CONCLUSIONS
1° L’absence habituelle de dégénérations secondaires dans la sclérose en plaques ne constitue pas une dérogation à la loi wallérienne. Cette apparente anomalie tient à ce que les cylindres-axes sont ordinairement conservés dans les plaques de sclérose. Dans les cas ou l’intégrité n’est pas complète, il se développe, comme dans les autres affections destructives du système nerveux central, des dégénérations secondaires dont l'intensité est en rapport avec le nombre des cylindres-axes dé truits.
2° La destruction des gaines de myéline dans la sclérose en plaques, loin d’être sous la dépendance d’un phénomène mécanique, d’une compression exercée sur les tubes nerveux par le tissu conjonctif de nouvelle formai tion, est liée au contraire à un phénomène vital et résulte principalement de l’activité nutritive des cellules de la névroglie et des cellules lymphatiques.
3° La nature de la dégénération des tubes nerveux, analogue à celle qui s’observe dans le bout central d’un nerf sectionné, au voisinage de la section, la persistance d’un grand nombre de cylindres-axes dénudés, l’intensité' des altérations des parois vasculaires, la disparition souvent complète de la myéline au centre des îlots de sclérose, constituent au point de vue histologique les traits essentiels de la sclérose en plaques.
4° La nature de la dégénération des tubes nerveux, analogue à celle qui s’observe dans le bout périphérique d’un nerf sectionné, l’absence de cylindres- axes dénudés, le peu d’intensité des lésions vasculaires, la persistance au milieu du tissu de sclérose d'un grand nombre de tubes à myéline, donnent à la sclérose systématique secondaire ses caractères distinctits.
5° Par la persistance possible d’un certain nombre de cylindres-axes dénudés, par l'intensité des altérations vasculaires, par la disparition parfois complète de la myéline dans les faisceaux sclérosés, la sclérose tabétique se rapproche davantage, au point de vue de ses caractères histologiques, de la sclérose en plaques que de la sclérose secondaire.
6° La régénération des tubes nerveux delà moelle chez l’homme avec retour des fonctions, si tant est qu’elle soit possible, n’est que tout à fait exceptionnelle.
Il résulte de là que la disparition de phénomènes paralytiques chez un sujet atteint de myélite, indique d’une façon presque certaine qu’il s’agit d’une myélite non destructive et peut conduire au diagnostic de sclérose en plaques.
7o L’hémiplégie dans la sclérose en plaques n’est pas toujours consécutive à une attaque apoplectiforme ; elle peut se développer progressivement. L’hémiplégie constitue parfois dans la sclérose en plaques pendant un temps plus ou moins long le trait le plus saillant du tableau symptomatique et peut donner l’idée d’une lésion cérébrale à foyer.
8° Des plaques de sclérose disséminées dans la moelle
peuvent, lorsque les cylindres-axes sont détruits, se manifester cliniquement par les symptômes qu’on observe dans la myélite circonscrite destructive (paralysie et anesthésie des membres inférieurs, troubles dans les fonctions de la vessie et du rectum, eschares). 11 y a peutêtre lieu de désigner une pareille affection sous le nom de sclérose en plaques à forme destructive.
9° La sclérose en plaques dont la marche est d’habitude éminemment chronique, peut présenter une évolution aiguë. On peut dire dans ces cas qu’on a affaire à une forme aiguë de la sclérose en plaques.
10° Il existe une affection dont la symptomatologie est exactement celle de la sclérose en plaques et dont les lésions échappent complètement à nos moyens d’investigation. On peut la dénommer : pseudo-sclérose en plaques (1).
(1) Une partie des observations contenues dans ce travail a été présentée à l’Académie des sciences (Séance du 9 juin 1884), et a été publiée dans les Archives de physiol., n° de février 1885).
3me SieT.V. PLI
C/.lVfasson , éditeur