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assez particulier : la présence de cellules fusiformes réunies en faisceaux entre les deux fragments de la moelle, cellules auxquelles ils ont donné le nom de cellules apotrophiques.
Les importants travaux de M. Nageotte sur la régénération des fibres dans le tabes devait apporter une contribution très documentée à la solution de ce problème de la régénération. Nageotte démontra que les racines antérieures et postérieures sont surtout le siège des phénomènes de réparation chez les tabétiques. Nous insisterons un peu sur ces faits, car ceux que nous avons observés dans la section médullaire post-commotionnelle, viennent Confirmer plusieurs de leurs originales constatations.
La régénération des fibres des racines antérieures tabétiques se fait exactement comme celle des nerfs sectionnés, avec cette différence que la disposition est plus régulière, « parce qu’il n’y à pas eu solution de continuité dans le névrilemme ». Ces fibres régénérées peuvent d’ailleurs s’égarer dans le tissu méningé constituant cette lésion particulière à laquelle Nageotte a donné le nom de névrome de la pie-mère.
La régénération des racines postérieures est beaucoup plus marquée. Les fibres de régénération se terminent par des « massues de croissance » identiques à celles que Cajal et Marinesco ont décrites dans la régénération des nerfs sectionnés. Mais fait particulier à noter, Nageotte ne croit pas que les fibres de régénération pénètrent jusque dans la moelle.
Enfin, cet auteur a montré que ces fibres néoformées- ne naissaient pas seulement de la portion terminale du cylindreaxe coupée mais pouvaient parfois partir d’un point quelconque du neurone atteint, même du corps cellulaire ainsi qu’on peut le constater dans le ganglion rachidien. C’est à ce phénomène que Nageotte a donné le nom de régénération collatérale.
Dans une série d’autres affections chroniques de la moelle, plus spécialement la syringomyélie et le mal de Pott, Raymond, André-Thomas et Lortat-Jacob, Marinesco et Minea, Roussy et Lhermitte, affirmèrent à nouveau la présence de fibres régénérées dans les méninges, les racines postérieures et même dans le tissu médullaire.
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Certains de ces faits de régénération spinale sont, comme le fait remarquer M. Lhermitte, assez discutables, « à commencer «par la régénération qui accompagne les processus néoplasi- « ques des inflammations dela moelle. On peut, dit-il, pour expli- « quer l apparition discrète et désordonnée des ar nerveuses, «aussi bien invoquer une irritation pathologique qu ’un effort « vers une restauration fonctionnelle ».
Les blessures de la moelle réalisent évidemment des conditions expérimentales plus exactes. Il apparaît en somme que les faits observés ainsi sont, pour la plupart, à l’abri des critiques qu’on peut adresser à ceux recueillis au cours d’affections médicales.
Ayant mis à part les observations cliniques et anatomiques, Marinesco et Minea, qui examinèrent la moelle dans deux cas de compression par fracture de la colonne vertébrale, et trouvèrent identité des lésions avec celles décrites dans les sections expérimentales, les observations recueillies chez l’homme antérieurement à la guerre apportaient des éléments très imprécis en faveur de la régénération anatomique des fibres nerveuses.
Rien ne peut en effet être retenu des discussions sur la pseudo-restauration fonctionnelle que présentèrent après une myélorraphie les opérés de Briggs (1898), Estes (1899), puis celui de Stewart et Hartes (1901) discutés récemment par Cadwalader (1920). Seule, l'observation de Schirres (1905) est publiée avec les vérifications anatomiques. Cet auteur ayant constaté une section totale de la moelle avec écartement de 10 centimètres environ entre les fragments intercale un segment correspondant de moelle de chien. L’autopsie pratiquée 3 mois après ne permit pas d'observer de régénération médullaire.
En 1914, cependant, chez un homme atteint de fracture de la colonne vertébrale avec écrasement complet de la moelle dorsale au niveau de D,,, MM. Roussy et Lhermite purent, par la méthode de l’argent ammoniacal réduit, mettre en évidence dans la cicatrice médullaire l'existence de fibres de néoformation, Les caractères assignés à ces fibres et sur lesquels nous allons
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revenir longuement, résidaient essentiellement dans leur aspect histologique et leur topographie particulière.
Depuis chez 4 blessés de guerre, M. Lhermitte (1) a repris d’une façon plus détaillée encore cette étude et publié les résultats de ces examens dans son ouvrage sur la section de la moelle. La présente étude n’est que le reflet bien imparfait des travaux et de l’enseignement de notre Maitre.
Comme nous le faisions remarquer antérieurement, le syn-
drôme de section médullaire par foyer de myélomalacie dans les commotions médullaires peut être partiel ou total. C’est surtout le cas de section totale que nous avons publié avec MM. Roussy et d'Œlsnitz que nous aurons en vue dans cette étude. Nous étudierons successivement les caractères histologiques, la topographie, l’origine et la terminaison qu’on peut assigner à ces fibres, ainsi que les hypothèses émises sur le mécanisme de la régénération. Enfin, nous verrons si l’on peut établir une relation entre les régénérations anatomiques constatées et une régénération fonctionnelle possible.
1° Caractères des fibres de régénération. — L'aspect que les fibres de régénération présentent à la coupe est tout à fait particulier, et, comme le dit M. Lhermutte, «tel qu’un œil un peu exercé ne peut manquer de les remarquer au premier regard ».
Constituées essentiellement par de fines fibrilles de calibre inégal, apparaissant en noir foncé, tranchant sur le fond de la préparation (méthode de Bielchowsky) elles sont ainsi, qu’on peut le constater dans la figure 11, groupées en faisceaux réguliers. La coupe transversale ainsi que la coupe longitudinale permettent d'observer dans chacun de ces faisceaux l’enchevêtrement des fibrilles. Il est vraisemblable que l'on doit, ainsi que l’a vu Nageotte dans les fibres régénérées de la moelle tabétique et dans ses récentes recherches sur la régénération du
(1) Ce travail était à l'impression lorsque M. Lhermitte a fait paraître un arlicle sur la régénération du nerf périphérique (Annales de Méd. 1921. Tome IX, n° 4). Quoique n'intéressant pas directement notre sujet il ÿ a beaucoup à retenir de cette étude critique et autorisée, en particulier la question du mécanisme de la neurogenèse.
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nerf, considérer ces fibrilles de régénération comme des fibres composées provenant de fibres à myéline simples.
Ï ya lieu de remarquer cependant que les fibres de régénération observées dans les préparations de M. Lhermitte ou dans les nôtres sont amyéliniques. Ce sont, par conséquent, des fibres jeunes et l’on peut admettre, quoique nous n'ayons pas vérifié personnellement ce fait sur des coupes en série, qu’elles proviennent de la dissociation d’une fibre à myéline adulte émanée le plus souvent des racines postérieures. Quelques-unes de ces fibres se terminent par les « massues de croissance » décrites
par Cajal, Nageotte et Marinesco. Ces auteurs prétendent que
chacune d’elles présenterait une massue à son extrémité. Or,
ainsi qu’on peut le voir dansla figure 1 2 de l'ouvrage de M. Lher-
mitte, on constate que ces massues d’accroissement n’existent pas toujours; et tout en tenant compte des aspects dûs à l’incidence variable des coupes, on en observe relativement peu par rapport au grand nombre des fibres dégénérées.
La différenciation entre ces fibres de régénération et les fibres dégénérées se fait assez facilement. Ces dernières en effet, sont beaucoup moins chromatophiles, leur aspect est plus pâle. De plus, elles sont irrégulières, fragmentées, volumineuses, présentant parfois ces aspects moniliformes ou épineux que nous avons décrits. On peut observer enfin dans certaines préparations, un véritable enroulement des fines fibrilles de régénération autour des cylindre-axes dégénérés et nous verrons quel intérêt peut présenter cette constatation lorsque nous discuterons le mécanisme de la régénération.
2° Topographie desfibres régénérées.—Undescaractères particuliers de ces fibrilles réside dans leur topographie. Le plus fréquemment, on les observe dans les zones conjonctives de la cicatrice ou même dans la région nécroste. Dans le foyer nécrotique, c’est le plus fréquemment au niveau des Corps granuleux qu’on les observe et jamais dans le bourgeon névroglique terminal. Dans les zones de nécrose, elles se trouvent mélangées parfois aux cylindre-axes dégénérés.
nn ete. AA Coupe histologique d’un fragment de la méninge poslérieure (Obs. I) traité à par la méthode de Bielchowsky sur le bloc (faible grossissement).
A gs faisceaux des fibres radiculaires perdus au centre d’un lissu conjonclif ne et s Es sclérosé qui répond aux feuillets méningés symphysés B. A0 3
Fig. 12. — Un filet radiculaire de la figure 5 {A’) vu à fort grossissement | et montrant : À, des fibres dégénérées ‘e B, des fines fibrilles de régéat nération.
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D’autres fois, elles se rencontrent dans la méninge antérieure ou postérieure et dans le voisinage des vaisseaux. Elles peuvent même occuper le centre d’un vaisseau, ou bien comme on peut
‘le voir aisément sur certaines figure, elles sont localisées dans la gaine conjonctive de Virchow-Robin.
Dans d’autres cas enfin, les fibrilles sont noyées en plein tissu conjoncüf, mais il nous a été impossible d'affirmer avec certitude que leurs faisceaux étaient guidés dans cette cicatrice par un syncitium de Schwan. Il semble cependant que la figure r2 montre une disposition favorable à cette thèse, mais nous
n'avons pu, dans le petit nombre de préparations que nous avons faites à ce sujet, mettre pour le moment’ ce dernier point particulièrement en valeur.
En dernier lieu, on rencontre un très grand nombre de fascicules de régénération dans les méninges. La préparation reproduite dans la figure 11en montre l’existence dans la piemère. Ils constituent de véritables névromes microscopiques de la pie-mère comparables à ceux décrits pour la première
fois par Nageotte dans le tabès, retrouvés dans le mal de Pott par Fickler et dans la maladie de Dercum, par Dercum et Spiller. Le seul fait qui nous paraisse morphologiquement différencier les névromes microscopiques que nous avons observés de ceux des précédents auteurs, c’est que, comme nous l’avons déjà dit, les fibrilles de régénération de nos préparations sont amyéliniques, alors que celles de la lésion de Nageotte sont myélinisées. Peut-être faut-il admettre qu'il s’agit dans ce dernier cas de fibres observées à un stade tardif ultérieur à celui présenté par les fibres jeunes de régénération
| pe amyéliniques.
30 Origine et terminaison de fibrilles de régénération. — Nous avons dit que MM. Roussy et Lhermitte ont montré dans les traumatismes de la moelle la puissance de régénération très marquée des racines postérieures. Il semble bien en effet, que partant des racines, les fibres se dirigent dans la cicatrice médullaire. Ainsi que l’a constaté à nouveau M. Lhermitte
après examen de deux cas récents, il y a lieu d’ailleurs « d’opposer cette prolifération des racines à l’inertie régénératrice des fibres des différents segments spinaux ». Malgré l’affirmation ‘de Stroebe, qui expérimentalement constata à la 2e semaine après section partielle ou totale de la moelle de lapin, la formation de fibres dans les cordons latéraux et antérieurs, M. Lhermitte ne put, ainsi que nous l'avons vérifié dans notre cas avec MM. Roussy et d’'(Œlsnitz « constater la moindre « ébauche de prolifération, soit des faisceaux pyramidaux dans « les segments supérieurs, soit des faisceaux cérébelleux ou « postérieurs dans les segments inférieurs ». Sans insister davantage sur ce que peut présenter d'intérêt une telle constatation, nous avons tenu à signaler tout particulièrement ce fait qui mériterait de nouvelles recherches en vue du pronostic des interventions chirurgicales sur la moelle.
La terminaison des fascicules de régénération se fait différemment; le plus souvent, ils ne traversent pas la cicatrice médullaire, se perdant dans le tissu cicatriciel et se recourbant avant leur terminaison. Cependant dans deux cas observés par M. Lhermitte, les cylindre-axes régénérés atteignirent le bout supérieur de la moelle sectionnée. Nous verrons tar a nant quelle importance ces constatations présentent pour l’étude de
la restauration fonctionnelle.
4° Mécanisme de la régénération. — Les conditions dans lesquelles la régénération se produit peuvent-elles nous renseigner sur son mécanisme intime et nous guider dans linterprétation des différentes causes qui la dirigent? Sans apporter ici une discussion complète sur cette question particulière qui a fait l’objet ces dernières années de très importants travaux de R. y Cajal, Nageotte, Marinesco et Dustin, nous voudrions indiquer brièvement quelles sont les principales et ingénieuses hypothèses qui ont été émises et vers lesquelles nous font pencher les quelques faits que nous avons observés.
Tout d’abord, la théorie chimio-tactique de Cajal de la régénération nerveuse admise par Lenhossek et Lugaro, trouve