DEUX INSCRIPTIONS
du Musée de Nimes
§ i". — Inscription des Àrnemehci.
La première de ces inscriptions, gravée sur une petite dalle dont les quatre angles sont très écornés, ne porte qu'un seul nom, celui d'une peuplade des Volces Arécomiques (arnemeticî) ; et la planche VI, placée à la fin de ce mémoire , représente cette dalle, réduite au tiers de sa grandeur réelle. Elle est ornée d un cadre ayant ses quatre côtés d'égale longueur et dont les dimensions ont attiré, dès le principe, toute mon attention ; car elles correspondent, en les prenant dans le sens horizontal, qui est
tl) Cette étude est extraite d'un mémoire plus étendu sur la Métrologie gauloise, présenté l'année dernière» par l'Académie du Gard, au concours annuel de la Sorbonne (Voir, dans la Revue des Sociétés savantes, livraison de mai et juin 1668, p. 361, le rapport sur ce concoure) .
celui suivant lequel les mesures peuvent être relevées avec le plus d'exactitude : hors œuvre, à On^SM, et dans œuvre, à 0«",244, c'est-i-diiv, aussi rigoureusement que possible, à un pied-Je-Roi et à neuf pouces
de ce pied.
Cependant comme un pied-de-Roi. dont la véritable longueur est, d*apr<^$ rAiiimaire du bure» des longitudes, de 0>n,325, ne diffère pas beaucoup delS onces romaines antiques, égales à Ou\â:îL et comme 9 pouces français, égaux à Os 5435, ne différent pasdavantage de 10 onces romaiiies, égales, de leur côté, à 0'", 247, il semble, à la rigueur, permis de croire qu'on peut assigner aux côtés do noire petit monument aussi bien 13 onci»s et 10 once- romaines que 12 pouces et pouces français.
Mais d'autres dimensions peuvent être mesurées sur ce monimient : et, si elles ne sulVisent pas pour enlever tous les doutes, elles peuvent au moins, ainsi qu*OD va le voir, servir à en faire dispai'aitre quelques-uns.
On rematquera d'abord que la dimension intérieure se trouve divisée, dans le sens vertical, en trois zones égales, qui ont par conséquent Spoices de hauteur chacune, lorsqu'on suppose au pied antique la même longueur qu a notre pied-Je-Roi, et dont les hauteurs se trouvent exprimées, au contraire, par un nombre fractionnaire, 3 onces et * 3, lorsqu'un veut faire usage des mesures romaines.
Je reconnais sans peine que la présence de celte forme fractionnaire ne doit pas être consi.iéree comme matériellenv^nt impossible; «-epenJant, puisque nous ne cherchons, un détjniùve, qu»? des prolabililés, il semble facile de comprendre que les plus grandes chances^ d«: \^rité doivent être du côté où Ton trouve les dimen-
sions réelles exprimées par des nombres tels que 9, impair et carré, et 3. (1)
Il est facile de reconnaître, en second lieu, que la réalité de l'emploi du pied gaulois est encore plus apparente dans le sens horizontal que dans le sens verr tical ; et il suflit pour cela de tracer, sur la pierre, en faisant abstraction de tout système métrique :
1° L'axe principal passant par le point G,
2o L'axe de la l^e moitié et celui de la 2^ passant par les points D et D',
3** Enfin les axes du 1er et du dernier quart passant par les points E et E' ;
Et de constater ensuite, d'une part, que les axes D et D', coïncident très -exactement, le premier avec la branche verticale de l'R, et le second avec celle du T ; et de l'autre, que les axes E et E' coïncident, à leur tour, avec les bords intérieurs du cadre.
Dans le système gaulois, ces coïncidences sont très naturelles, puisqu'on trouve alors :
AB = 12 pouces,
AC = CB = 4- AB = 6 pouces,
AD = DC ~ ^ AC =-\- AB =3 pouces,
et enfin AE = EO = 1 AD = 4-AC = ~AB =
1 pouce 7î
(1) Le nombre 3 plaisait extrêmement aux Pythagoriciens, qui y trouvaient de sublimes mystères dont ils ae vantaient d'avoir seiDs la clef * ils rappelaient r harmonie parfaite. (Extrait de l'Encyclopédie, au mot: I^ombre).
Et. (le nos jours, les Francs-maçons conservent un dernier souvenir de rimportance mystique de ce nombre 3 dans le triangle équilatéral ,\ , qu'ils reproduisent si fréquenuncnt.
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ment par la colonie Phocéenne de Marseille, que notre littoral méditerranéen a été civilisé (1).
En dernière analyse, la réalité de l'existence du pied gaulois, sur noire monument, peut être constatée encore d'une nouvelle manière, parce qu'on ne trouve pas seulement, sur l'inscription, un intervalle de 6 pouces entre les barres verticales de l'R et du T, mais parce qu'on y trouve encore très exactement:
lo Un intervalle d'un pouce entre la pointe de TA et cette première barre de l'R,
2o Un pareil intervalle d'un pouce entre les deux barres de l'N , .
3o Un antre intervalle, toujours d'un pouce, entre la dernière barre de l'M et le second E.
Et 4o enfin un dernier intervalle d'un pouce entre l'E et le T.
De sorte que, si le lapicide n'avait pas voulu donner, à la largeur de l'M, y^ de pouce de plus qu'à celle des autres lettres, ce qui Ta conduit à réduire ày^de pouce l'intervalle compris enlre l'R et l'N, notre monument ne correspondrait pas seulement, dans son ensemble, à la longueur exacte du pied antique, mais préseiiterait encore, par le détail de ses divisions en pouces, un étalon à peu près complet de cette ancienne unité métrique. •
Et s'il ne résulte pas encore de là qu'on a réellement continué à employer, pendant la période galloromaine, un ancien pied gaulois, il faut convenir au
(l) " La Grèce, artiste avant d'être commerçante, propage, par M SCS colonies, son esprit et ses idées ».
(Histoire de Jules César. Tome l•^ liv. 1*', cbap. IV, § 1«0.
moins que l'existence de ce pied commence à devenir déjà singulièrement probable.
Essayons donc encore un effort pour remplacer, s*il est possible, cette grande probabilité par une certitude plus complète.
Il n*est pas nécessaire de recourir, pour cela, aux principaux monuments de l'épigraphie nimoise , parce qu'il est bien certain qu'on ne rencontrera jamais , sur un cursHs honorum^ autre chose que le pied romain ; mais toute la population n'était pas romanisécy à cette époque, aussi profondément que les hommes les plus considérables, et quelques modestes pierres peuvent en fournir la preuve concluante, ainsi qu'on va le voir.
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