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Sur les instances et les conseils d’un patron si recommandable, M. Raimbault se décida donc à étudier provisoirement l'anatomie et à se montrer partout avéc le litre d'élève en chirurgie, bien décidé, toutefois, à ne s'occuper des plaies que pour le pansement, le baudage et l'appareil. Il entra à l'Hôtel-Dieu et y suivit régulièrement la clinique sous le docteur Latour.
Le Ciel adoucit l'amertume de sa position par la consolation qu'il avait d'adresser quelques bonnes paroles aux patients, et par la joie qu'il ressentait en les entendant euxmêmes exprimer parfois des sentiments parfaitement chrétiens.
Fendant il était à l'hôpital, un de ses amis, qui voyait à quels dangers on élait exposé tant qu’on n’usait pas de duplicité et de supercherie pour protéger sa foi, lui proposa de se rendre à Meung, jolie petite ville, sise à un peu plus de quatre lieues d'Orléans, et d’y passer quelques mois dans une maison de campagne des environs, occupée par son père.
Les jeunes amis, ayant fait provisions de livres, s’y rendirent, en effet, bien disposés à utiliser leurs moments dans cette belle solitude. Mais, à cette époque, les ministres de la religion n'étaient pas les seules victimes des persécutions de la populace égarée. * Les laïques avaient aussi à souffrir mille vexations, sous les prétextes les plus futiles, dès qu'on les soupçonnait d'être attachés à la cause de l'Eglise ; et ces vexations devenaient plus oppressives de jour en jour.
A peine eurent-ils passé quelques semaines dans cette résidence champêtre, qu'ils s'aperçurent qu’elle était trop rapprochée de la maison de campagne de l’évêque constitutionnel du Loiret, qui la visitait fort souvent. Ils se hâtèrent donc de la quitter, appréhendant une visite domiciliaire. D’ailleurs, ils n’y étaient pas à l'aise. Bien peu de personnes se montraient bienveillantes dans ces jours de terreur, parce que tout le monde était traité sans miséricorde devant le tribunal sanguinaire de la révolution. On craignait de rencontrer à chaque
pas des dénonciateurs. Partout il y avait danger d'être compromis, car la terreur avait ses agents, ses espions, ses délateurs et ses bourreaux sans cesse aux aguets.
La famille qui occupait ce château, essayait bien de tranquilliser ses jeunes hôtes ; mais ses bons procédés n'étaient pas suffisants pour les rassurer ; rien ne pouvait calmer leurs appréhensions.
M. Raimbault n'oubliait pas non plus que la loi appelait sous les armes, qu'il n'avait échappé à la conscriplion qu’à l'aide de protection ; et tous les palliatifs, toutes les demimesures étaient épuisés. En retardant davantage à déclarer soû âge, sa capacité et son domicile, il encourait les peines excessivement sévères portées contre tous les régleitrants. Il voulut attendre, néanmoins, son ami, M. Vincent Fournier, qui s'était éloigné temporairement, car il ne se croyait en sùrelé qu'en sa compagnie. Ce dernier ne s'était pas laissé séduire non plus par les artifices des agents de l'autorité ; il ne fut pas intimidé davantage par leurs menaces, ni par les rigueurs qu'ils voulurent exercer contre lui. Défendre les dogmes sacrés contre les railleries des impies, c'était un crime. Un jour, M. Fournier, s'étant montré trop zélé, fut dénoncé. Heureusement il était à peine sorti de l'adolescence ; on le traita d'étourdi, et ses propos d'inconséquences, sans aller audelà. Ces traitements mettaient bien des personnes sur leurs gardes, el leur faisaient redouter la vie des camps où il fallait se montrer blasphémateur et méchant pour ne pas provoquer contre soi la colère des émeutiers.
M. Raimbault essaya néanmoins de tenter encore une fois de se faire exempter des lois de la conscription, à titre d'étudiant en médecine, mais il n'avait pas rempli régulièrement les formes légales d'examen et de brevet requises en pareil cas. Il fut donc obligé de marcher et de prendre du service. C’était pour lui le fluctus decumanus, la dixième vague, l’excès de l’infortune.
D'ailleurs, il fallait donner le bon exemple, et les circon-
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stances n'offraient aucun espoir d'une position plus riante. On ne pouvait pas espérer que l'autorité adoucirait le sort des amis de la religion dont la loyauté était le crime irrémissible, Les républicains, en colonnes mobiles, parcouraient les campagnes, el répandaient partoul l'effroi. QI faudrait avoir vécu à cetle époque odieuse, disait ce bon prêtre, pour comprendre les transes des fidèles. On aurait été témoin alors de la fermeté de la foi, et de la vivacité du sentiment religieux des vrais catholiques, au milieu des difficultés de toute espèce qu'on leur suscilait. »
La haine des rév ‘lutionnaires ne gardait, en effet, aucune mesure. Ils croyaient, les malheureux, que le meilleur moyen d'arriver à leæ but était d’accabler de mauvais traitements les fidèles enfants de l'Eglise qui refusaient d'entrer dans leurs vues ; et, s'ils restaient indociles à leurs ordres, ils les exterminaient sans merci. I] semble que la Providence ait voulu récompenser plus lard tant d'abnégation, tant de soumission à une loi inique de la part de notre jeune ecclésiastique. Cédant à la force il se laissa enrégimenter et sut se montrer toujours paisible, docile et obligeant ; puis, au moment où il croyait prendre rang parmi les mousquetaires, on le nomma assistantchirurgien, en récompense de son obéissance à ses chefs, sans: qu’il en eut été prévenu en aucune façon.
C'est le 6 octobre 1793, que M. l'abbé Raimbault partit d'Orléans, après avoir visité, pour la dernière fois, la belle église de Sainte-Croix, qui est la cathédrale de cette ville, puis Ja gracieuse église gothique de Saint-Aignan. I laissa sa famille dans la désolation, emportant néanmoins les encouragements et les bénédiclions de ses bons parents qu'il ne pensait plus revoir.
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On doit admirer dans ce jeune évite, In force d'âme qui lui Gt prendre la résolution, dans un âge encore peu avancé, de quitler ses proches, sea amis, aa patrie, pour rester fidèle au devoir, La fermeté de sos vertueux parents contribua beancoup à le soutenir, disait 1 leur exprima ses molifs de confiance entière et de soumission parfaite à la volonté divine, et si lui eut été possible de Le faire iagrait abandonné pour toujours cette terre de désolation où on ne pouvait plus impuaément se donner au service de Dien,
Bevôtu d'un costume bleu ciel, à parements de veloure noir et à galons jaunes, coiffé d'un chapeau à la Henri IV, décoré d'un plumet rouge el noir, notre jeune chirurgien se met à l'œuvre, avant même de se mettre en warehe, Hfait des pansements à Fhôpial militaire, rend service aux malades et aux blossés, se dévoue avec une générosité toute chrétienne au soin des infirmes, se sacrifie bien des fois avec zèle, pour leur procurer, dans ces jours difficiles, lee consolations de la religion. 1 montra dans cet emploi une charité digne de tort dloge, Le dénuement des soldats, les rigueurs du service, la séverté des tribunaux mulhpliaient les malades et les bles- <és aux ambulances, aux prisons, aux hôpitaux et partout. Dieu, voulant ehâlier la France, ne permit pas, toutefois, que tous ses serviteurs fussent immolés. En bien grand nombre, ilest vrai, furent sacrifiés, sans doute pour édifier et pour soutenir les autres,
M. Raimbaull reçut ordre de se rendre à Paris pour Y joindre son régiment. C'est encore aux hôpitaux et aux ame bulanees qu'on le trouvait depuis son départ d'Orléans. Bon nombre de ces troupiers, que la fatigue, le chagrin, la misère, le régime auquel tls étaient soumis, et d'autres causes, conduisaient à l'hôpital, avaient négligé plus où moins les devoirs de la religion. Chez les uns, elle reprenait son empire dès qu'ils se voyaient privés des jouissances de la vie de famille et dans le malheur; d'autresparaissaient exaspérés, et faisaientmontre d'une fareur qui n'était bien sonvent que factice.
Des privations de toutes espèces, des fatigues journalicres
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