‹ Etude biographique, M. Jean Raimbault [microforme]Chapitre 8 sur 21 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Muni des lettres les plus flatteuses, appuyé de recommanda: tions nombreuses et puissantes, M. Raimbault quitta Londres, le 12 mai 1795, pour s’embarquer à Portsmouth. JIlne put néanmoins partir que le premier juin, et n’arriva à Québec que le six juillet. Dans la traversée, qui fut assez pénible, le jeune abbé fut traité avec beaucoup d’égards. Toute sa vie, il a conservé un touchant souvenir de M. Morrogh, de sa libéralité et des bontés dont il avait été l'objet de sa part.

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née précédente (a), alors vicaire de la paroisse de Notre-Dame de Québec, l’alla visiter à bord du vaisseau anglais, dès qu'il eût appris qu'un ecclésiastique français élait au nombre de ses passagers. |

Un jeune étudiant au Séminaire de Québec, M. Louis Ranvoyzé, plus tard notaire à Sainte-Anne de Beaupré, l’accompagnait. M. Raimbault cru voir en lui un jeune militaire. Son costume, l'antique capot bleu, lui plut parce qu'il était modeste et décent ; plus tard, il l’honora singulièrement cet habit, soit en le faisant respecter aux élèves du Séminaire de Nicolet, soit en le fournissant de sa bourse à plusieurs d'entre eux, trop pauvres pour se le procurer ou pour le renouveler à temps.

M. l'abbé Raimbault fut conduit au séminaire de Québec. Il fut reçu dans cette vénérable maison avec le respect dû au dévouement. On lui eût bientôt fait oublier l'ancienne France, s’il lui eût été possible d'oublier sa patrie.

A Québec, les esprits et les cœurs étaient péniblement affectés en apprenant les rigueurs et les mauvais traitements infligés en France, aux prêtres du Seigneur. On tâchait de consoler les illustres proscrits, qui atteignaient le port, du chagrin profond qu’ils éprouvaient naturellement, eux qui avaient connu l’aisance et les douceurs de la société, et qui se trouvaient exilés sur un autre continent, dans le dénûment le plus absolu, loin de leurs parents, de leurs amis et de leur troupeau perverti ou égaré. Tous ces hommes sensibles et généreux étaient affligés d’avoir à déplorer en même temps la perte de leur roi et les crimes de leur patrie.

M. Raimbault raconta les malheurs et les calamités de l’Eglisé gallicane, les abaissements de sa patrie, les infortunes

(a) Né à Beaugency, le 19 mars 1766, département du Loiret ; décédé à l'Hôtel-Dieu de Québec, le 31 août 1848, à l’âge de 82 ans et quelques mois. Il avait près de soixante ans de prétrise. Il était frère de M. Phiiippe- Jean-Louis Desjardins, vicaire-général de Monseigneur l'Evêque de Québec.

des familles puissantes et sespropres afflictions. D'autres vieux prêtres, bannis ou persécutés, en baine de la foi, l'entouraient et le pressaient de questions. Les confidences provoquaient les confidences. L’émotion, bien des fois, alla jusqu’à l'attendrissement et jusqu'aux larmes. Les prêtres, groupés autour de lui, écoutaient avidement le jeune lévite racontant les combats, les lutles des enfants de l'Eglise, la honte de la France livrée aux utopistes. et dirigée par les élèves de Rousseau, et des autres bateleurs du siècle qu’on a appelés philosophes. La pensée s'arrête en effet avec effroi sur les scènes dégoùtantes des anarchistes, les trames odieuses des impies, la conduite atroce des brigands impurs, des scélérats altroupés qui, sous le nom de patriotes, dirigeaient et activaient le pillage, le meurtre et l’iniquité, et qui répandaient partout la terreur à la lueur des bûüchers. Le jeune abbé leur apprit et leur rappela les actes de ces charlatans,de ces dissertateurs chimériques et insolents, qui ont légué à la postérité le souvenir de leurs révoltants excès et des ignobles complois auxquels ils s'étaient associés, de ces prétendus réformateurs, couverts de crimes et de sang, qui avaient assumé sans pudeur et par violence la direction des affaires de l’Elal.

On écoutait ces récits avec d'autant plus d'intérêt que Jes journaux européens ne pénétraient pas dans notre colonie à cette époque, et que ceux qui y étaient publiés avaient pour consigne de ne reproduire que peu de ces matières propres à intéresser les descendants des Français el des cœurs catholiques. |

M. Desjardins avait connu M. Raimbault à Orléans et à Beaugency, jolie petite ville, située au fond d’un vallon qui borde la Loire, où ce dernier avait été, à diverses reprises, avec ses amis, visiter les antiquités, entre autres la tour de Beaugency, le grand pont et les autres merveilles que les curieux revoient encore avec intérêt. Il l'avait dans une autre occasion interrogé publiquement. C’était à des examens annuels au collége d'Orléans ; aussi le reconnut-il dès son arrivée à Québec, et

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se hâta-t-il de l'introduire à l'Evêque Diocésain, Monseigneur Hubert, et au clerge de la ville. Ille présenta avec empressement à Monseigneur Pierre Denaut, Evêque de Canathe, qui faisait sa résidence ordinaire à Longueuil, mais qui, en ce moment, arrivait à Québec pour y prêter le serment d'office comme coadjuteur de l'Evêque. Cet illustre prélat honora M. Raimbault de la confiance la plus entière. Il respectait en Ini l'étranger, le persécuté par la haine des ennemis du Christ, l'homme dévoué qui avait souffert pour conserver la pureté de la foi. De son côté, le jeune abbé.se montra digne de la cause qu'il avait si généreusement embrassée.

Cependant, cet homme dévoué n'avait pas souffert les rigueurs de l'exil et les tribulations de toutes sortës auxquelles il avail été exposé pour consentir à rester cisifsur la terre étrangère. Il désirait quelque emploi. Toujours mod:s'e, il attendit l'heure avec patience ; et, tonjours réservé, il se montra néanmoins co"stamment prêt à l’action. Les convulsions politiques qu'avait subies son pays n'avaient pas pu le détourner de sa vocation au sacerdoce ; malgré les dangers continuels auxquels il avait élé exposé, il y fut toujours fidèle. Aussi, que le dédommagements l'attendaient...........….

Monseigneur lEvêque de Canathe amena M. Raimbault à Longueuil, afin de le préparer aux saints ordres, et le reçut et le traita comme son hôte pendant plusieurs mois. Il avait une haute idée de sa vertu ; aussi, ce jeune abbé vivait-il de la manière la plus édifiante. D'ailleurs, M. Raïmbault s’acquit bientôt l'estime générale par ses lumières, par ses talents, et surtout par sa grande modestie, remarquable en toute occasion. Pensif, mélancolique, où plutôt recueilli, il aimait le silence et ne pouvait se lasser de remercier le ciel de toutes les faveurs dont il avait été l’objet,

Le 19 juillet 1795, M. Raimbault reçut les ordres mineurs et le sous-diaconat dans l'église paroissiale de Longueuil ; et, sur l'avis des Supérieurs, il continua, dans la retraite, à se préparer aux autres ordres.

Le 25 du même mois, M. Raimbaull fut fait diacre, et le lendemain, il fut élevé à la dignité du sacerdoce. C'était le jour où l'Eglise célèbre la fête de sainte Anne, pour laquelle il eut toujours une singulière dévotion.

Quelles suaves émotions dût éprouver, en ce jour solennel, cé prêtre fervent, généreux et persévérant, lorsqu'il reçut les dons de Dieu avec l'imposition des mains du Pontife ! Quels doux sentiments durent agiter son cœur tout pénétré de la grandeur du sacerdoce ! Il comprenait son bonheur et sa gloire en devenant le ministre de celui à qui appartient le ciel des cieux. (Ps. 113, v. 25.) Tantôt il appelle les plus amples bénédictions du Seigneur sur les œuvres qu'il va entreprendre, tantôt 4! remercie Dieu qui l'a retiré des tribulations, et qui a mis fin à ses épreuves, le priant d’étre son protecteur et son refuge. (Ps. 4, v. 1.) Que de fois, dans la ferveur de son âme, il renouvelle les protestations de persévérer pieusement dans l'amour de la Sainte Eglise de Dieu qu il était enfin oppelé à servir d’une manière plus active,

M. l’abhé Raimbault fut le premier prêtre auquel Mon-eigneur Denaut imposa les mains. Ce prélat, si juste appréciateur du mérite, l'honorait d’une affection païticulière, et se plaisait à l’admettre, pendant son séjour à Longueuil, dans sa sociélé, composée des prêtres les plus instruits et les plus réguliers. Parmi eux, M. Raiïmbault ne paraissait pas étranger.

L'abbé Périnault, jeune prètre canadien, ordonné en 1794, alors vicaire à Longueuil, eut l'avantage de faire, dans l'été de 1795, une pelite excursion dans la Rivière Chambly avec M. Raimbaull, auquel le gracienx Evêque avait accordé quelques semaines de vacances, afin qu'il pût se remettre de ses fatigurs. M. Périnault avait lui-même voyagé en France. Il avait aussi séjourné quelque temps à Tours, chez un oncle qui prenait soin de son éducation, et avait réussi à s'échapper de la France au commencement des profanations de l'impiété, quand les iyrans eurent inauguré leur œuvre de sang. Ce bon prêtre

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ne pouvait pas se rappeler, sans émotions, qu'il s'était trouvé à Paris le jour que le pieux roi Louis XVI fut décapité (a). Ces souvenirs contrastaient singulièrement avec les beautés et le calme des campagnes qu’ils traversaient. Partout, sur la route, coups d'œil ravissants, aspects enchanteurs, sites pittoresques, bocages touffus, fraîche verdure, vergers riches et nombreux, paysage romantique et varié, tout enfin portait ces deux jeunes prêtres à bénir le Seigneur qui leur avait réservé de si nombreuses et de si douces jouissances,

M. Raimbault fut, quelque temps après, placé au Séminaire de Québec, d’abord à litre de professeur. Il se livra à l’enseignement autant par devoir que par inclination. Il y mit cette application, celte palience avec laquelle il faisait toute chose, et sentait son zèle augmenter au contact des hommes érudits dans la compagnie desquels il vivait, et au souvenir des bontés des MM. du Séminaire, qui lui conseillaient toute espèce de ménagement, car ils voyaient que sa santé, affaiblie par le climat, menaçait de lui faire entièrement défaut. Et comment ce bon ecclésiastique se serait-il accordé quelque repos, au milieu de prêtres si actifs, dans une maison où, de tout lemps, on se dévoue sans trève ni relâche ? Aujourd'hui encore, on sait si les directeurs de cet ancien établissement sont, fidèles aux austères traditions de la maison.

La chambre de M. Raimbault était voisine de l’ancienne bibliothèque, dont les appartements ont été, après bien des années, convertis en chambres pour MM. les étrangers, au-

{a) Lundi, 21 jahvier 1793.

dessus des appartements du Supérieur. Il avait pour voisin, en face, M. le grand-vicaire Desjardins (a).

Les prêtres du Séminaire étaient alors en bien petit nombre, mais ils se mullipliaient pour répondre aux devoirs qui leur élaient dévolus. Malgré le modique revenu annuel de leur maison, et les réparations que nécessitaient les dépendances, bien détériorées par suite des malheurs de la guerre, ils exerçaient toujours l'hospitalité la plus cordiale,

Le supérieur, M. Antoine Bernardin Robert, canadien de naissance, avait fail au jeune étranger l'accueil flatteur que Jui méritaient ses épreuves, son Caractère doux et aimable, sa prudence et sa modestie (b).

Il y avait alors au Séminaire de Québec, M. J. B. Lahaille, originaire de Tarbes, diocèse d'Acqs, Département des Hautes Pyrénées (ce), et M. Henri Gravé, directeur du Grand Séminaire, vicaire-général du diocèse, comme lui français d'origine (d).

(a) M. Philippe-Jean-Louis Desjardins arriva en cette colonie en mars 1793, et repassa en France au mois de novembre 1802. 11 mourut à Paris, au mois d'octobre 1833.

(b) M. Ant. Bernardin Robert de la Pommeraye, supérieur du Séminaire de Québec, fut longtemps professeur de théologie, après avoir enseigné avec succès les mathématiques et l'astronomie, sciences dans lesquelles il se montra très-habile. Après avoir pris une part importante dans les affaires du diocèse, pendant les vingt-cinq années qui suivirent sa promotion au sacerdoce, il finit ses jours dans la retraite à un âge très-avancé. IL mourut à l'Hôpital-Général de Québec, le 11 de janvier 1826. 1] avait été ordonné prêtre le 20 octobre 1782. Sa carrière fut une des mieux remplies. Quoique nourri d’études solides, il ne se passait pas de jours sans qu'il fortifiät son esprit de lectures, de recherches et d'études. Professeur de théologie, à un àge où d'ordinaire ceux qui y atteignent recherchent le repos, le modeste Graud-Vicaire, entouré des jeunes aspirants au sacerdoce, les. intéressait par des développements nombreux, pleins de variété, de pensées utiles, de suggestions, de détails et d’appréciations heureuses. C'etait un homme estimable à bien des titres, quoique son extérieur annonçât beaucoup de sévérité,

{e) M. Lahaille est mort à l'Hôpital-Général de Québec, mercredi, le 24 mai 1809.

(d) M. Henri-François Gravé, Vicaire-Général, Supérieur du Séminaire de Québec, mourut en cette ville, le 4 février 1802, à 72 ans. Les lignes sui-

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présentaient ; mais à M. Raimbault, que ses malheurs recommandaient, comme d'autres exilés qui, dé temps à autre, y arrivaient, ils firent toutes sortes d'offres de service. C'est que de tout temps, en celte sainte maison, on a su honorer eut: qui servent la cause de la religion. D'ailleurs, comme on l'a déjà remarqué, les talents et les infortunes de M. Raimbault inspiraient partout de l'intérêt. Ses goûts littéraires, ses habitudes médilatives, ses aptitudes pour les beaux-arts lui méritèrent bientôt des liaisons intimes et prolongées avec M, Desjardins, vicaire-général de l'Evêque de Québec, qui donnait alors aux élèves du Grand Séminaire des leçons de théologie et d'écriture sainte. Ces deux amis des lettres, qu'une heureuse conformilé de caractère et des épreuves communes réunissaient, étaient bien dignes l’un de l'autre. Is disaient ensemble chaque soir l'office divin, puis lisaient les livres sicrés. Homère avait ensuite son tour, il en fallait traduire quelques pages; et, après quelques instants de conversation, on se séparait, Ces détails suffisent pour attester les prédilections liliéraires et religieuses de ces deux vertueux ecclésiastiques.

Un autre excellent prêtre français était aussi attaché, à cette époque, au Séminaire de Québec, en qualité de professeur, C'était M. Jean-Baptiste-Marie Castanet, homme aimable, et surtout fort érudit, arrivé à Québec au mois de juin 1794, et qui mourut quatre ans après. M. l'abbé Raimbault avait une

vantes, que nous aimons à reproduire, feront mieux connaitre cet homme de mérits : « Ce vieillard, partout vénéré, sut allier à la plus haute vertu, une gaieté charmante ; à la vivacité, la modération ; au savoir, la modestie. Dévoré de la passion du bien, il s'est consurmné à le faire sans rechercher ni s’épargner jemais. {l était animé d’un zèle brülant et infatigable. Directeur d'uns haute capacité, il possédait à un degré éminent le don de la prédication. Il était vraiment orateur dans l'action. Il avait vécu quarante-huit ans dans la Province. Il a mérité invariablement la confiance publique, et, sans la poursuivre, il l'obtint, L'étude était son élément, mais il n’a rien tant et si heureusement étudié qu’à sortir de la vie par une mort sainte. »—(Gazelle de Québec).

haute estime pour cet excellent caractère, pour ce bon ami, enlevé prématurément aux lettres qu'il avait honorées, et à l'Eglise, au service de laquelle il avait mis une intelligence éclairée, un zèle brûlant et un cœur généreux el affectueux.

M. Raimbault avait aussi de grandes relations avec bon nombre d’autres prêtres français ; il était si sensible, si généreux, si compatissant! Naturellement les épanchements de la confiance fortifiaient ces âmes attristées par les mêmes malheurs.

Les procédés délicats, les ménagements et les égards soutenus dont M. Raïmbaull était l'objet, et qui contrastaient si élrangemeni ovec ce qu'il avait éprouvé dans son pays, étaient bien propres à le consoler et à le fortifier. Aussi, exprimait-il, en tout temps, la vive reconnaissance dont il était pénétré pour une conduite si g'néreuse à son égard. Enfin, l'accueil favorable et les attentions dont on usait à son endroit, le dédommagèrent des peines et des souflrances qu'il avait éprouvées pendant plusieurs années.

Dans sa chère solitude du Séminaire ‘bétâchait, par des études sévères et soutenues, de se renu,s propre à remplir les f ,nctions qu'on lui assignerait ; il suivait, d'un œil attentif, les péripéties de la guerre civile qui dévorait la France, et priait Dieu avec ferveur de mettre un terme aux désolalions de sa chère patrie el aux misèreselaux souffrances des cœurs vraiment catholiques. Il y avait un an que M. l’abbé Raiïimbault jouissait ainsi au Canada des douceurs du repos, lorsqu'un jour, revenant de l'Ile d'Orléans à Québec, il rencontra, en mettant pied à terre, sur la place de la basse-ville, M. Vincent Fouruier, son compatrible et son ami, qui débarquait d’un vaisseau anglais. Il avail erré quelque temps en Angleterre, s'était rendu à Londres, et, grâce à quelques secours qui lui furent octroyés, il s'était embarqué pour le Canada, où il savait qu'il y avait des Français et des prêtres Sulpiciens.

M. Fournier, accueilli au Séminaire de Montréal, y continua ses études théologiques et fut ordonné prêtre en 1797, puis

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employé au ministère des saints autels jusqu'en 1835, époque à laquelle ses infirmités l'obligèrent à demander sa retraite. Il est mort en 1839, à Saint-Antoine de la Baie du Fèbvre, au milieu du troupeau qu'il avait desservi pendant près de trente ans. M. l'abbé Raimbault voulut honorer son ami jusqu'au delà de la tombe; il lui rendit les derniers devoirs en confiant ses cendres à la terre, el nous a laissé, dans les journaux du temps, un charmant petit article nécrologique sur ce bon compatriote, qu'il avait Loujours aimé et servi comme un frère affectionné.

Le séjour au Séminaire de Québec étant contraire à la santé de M. Raimbault, il dût se livrer au ministère pastoral, II étail alors prêtre agrégé à cette institution et chapelain des Dames Ursulines de la même ville.

Vers celle époque, Monseigneur Hubert, qui avait signé sa démission à l’Evêché de Québec, se retira au Château-Richer, où il allait remplacer son frère, M. Louis Hubert, qui avait été jusqu'alors simultanément curé de la Lu, du Château- Richer et de l'Ange-Gardien.

Le pieux prélat, avant de se rendre dans cette solitude, plus conforme à ses goûts, et surtout plus en rapport avec les soins que réclamaient incessamment son tempérament débile et sa mauvaise santé, voulut s'assurer les services de M. l'abbé Raimbault, qu'il s'attacha en qualité de vicaire el de secrétaire.

Voici en quels termes M. Raimbault aononça aux paroissiens du Château-Richer les arrangements que Monseigneur l'Evêque venait de preadre pour la desserte de leur paroisse. Ce sont là les premiers avis qu'il ait donnés en public:

«Le respectable prélat qui a couduit pendaut un temps,

hélas! trop court, ce vaste diocèse, avec tant de sagesse etde succès, après en avoir remis l'administration dans les mains d'un digne successeur, a choisi cette paroisse pour sa retraite. Tandis que tout sor troupeau regrette la perte de son Pasteur, qui a prodigué sa santé pour le gouverner, vous seuls, portion privilégiée, vous avez à vous féliciter de le posséder au milieu de vous et de l'avoir à votre tête comme votre pasteur particulier. Vous l'avez vu, il y a peu de temps, venir rendre les derniers devoirs à un frère dont le nom rappellera toujours à votre souvenir un curé plein de zèle et d’ardeur pour votre salut; et, c'est pour succéder à ce digne frère, et perpétuer parmi vous l'esprit de paix, de charité et de religion, qu'il vient maintenant prendre la conduite de cette paroisse. Hélas! pourquoi ses forces ne lui permettent-elles pis de suivre les élans de son ardeur pour votre satisfaction et de s’adonner aux travaux du Saint-Ministère! Vous sentiriez bientôt les effets de son zèle, de sa sollicitude pastorale et de cette affe:tion qu'il vous porte et dont sa démarche ne vous laisse aucun lieu de douter. En retour de cette prédilection qu'il vous témoigne, il vous demande le secours de vos prières. Il veut que vous demandiez au Ciel que sa volonté s'accomplisse à son égard pour la santé ou la maladie, pour la mort ou pour la vie.

« Mais tandis que sa conformité et sa résignation auxordres de la Providence ne lui permettent pas de rien demander davantage pour'lui, vous devez, vous, mes frères, (el j'aime à croire que le vœu que je vais vous dicter est aussi conforme à vos sentiments qu’il l’est à votre propre intérêt,) vous devez, dis-je, implorer le secours du Ciel et demander au Seigneur avac instance qu'il rende à votre Pasteur les forces du corps qu'il a perdues en travaillant au gouvernement de cette Eglise, afin qu’il devienne en état de travailler de nouveau à guérir les infirmités spirituelles de son troupeau; c’est le vœu particulier que j'adresserai à l'autel, dans le saint sacrifice de la messe, loutes les fois que je l’offrirai dans cette église.

« En attendant qu'il plaise au Seigneur de lui rendre la vigueur et la santé, vous trouverez dans mon faible ministère

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Pasteur, s, jortion tu milieu ur partiendre les oujours à our votre perpétuer ion, qu'il se. Hélas!

suivre les onner aux s effets de tion qu'il in lieu de moigne, il e vous deégard pour

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toute l'assistance qu'il dépendra de moi de vous donner. Aidé du secours du Ciel, et de vos prières, que vous ne me refuserez pas, guidé par les conseils de votre sage pasteur que je me ferai un devoir de consulter dans lout ce qui concernera l'administration de cette paroisse, je m’efforcerai de répondre à la confiance dont il m’honore et de vous procurer tous les se cours spirituels que vous avez droit d'attendre de mon minis-

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Cependant, cet arrangement n'offrant point à cct illustre prélat les résultats qu’il se promettait, et les douleurs ne lui laissant aucunement les moyens de s'occuper à quoi que :ce fût de sérieux, ilse retira à l'Hôpital-Général de Québec, laissant à M. Raimbault la direction de la paroisse de l’Ange-Gardien (a).

Le 16 novembre suivant, M. Raimbaull prit possession de ia

cure de l’Ange-Gardien, à laquelle il avait été nommé, le ‘ sep-

tembre précédent. C’étaitune charmante solitude que ce presbytère antique déjà, remplacé depuis par une construction plus spacieuse, mais peu éloignée de l’ancienne résidence des curés. L'Ange-Gardien est une petite paroisse, la première de la Seigneurie de Beaupré, sur la rive nord du grand fleuve, un peu au-dessous de Québec. L'endroit est des plus romantiques. La vallée, resserrée par le fleuve et par les montagnes, est fort étroite. Les terres, livrées à la culture, descendent des montagnes par une inclinaison rapide. A quelques arpents plus bas que l'église, cette pente s’adoucit. Tout le long de ces riantes collines sont échelonnées des maisons blanches et propretles, mais isolées et parfois encaissées dans le roc. Là où les descentes sont moins raides, se trouvent de grands vergers où la main du cultivateur, ménageant l'espace, entretient un jardin ou une prairie.

Une population laborieuse, bienfaisante, économe, de mœurs

(e) Mgr. jean-Francois Hubert, neuvième Evêque de Québec, donna sa

démission au siége épiscopal de cette ville, le ler sept. 1797, et mourut à l'Hôpital-Général, le 17 octobre suivant,

douces et pacifiques, y vivait dans l'abondance, fidèle à la foi et aux habitudes champètres. C'était une véritable cam-

gne canadienne sans mélange de mœurs et d’habitudes étrangères. M. Raimbault y trouva des souvenirs, des usages qui le touchèrent en bien des occasions, en lui rappelant la vieille France. On y retrouvait les descendants des anciens colons, et ces familles patriarcales conservaient les légendes, les traditions, les usages de leurs ancètres, ainsi que le souvenir de leurs anciens pasteurs, au milieu desquels le nom et les avis de l’austère M. Dufournel, et les sévérités de sa vie d’anachorète, n'étaient pas oubliés (a).

Pour faire diversion à la monotonie des heures sérieuses de sa petite solitude, M. Raimbault avait ouvert sa porte à plu-. sieurs jeunes gens studieux qui avaient sollicité admission auprès de lui, après s'être pourvus des recommandations les plus puissantes,

On aimera à retrouver ici leurs noms, depuis chers à la Religion et à l'Histoire.

C'était M. François-Mathias Huot, jeune homme timide et distrait, mais pieux. Doué d’un esprit solide, il ne s'occupait que des choses graves, se délassant des heures d'étude par quelques quarts-d’heure d’oraison devant le Saint-Sacrement. Après avoir fait d'excellentes études, sous M. Raimbault, il fut ordonné prètre et desservit avec courage les pénibles missions de Caraquet et autres, dans le Nouveau-Brunswick. Il mourut, au mois d'août 1827, à l'Hôpital-Général de Québec. Il n'était âgé que de quarantle-trois ans, et desservait depuis quelques années la parvisse de la Visitation du Sault au Récol-

(a) M. Gaspard Dufournel fut nommé curé de l’Ange-Gardien, le 11 oct. 1694. Il y desservit près de 60 ans avec un zèle, une piété qui firent l'édification constante de ses paroissiens au milieu desquels il mourut en odeur de vertu, le 30 mars 1747, à 94 ans, 6 mois et 17 jours, ayant été privé par la faihlesse et les infirmités séniles d'exercer le ministère pendant les trois dernières années de sa belle carrière. M. Jos.-Baz. Parant, qui avait eu la consolation d'être vicaire auprès de lui pendant cinq ans, lui succéda à J'Ange-Gardien en qualité de curé.

let, au diocèse de Montréal. Sa mémoire est encore en bénédiction dans cette excellente paroisse. M. l'abbé Huot était originaire de la paroisse de l’Ange-Gardien.

Il n'était pas vif et pélulant, comme son compagnon d’études, le célèbre général anglais, Henry Hardinge, qui, plus tard, se distingua sur un plus grand théâtre. Cet ami de Wellington, et son successeur dans les plus hauts emplois de l'Etat, décoré ‘des ordres des potentats de l'Europe, mêlé aux plus grands événements de ce siècle, cet homme illustre a toujours conservé de M. Raimbault un souvenir affectueux (a).

Pour ses élèves, M. le curé de l’Ange-Gardien était tout dévoué. Il composa, dans leur intérêt,.un cours de mathématiques, d’après la méthode de Sauri, un traité élémentaire d'architecture et d’autres ouvrages sur diverses branches de l’enseignement, Les élèves copiaient les leçons du maître. Ces divers travaux, ces éludes variées, auxauelles il dût se livrer, témoignent des ressources de son esprit.

A peu près dans le même temps, se trouvaient, sous le même toit, les jeunes Chs.-Frs. Painchaud, Jos.-M. Bélanger, Chs, Huot, Louis Marcoux et autres. M. Raimbault vivait au milieu d'eux, modèle du prètre, d’une ardeur infatigable pour le travail, grave et digne dans ses fonctions, traitant la parole de Dieu dans la rectitude de la vérité et selon les beautés et les grandeurs de la foi. Toujours modéré, par sagesse et par expérience, inspirant à ses élèves un profond respect pour les prescriptions de l'Eglise, un goûtardent pour la culture de l’esprit et des sciences sacrées, une généreuse émulation pour le développement des qualités qui font honorer davantage le saint ministère devant Dieu et devant les hommes, M. Raimbault se donnait tout à eux sans trève, sans merci.

Maintenant un mot, mais un mot seulement, sur chacun de ces élèves du vertueux ecclésiastique.

M. Painchaud, prêtre, curé de Sainte-Anne, s’est depuis immortalisé par son dévouement à la jeunesse canadienne, en

(a) Il est mort en 1856, à 70 ans,

faveur de laquelle il a fondé, au prix de sacrifices immenses, une des institutions les plus glorieuses du pays. Ce noble ami des lettres, ce généreux ami de son pays, est mort &u mois de février 1839, à 56 ans.

Comme M. Raimbault parlait avec sensibilité de cet illustre élève. Comme il se plaisait avec lui, en voyant les belles et heureuses dispositions qu'il annonçait... 1 Ce qu'il admirait le plus chez ce brillant étudiant, c'était la facilité avec laquelle son esprit ardent s’occupait à la fois de l'étude de plusieurs sciences, de l'algèbre, de la versification latine, dans laquelle il excellait, et des sciences physiques pour lesquelles il se passionnait. Son caractère franc et ouvert, son empressement à rendre service, ses aptitudes, ses inclinations nobles et généreuses plaisaient souverainement au vertueux mentor.

M. Louis Marcoux, mort il y a quelques années, ancien curé de Maskinongé (a), se rappelait avec des émotions indicibles, Jes heureux temps qu'il avait passés sous la direction du vénéré M. Raimbault, Doux, conciliant, doué d'un jugement sûr, cet excellent ami de M. Painchaud était fort estimé du précepteur. M. Raimbault s'intéressait à lui parce que cet élève lui témoigna toujours un attachement fiñial, et surtout parce qu'il avait un cœur généreux, compatissant et loujours ouvert aux idées de bienfaisance.

Là se trouvait, dans le même temps, le pieux Joseph-Marie Bélanger, né à Québec, en 1785, et mort peu de temps après son admission au sacerdoce (b).

(a) Né à Beauport, en février 1785, ordonné prêtre à Montréal, en’ 1811, M. Marcoux est mort à Saint-Joseph de Maskinongé, au mois d'octobre 1859. Il avait été pendant longtemps missionnaire au Nouveau-Erunswick,

(b) M. Bélanger est mort à Saint-François Nouvelle Beauce, le 11 décembre 1813. Arès avoir étudié quelque temps chez M. Raimbauit et au Séminaire de Québec, il fut ordonné prêtre, en février 1812, et employé, comme vicaire, aux Cèdres, chez M. Laurent Aubry, puis à Saint-Pierre du Portage (l'Assomption}), chez M. Roy. Il venait d'être nommé curé de Saint-François de la Beauce lorsqu'il fut atteint d’une maladie de poitrine qui le conduisit au tombeau, à l'âge de vingt-buit ans. Il ne faut pas confondre ce monsieur avec son homonyme, l'abbé Jos..M. Bélanger, aussi né

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