biaa (n/émo^ite, livra 31, Si» Platon, Saint-Simon, at««).
pier d'or ou d'argent chargés t5e formules religieuses que la . fumée va porter aux esprits célestes; par de grandes machines à, prières, qui sont des espèces de tambours dans lesquels on jette des formules de prières et qu'un bonze tourne avec plus ou moins de précipitation à tant l'heure. Aussi tous les voyageurs, malgré ces formes nombreuses de la religion et ce culte extérieur des ancêtres, n'ont pu arriver à se taire une . opinion sur l'état véritable des croyances spiritualistes en Chine (1).
Le livre des rites se termine par un chapitre intitulé : Des cérémonies et des fêtes dans les villages.
« Les lois de Turbanité, dit ce chapitre^ sont fondées^ dans « les villages, sur le respest dû à Tage.
c Lorsqu'une cérémonie est célébrée dans un village par « une classe quelconque du peuple (lettrés, agriculteurs, arti- « sans), soit que Ton se visite, soit qu'il y ait réunion , la. loi « de râge doit être respectée. Les personnes les plus jeunes «doivent commencer la cérémonie, les saluts et prosternac lions; et quand il s'agit de prendre place et s'asseoir, ce « sont les personnes les plus âgées qui occupent les sièges les t plus élevés.
« Si la cérémonie réunit des propriétaires et les gens qui « leur appartiennent, la loi de Tftge n*aura plus lieu entre « eux : les premiers sont considérés comme les plus anciens.
a Les banquets de cérémonie donnés dans les villages doi- < vent être présidés par les deux, vieillards les plus yertueux « et les plus honnêtes assis à côté l'un de l'autre... Quant aux « personnes qui se seront rendues coupables de transgression 4 aux lois, il ne leur est pas permis de s^asseoir dans la salle « du festin.
« Lorsque les habitants d'un village se réunissent pour c quelque affaire privée ou publique, ils ne doivent se faire ^ «d'autres politesses que celles du thé et du bétel.
« Lorsque dans un village il y aura lieu d'olfrir une fête ou a des cadeaux, soit à un lettré ayant réussi à l'examen, soit à a uLi vieillard dont le roi a ordonné d'iiouorer le grand âge, a les habitants sont autorisés à lui présenter des .animaux do-
(i) Bno, tOBM 2, page 116; WttUadi Mllne, pagt ISS. ' .
SUR LBb OODBB ANNAWTSS BT CHINOIS. Ô5
a mestiques quadrupèdes, du riz, du vio, et Une somme, qui a ne peut dépasser trois ligatures. »
Nous n'avons pu résister au plaisir de transcrire ces lignes vraiment curieuses. U semble qu'on entrevoit dans ces mœurs patriarcales Tàge d'or que les Grecs célèbrent dans leurs poésies, reflet de traditions vagues qui venaient probablement de rindc et de l'extrême Orient.
Si les peuples de l'Orient depuis les Indiens jusqu'aux Chinois manquent en eftet de ces grandes vertus occidentales, la force, l'expansion, l'aspiration au progrès sous toutes ses formes, des cioyances spiritualistes si moralisatrices, de cette bienveillance philosophique, de cette humanité que nous devons à l'Kvangile (1), ils ont au moins la douceur des habitudes, la politesse, la simplicité de la vie, le respect pour l'autorité^ la résignation, le courage sinon dans la lutte au moins dans la souffrance.
UVRË ^PTIÊME.
LOIS HLLITAUUSS.
Les lois militaires débutent par un règlement sur la police des jtalais royaux. L'empereur, le roi ! religion, mœurs, discipline militaire, tout aboutit là, tout commence par là. — Personne ne peut pénétrer dans le palais du roi sous peine de strangulation. — Les gardes du corps ne doivent pas s'éloigner. L'escorte doit toujours être prête, la route spéciale réservée au roi toigours libre (2). '
(1) Dans rinde cependant ces deux derniers sentiments existent, (Voiries Vedas et le Ramayana). Mais l'Inde a le malheur d'être divist^e eu castes. La caste qui pimse, qui lit, qui philosophise, se tient trop isolée, trop tranquille dans ses m(''ditations sublimes. Kile ne fait pas participer le peuple à la force qui vient des grauds horizons et des grandes cro/ances. Ella se contente tarop aonvent de l'exploiter.
(2j M Si le eortége royal tr«?ene nn lieu pea habité, où il n'y ait pu de M maieoni îUuui lei^néllea on pdeie entrer pour Uûsser paner le oortdge, tonte m penonne q^ni viendr» à renoontittr ledit oortége devra, pendant le défilé de «• oelni-oi, ae nettM à gmonz et 1»aiiter la tfite sans regarder. » (Seet. zui^ 1. Vii.) — Cet fèglei sont parfkitement obeervéaa en Oiine enooie ai^onrd'hni. (Voir Kêhtion 4*tm offiadr d$ imriiM, MoniUm, 1« janvier 1866 )
56 àmm ANAumous
Les travaux dans le palais dti roi se font par des ouvriers spéciaux, à des beureset daus des couditions déterminées.
DEUXIÈME PASnX.
L'ordre donné au mm du roi par tout chef militaira doit être exécuté immédiatement par tout inférieur. La nécessité de la discipline militaire est la mémeparlout. L'inférieur, de son c6té, doit donner connaissance à son chef des mouvements de i'emraii et des événements qui peuvent intéresser les opérations militaires. Toute divulgation du secret de ces opérations est considérée comme une trahison et punie de mort.
Les troupes doivent être approvisionnées en temps utile et les mandarins civils doivent obtempérer à cet égard aux réquisitions des mandarins militaires.
L'état militake en Chine est une profession comme une autre* La perspective d'avoir le vêtement ôt le vivre assurés sttfllt, à défaut de goûts belliqueux, pour maintenir au complet le cadre des armées chinoises.
Tout mandarin, dit le Gode, civil ou militaire, doit traiter le peuple avec douceur. Si par sa brutalité ou sa rigueur il est cause d'un rassemblement ou d*un tumulte, il sera décapité; mais les meueurs du rassemblement partagent son sort.
Toute faute contre la discipline est sévèrement punie. Les chefs bont responsables si leurs soldats s'absentent et maraudent. Pour un soldat absent sans cause, le capitaine reçoit AO coups ; pour 10 soldats manquants, le colonel reçoit 40 coups ; pour 50 soldats, le commaiidanten chef, iOcoups. Singulier moyen d'établir la discipline et de maintenir chez le soldat le respect du chef et sa confiance en lui (1).
Les derniers chapitres sont relatifs aux funérailles des soldat? morts en combattant ou dans les camps. Les frais de ces funérailles sont faits par l'État. Des secours sont accordés
(!) Remarquons cette disposition généreuse : M Tout individu qui, pour dépouiller un priionnier, le bleeie ou le tue Mt puni de U déeupiUition. »
«Ul LIS COMB ANNAMm» ST CHINOIS. 67
aux parents qui veulent ramener les corps jusque dans leur village (1).
Les veuves et les enfants sont secourus par l'Etal.
TROnilaiB VARTB.
Dm tfoikt de tumilkMU et de douane.
te passe port est exigé pour la circulation à l'intérieur et à l'extérieur ; il faut le représenter aux stations de soldats et de douaniers.
Mais ceux-ci doivent procéder sans retard à la visite des voyageurs et des marchandises. Us doivent se mettre en garde contre les espions ennemis et empêcher la sortie des animaux et des denrées dont Texportation est défendue.