‹ Étude Anatomo-Pathologique d'un Cas de LymphadénieChapitre 6 sur 42 · MALADIE ACTUELLE · texte numérisé non relu

MALADIE ACTUELLE

A. — Avant l'entrée du malade à l’hôpital

Le début de la maladie peut être fixé au mois d'octobre 1893,

A cette époque, D... est pris de bronchite: toux fréquente et quinteuse accompagnée d'accès d'oppression nocturne, rapide amaigrissement. Le médecin de la Cie P.-L.-M., le D' R..., consulté à cette époque, note de la submatité sous-claviculaire droite. Son diagnostic

hésite, dit-il «entre la tuberculose et une cachexie paludéenne glissée insidieusement».

Peu de temps après, se déclarent des accès de fièvre d'une forme et d'une intensité singulières ; l'accès était quotidien et nocturne ; il débutait vers 7 heures du soir par une violente douleur simulant celle d'une brûlure, qui partait de l'hypogastre et remontait vers le creux épigastrique ; bientôt le malade était pris d’un malaise fébrile extrèémement pénible, qui ne prenait fin qu'au matin, suivi d’abondantes sueurs; en dehors de ces sueurs, l'accès n'avait rappelé en rien les allures de l'accès paludéen. Après l'insomnie de la nuit, le malade prenait quelques heures de repos au matin; il n’éprouvait dans la journée suivante qu'une légère fatigue et de la diminution de l'appétit, mais l'accès revenait le soir à la même heure, et pendant cinq mois il s'est reproduit ainsi presque tous les jours.

Le D'R... avait institué, dès le début, un traitement anti-paludéen intensif (préparations de quinquina, sulfate de quinine par diverses voies, liqueur de Fowler à dose élevée) qui fut suivi sans interruption pendant plusieurs mois, mais parut rester sans effet. Les accès de fièvre nocturne ne faisaient, en effet, que s’aggraver, s'accompagnant notamment de sueurs de plus en plus abondantes dont le malade était littéralement baigné et qui pénétraient même la literie. Un état cachectique n'avait pas tardé à s'établir, caractérisé par de la maigreur, la pâleur blafarde du visage, la perte des forces et de l'appétitet une apathie profonde qui rendait le malade indifférent au monde extérieur. Au cours de cet état chronique, éclatèrent plusieurs incidents respiratoires aigus marqués par de l’exacerbation de la toux et une dyspnée qui prenait la forme d’accès d'oppression nocturne. À chaque fois, le D' R .. constata de la congestion pulmonaire à la base gauche, le poumon droit étant libre dans toute son étendue.

C'est au mois de janvier 1894, à la suite d’une de ces poussées de congestion pulmonaire, que le malade constata la première tuméfaction ganglionnaire ; le ganglion rétro-auriculaire droit, qui ‘en fut le premier siège, avait, quand il s’en aperçut, le volume d’une noisette; peu après, les ganglions de l’aisselle grossirent aussi, ce qui fut attribué aux vésicatoires appliqués contre la congestion pulmonaire; puis, successivement, les groupes voisins furent atteints; après le

RU — ganglion rétro-auriculaire droit, ce furent les ganglions de la région parotidienne, les cervicaux, ceux de la nuque, de la région sousmaxillaire, etc., et presque en même temps le côté gauche fut intéressé dans ses groupes homologues.

L'augmentation de volume, qui était lentement progressive, présenta à plusieurs reprises de brusques poussées atteignant simultanément tous les groupes hypertrophiés, de subites explosions qui déformaient le cou, les joues, les régions axillaires. Chacune durait une semaine environ, puis les ganglions reprenaient leur volume primitif,

L'état général s'aggravait: l'essoufflement habituel se compliquait de crises de suffocation nocturnes qui laissaient le malade anbhélant pendant une heure ou deux; le malade devenait de plus en plus morose et découragé ; depuis quelque temps, des démangeaisons très vives se reproduisaient tous les soirs et s'ajoutaient aux autres causes d’insomnie; le muguet vint gêner pendant trois semaines son alimentation.

Aux douleurs presque constantes, qui avaient les points de départ et les irradiations les plus diverses, se joignirent à plusieurs reprises des crises douloureuses atroces, caractérisées par des contractures envahissant progressivement les muscles du mollet, de la cuisse et des lombes, qui, après une période suraiguë de 1/4 d'heure environ, le laissaient pendant plusieurs heures anéanti.

Fixé à Montpellier depuis mars 1894, le malade suivit d'abord quelque temps le traitement arsenical intensif qu'il abandonna pour recourir à des médications d'empiriques (topiques bizarres, purgatifs végétaux répétés, etc ). N'en éprouvant aucun soulagement, il entre à l'hôpital, le 26 décembre 1894.

B.— Etat du malade à son entrée à l'hôpital

Le sujet est un homme de taille moyenne, assez amaigri, le visage d'une pâleur blafarde.

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