‹ Etude biographique, M. Jean Raimbault [microforme]Chapitre 5 sur 21 · RS PAST · texte numérisé non relu

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et bien prolongées, voilh le pain journalier de nos jonvenceanx, aflublés du costume militaire, et faisant route sur Paris, Ces Mcheuses circonstances multiplinient el prolongenient les tapes. A tous, Pargent fnisnit défaut; mais M. Raimbanit et les quelques amis qu'ilavait duns son régiment se montraient toujours au milieu d'eux calmes et pleins de résignation.

Arrivé à Paris, il alla trouver son frère aîné, alors employé chez un marchand de vin, homme fort poli, qui s'empresen de Jui faire visite à l'hôtel où son frère l'avait installé. Ce brave homme était animé d'un excellent esprit, 1 ne manifesta même aucune défiance dans un temps où elle aurait été surtout si excusable.

Un jour, M, Raimbault alla, par curiosité, avec son frère, au club des jacobins, où l'anarchie centralisée siégeait en permanence et multipliait sans cesse les moyens d'activer la haine du peuple contre le roi, Fordre et les lois. Fly vit l'insolence des manières s'allier aux dépits de la baine qui avait couvert la France d'assassins. Les propos des clubistes étaient échevelés, violents, cruels, et leurs manières barbares et viles au suprême degré,

Un jour, un gendarme ni demanda le billet où passeport dont il fallait être rigoureusement munten toute circonstance. M. Haimbault n'en avait pas. Alors l'agent de la force publique, comprenant son embarras, se montra terrible en paroles et furieux enapparence ; mais, loin d'être méchant au fond, il voulait, sous un dehors brusque, cacher son désir de sauver autant de personnes qu'il le pourrait.

Le gendarme, pour s'en débarrasser, prit le parti de l'écon duire violemment plutôt que de le dénoncer. 1 parut ensuite gourmander ses aides parce qu'on l'avait laissé échapper, disait-il, contre son gré. Sans doute, la haine n'avait pas éteint Loute générosité dans cette âme. était évident que ce portier faisait là un métier qui allait peu à sa nature,

Cependant, M. Raimbault dut se mettre en marche avec son régiment partant pour la Belgique. 1 n'y avait pas moyen de se soustraire à la rigueur de Ja loi. La consigne était sévère ;

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elle ne laissait aucune chance d'évasion, Partout des visites domiciliaires, faites avec de grandes démonstrations de sévérité, partout des plaintes de gens molestés à outrance par des pillards, qui, au nom de la loi, exerçaient une odieuse tyran nie sur loutes les classes du peuple. Partout, sur leur passage, ils trouvaient une pupulation scindée en deux ou trois partis, agitée, passionnée, fanatisée, D'un côté, l'alarme, la stupeur, et, de l'autre, le désordre et la soif du sang.

M. Raimbault, malgré ses répugnances, s'était mis en devoir d'obéir. Grâces aux lettres du bon docteur LaTour et aux protections que celui-ci avait pu ménager à son élève, on lui accorda d'abord assez de latitude ; mais il fallut suivre les marches, se conformer à la discipline, alors inexorable, et se faire à la vie des camps qui ne laissait d'ordinaire que peu de moments à consacrer aux exercices religieux. Il ne rencontrait que des étrangers sur la route et des inconnus dans le régiment ; et personne ne voulait d’ailleurs s’exposer en portant à autrui des marques de sympathie. On eût dit que, dans ces jours de deuil, toute l'énergie était concentrée dans l'âme des méchants !

Tous les jours le danger semblait revêtir des formes nouvelles. Il fallait chaque soir se procurer un gite, n'importe ce qu'il fût. Nos troupiers couchaient dans des greniers à foin, ou dans d’autres bâtisses séparées de la maison principale, d’où 1ls auraient peut-être pu se sauver sans compromettre les gens du logis ; mais ils ne se connaissaient pas encore, ils se méfiaicnt les uns des autres. Parfois, des mâsures, des meules de paille leur servaient aussi d'asile et de lieu de repos. Mais ils étaient sans linges, manquant de tout et livrés aux tristes pensées que leur inspirait leur avenir, Leur position était bien précaire et ils le sentaient vivement. Sans cesse exposés au caprice d’espions nombreux et malicieux, ils apprenaient tous les jours les nouveaux triomphes de l’impiété sur la religion. Nos jeunes soldats se bornaient à se consoler mutuellement, encore ne le faisaient-ils qu'à demi mot. Les dangers conti-

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Après avoir traversé les plaines de la Champagne et cotoyé quelque temps la Meuse, on arriva sur les confins de Mésières, où le séjour, toutefois, ne fut pas long; mais là, notre bon chirurgien conçut le projet de s'associer quelqu'un pour etfectuer son évasion. Il s'en ouvrit d'abord au jeune Fournier, dont il connaissait les tendances et le bon esprit, ce fut néanmoins avec beaucoup de réserve, car ce dernier était vif, léger et fort pétulant.

Bientôt le régiment arriva aux environs de Philippeville, place forte, sise sur une riante colline, dans la province de Namur, en Belgique. On était au 15 janvier 1794. Mais n’anticipons point,

M. Fournier était, comme on le voit, dans le mème régiment que M. Raimbault. Ilavailété élève de philosophie et répétiteur d'une classe élevée, Il nous revient, d'anciens amis du vieux curé, qu'il avait étudié la théologie sous la direction des messieurs de Saint-Sulpice, à Orléans. M. Fournier avait d'excellentes dispositions pour l'étude, et, sans détour aucun, il annonçait à tous, quand l'occasion s'en présentait, malgré les jours orageux et difficiles que l’Eglise traversait, qu'il voulait être prêtre. Comme il était pourvoyeur dans le régiment, et qu'il lui était facile de rencontrer son compatriote, M. Raimbault, et d'aller et venir en tous sens, celui-ci lui fit part, en Jui parlant latin, de son projet d'évasion et du dessein qu’il avait de l’associer à ce projet. Voilà que le naïf pourvoyeur à son tour s’en va parlant latin, sans égard aux soupçons qu'il peut faire naîlre contre son camarade et contre lui-même, soupçons qui auraient pu avoir les plus graves conséquences. Toujours est-il que M. Raimbault réussit enfin à se concerter avec lui pour déserter. Ils s’associèrent mème un troisième camarade, dont le nom nous échappe, mais qui partageait bien leurs sentiments, et ne manifeslait aucune crainte de mourir, disant qu’il se réjouissait de risquer sa vie au service d’une bonne cause.

Dans la nuit du 24 décembre 1793, sous prétexte d'aller à la messe de minuit, nos jeunes amis tentérent de s'éloigner et d'effectuer leur évasion ; mais n'ayant trouvé aucune issue possible, ils revinrent au camp avant d'avoir éveillé les soupcons, évitant, par là, de s'attirer les plus grandes rigueurs. Grand avait été leur désappointement, Cependant, comme ils sortaient souvent et que leurs absences étaient parfois prolongées, grâce à leur position dans le régiment, ils réussirent, sans créer d'ombrage, à ourdir un nouveau plan d'évasion. M. Raimbault était prudent, mais aciif, courageux, et, surtout, fort circonspect, 1 fut plus d'une fois utile à ses compagnons d’infortune en cette circonstance si décisive, Son air franc, loval et décidé, les tira d'embarras dans des occasions bien périlleuses, et son sang-froid les favorisa et les protégea souvent contre les malveillants,

C'estle 26 décembre, deux jours seulement après avoir manqué leur but, que M. Raimbault et ses jeunes associés partirent de nouveau, disposés, cette fois, à tout risquer, pour s'éloigner du régiment, Is se rendirent nuitamment, et lout d'un trait, à un village situé sur les confins de la province de Liége. [ls tentèrent, le lendemain, d'aller plus loin et de se rendre par de bonnes routes, dans un lieu plus sûr, lorsque, vers le soir, ils rencontrèrent sur leur route une église dans laquelle ils se décidèrent à entrer, Ils y trouvèrent effacé à l'extérieur à peu près tout ce qui pouvait rappeler le souvenir de la religion, En effet, la première entrée des Français en Belgique, en novembre 1792, avait été marquée par le pillage et la dévastalion, On s'était fait gloire d’insulter aux affections et aux habitudes de ce peuple religieux. Les exactions, les

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emprunts forcés avaient exaspéré le peuple ; la cupidité la plus effrénée avait souillé les églises par d'horribles sacriléges.

Presque partout les temples étaient fermés, et plusieurs d'entre eux avaient même été entièrement dévastés. Grande fut donc la surprise de nos jeunes fugitifs, en constatant que l'intérieur. de l’ég'ise où ils se trouvaient avail été épargnée ! ils devaient s'étonner, en effet, que les mairis sacriléges, qui avaient saccagé lent d'églises, cussent oublié cee-ci, partant si modeste,

Cette église étant isolée, et même d’an accès assez difficile, en dehors de la g'ande route, et peu fréquentée, c'est probablementt pour cela qu'on n'avait pas cru devoir l’hotiorer aussi largement de la persécution et des dévastations qu'on avait infligées à beaucoup d’autres plus considérables ct plus imporlantes,

La nuit couvrait ordinairement leur marche, Ce jour-là, cependant, ils s'étaient mis en route plus à bonne heure. C'est au jour tombant qu'ils entrèrent dans ce modeste sanctuaire. On y chantait un salut au Saint-Sacrement. C'était déjà pour eux une grande consolation, Leur présence, leur costume surtout, créèrent quelque sensation parmi les rares assistants. N'oublions pas qu'à cetle époque, on violentait les censcieneus et que Fou punissait sévèrement les actes publics et les pratiques extérieures de religion. Heureusement, l'attitude de nos jeunes militaires donna bientôt les meilleures assurances à ces bons chrétiens.

Quoi qu’'i en soit, le prètre officiant leur parut pieux et réservé. Comme la plupart des églises étaient desservies par des intrus, exceplé quelques ehapelles ou petites églises rurales peu considérées, nos jeunes couscrits se consultèrent avant d'aller s'ouvrir à kui. Ils connaissaient les peines sévères que les lois sanguiuaires de l'époque portaient contre eux, et comme enfants fanatiques de l'Eglise, et plus encore comme déserteurs de Ja cause de la révolution.

Enfin, ils se décidèrent à l'aller trouver à la sacristie, et à

lui parler de leur position. Depuis que les pieuses solennités du culte catholique avaient fait place à des fêtes publiques, dérisoires et païennes, personne n'osait se fier à un ami, voire même à un parent. Nos jeunes militaires connaissaient bien les conséquences auxquelles ilss’exposaient, mais ilsse crurent en sûrelé avec un prêtre, et leur espérance ne fut pas déçue.

Le ministre de Dieu montra d'abord quelque défiance vis-àvis ces inconnus. Certes, leur costume militaire et leur qualité de fugitifs ne les recommandaient guères à une personne surveillée incessamment. Il refusa d’abord d’accéder à leurs vues. N'oublions pas que c'était un crime, à cette époque, de recueillir des suspects dans sa maison. Il fallait détruire un injuste soupçon. M. Raimbault s'empressa donc de, présenter ses excuses et de traiter l’homme de Dieu avec tous les égards dùs à son caractère, et avec la réserve que commandait sa condition.

Sa grande délicatesse de conscience ne lui permit pas d’user de détour pour attirer la compassion.

Le fréquent passage des troupes, la rigueur des peines portées contre ceux qui donnaient asile aux insermentés, gênaient le ministre de la religion, et sa contrainte était bien visible. 1] leur fit part de ses motifs de crainte. Les patrouilles des républicains, les allées et venues des eolonnes mobiles, les visités domiciliaires l'inquiétaient. D'ailleurs, ajoutait-il, les traîtres prennent toutes les formes pour inculper les royalistes, les gens d'église et tous ceux qui ne sont pas les partisans de leurs idées révolutionnaires. Cependant, voyant qu'ils tenaient fermes, il ne leur cacha pas ses sympathies pour eux, sympathies bien légitimes entrecompatriotes, et surtout entre enfants soumis et dévoués à l'Eglise.

C’est alors qu'ils lui avouèrent qu'ils étarent engagés dans l'état ecc'ésiastique et qu'ils voulaient observer les lois de l’Eglise, malgré toutes les vexations auxquelles les bons ecclésiastiques étaient soumis par l'autorité du jour, non-seulement molle, mais outrageante autant qu'elle était injuste,

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Le bon prêtre fut édifié de leur piété. 11 les accueillit enfin dans sa maison où ils reçurent l’hospitalité la plus -cordiale. Son attachement à la foi était sincère. Ils trouvèrent en lui un consolateur qui les fortifia dans les épreuves :qu'ils avaient à supporter. Illeur promit un guide pour le lendemain et mit à leur disposition quelques provisions, les exemptant par là de solliciter l’aide de gens qui auraient pu les dénoncer.

Cet acte charitable était fort louable, surtout dans un temps où il était assez difficile de se procurer du pain, vù le grand: nombre ‘de bras enlevés à l’agriculture et les accaparements faits dans les campagnes pour te soutien des troupes. L'excellent abbé, après les avoir fait conduire pour la nuit dans un grenier, alla lui-même y passer quelques heures en leur compagnie, et ne se sépara d'eux que pour leur laisser prendre le repos que réclamaient leurs membres fatigués d'une aussi longue marche. Pendant ces heures agitées, ils conversèrent de matières spirituelles, s’occupant de réflexions sérieuses ; et le bon prêtre répétait de temps à autre: ‘«« C'est toujours un bonheur de souffrir pour la religion ! »

I fut décidé que nos fugitifs entreraient dans la Belgique par la province de Liége, afin d'éviter les piquets qui couvraient la marche du régiment sur Bruxelles, et de dépister es gendarmes qu'on ne manquerait pas de mettre à leur poursuite. On était sous l'impression qu’on serait plus en sûreté du côté de Liege, à l’ouest, et que d’ailleurs les armées républicaines ne pourraient, de longtemps, reprendre leur marche sur Bruxeiles.

Le lendemain, leur respectable hôte les fit échapper de grand matin, par une porte dérobée de son jardin. Ils prirent un sentier qui les conduisit au loin. Alertes et dispos, ils réussirent à tromper la vigilance des gardes en prenant toutes les précautions que la prudence exigeait dans ces circonstances difficiles. En effet, les dénonciateurs montraient une activité infatigable. La délation était encouragée et récompensée partout. Les nombreuses exécutions qui avaient lieu dans les

départements rendaient tout le monde défiant, et commandaient la prudence. Cet acte de charité de la part du bon prètre était d'autant plus précieux pour nos fugitifs que leur protecteur avait tout à craindre de la part des pro-consuls faronches et barbares dont la France était alors couverte, et qui avaient partout des sbires aux aguets.

S'étant éloignés dans la campagne, à quelques milles de distance, en arrière du toit hospitalier du prêtre charitable qu'ils venaient de quitter, ils rencontrèrent un cavalier hongrois qui les surprit sur la grande route avant qu'ils eussent pu se concerter sur le moyen de s'échapper. 11 les fit passer sous son mousquet, assaisonnant cette cérémonie de paroles violentes et dites avec fracas, mais qu'ils ne purent comprendre. Malgré ces grandes démonstralions, Jeur alarme se borna à. Ce fut bien une petite humiliation pour des militaires français ; mais ceux-ci respectaient avaut tout les lois de l'Eglise. D'ailleurs, ils trouvèrent plus prudent de mettre de côté toute susceptibilité que d'attirer l'attention. Leur rencontre n’eût pas d'autre suile,

Il leur restait, cependant, plusieurs jours de marche à faire; encore ne devaient-ils, le plus souvent, s’avancer qu'à la faveur des ténèbres, prendre les voies les moins fréquentées, et ne négliger aucune de ces précautions qui gèrent la marche et la ralentissent dans un temps où tout, néanmoins, les pressait de l'activer.

Arrivé à Liége, M. Raimbault voulut satisfaire sa dévotion envers le Saint-Sacrement. I] allafs’agenouiller plusieurs fois dans l’église de Saint-Martin, où la vierge de Rétines (sainte Julienne) avaient prié si souvent. Puis, nos jeunes séminaristes durent alvrs reprendre le métier de fugilif avec ses dangers et ses faligues. Il leur fallut bientôt se procurer un guide pour les diriger dans leur course à travers un pays étranger. Le plus difficile était d'en trouver un qui fût prudent, discret et dévoué,

Cependant, il faut l'avouer, les difficultés s’aplanissaient. Dans ces jours de terreur on vit des exemples de vertu héroïque

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de la part même des gens étrangers à notre culte. Pour le moment encore, linges, vêlements, nourriture, iout leur manquail. Epuisés par des marches et par un genre de vie auquel ils n'étaient pas faits, l'exil pesait de tout son poids sur les esprits des jeunes fugitifs.

Hs ne se découragèrent pas,

1 fallut se cotiser pour payer le guide et pour se procurer les moyens de continuer leur route. L'un donne des assignats, papier-monnaie que l’Assemblée constituante avail créé, et que le geuvernement, pressé par des nécessités croissantes, avait soudainement multiplié. Malgré des lois implacables pour faire accréditer ce signe des valeurs, ce papier n'élait pas accepté, même en France, car où n'avait pas confiance dans le crédit ni dans la sincérité du gouvernement. On conçoit qu'il était bien autrement déprécié en Belgique.

M. Raimbault donna son étui de lancette qui valait environ vingt francs. Le troisième livra tout ce qu’il lui restait de ses assignats. D'unesomme deeinq cents francs, valeur de France, ils ne retirèrent que soixante francs en espèces sonnantes. Mais qu'étaient ces petits sacrifices devant ceux plus multipliés et plus grands, que les circonstances exigeaient des confesseurs de la foi Ÿ

Nos jeunes militaires ne se montrèrent pas abattus pour tout cela. Tous ces échanges, ces arrangements, se firent à la hâte. Il y avait encore probablement, auprès d'eux, des émissaires occultes et des bandes qui parcouraient les villes et les campagnes, et qui y répandaient mille bruits alarmants. Il fallait donc hâter le pas et s’avancer dans l'intérieur du pays.

Sans espoir de secours, ayant à peine les vêtements nécessaires, demandant chaque soir asile à des toits différents, nos jeunes amis n’eurent bien souvent d'autre retraite que les haies et les broussailles. Le danger de se compromettre, les rendait timides et craintifs. Ils ne pouvaient, néanmoins, s'empêcher d'admirer le dévouement avec lequel, en pays étranger, les catholiques et les non-catholiques recvvaient les

exilés. Tantôt, en effet, on les accompagnent dans leurs courses nocturnes, tantôt on venait avec empressement andevant de leurs besoins ; on leur signalait les obstacles à redonter ; on les aidait avee une bienveillance tonchante qui indiquait, que, malgré les persécutions, la foi et la piété s'éaient conservées d'une manière vraiment étonnante dans ce pays.

De Liége, ti fallut se rendre à Bruxelles, et ce me fut que vingt-deux jours après avoir laissé le régiment qu'ils y arrivôrent, le #7 janvier 1794, Nos jeunvs exilés y furent accueillis avec une tendre bienveillamce au Séminaire fondé en cette ville par qualorre évèques émigrés.

Là se trouvait aussi bon nombre de prêtres français qui tournaient leurs regards vers la patrie. La faction (yrannique qui pesait sur la France les avait forcés de s'éloigner de leurs troupeaux. Ces hommes, habiles dans les langues et dans les lettres, s'étaient réunis pour former aux sciences et à la sagesse une foule de jeunes gens confiés à leur sollicitude,

C'est à que M. Raimbault fit la connaissance du Rév. Père de Rosaven, plus tard assistant-général de la Compagnie de Jésus, à Rome, mort il y a déjà quelques années. Il se rencontra encore avec ce personnage en Allemagne et plus tard à Londres, où ils se visitaient souvent,

L'orage devenait, cependant, plus menaçant. I fallut bientôt, lorsque les armées républicaines portèrent de nouveau la désolation dans celle contrée, chercher un asile plus éloigné du théâtre de la guerre. A l'approche des armées françaises, qui envahissaient encore une fois la Belgique (au mois de juillet 1794), on dut songer à émigrer (a).

(a) Après la première mvasion de la Belgique par les Français, en 1792, la Convention avait déjà, par divers déerets, prononcé la réunion de plusieurs provinces et territoires de la Belgique à la France ; mais les troupes francaises en ayant été chassées peu après, ces décrets étaient restés sans effet. La seconde invasion (en 1794) fut plus durable... On ne tarda pas à introduire en Belgique les violences et les folies qui caractérisaient alors le gouvernement républicain en France, —Prcor, Mémoires pour servir à !'listaire Ecelésiastique, etc. Tome VI, page 470.

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