Henri IV
le Roi ». Après lui, la marine, qu'il avait portée au plus haut point de grandeur, ne fit que décliner.
Le marquis de Seignelay eut cinq fils de sa seconde femme, Catherine-Thérèse de Matignon, marquise de Lonré : 1° Marie-Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay et de Lonré, colonel du régiment de Champagne, mort en 1712; — 2° Paul-Édouard Colbert, comte de Creuilly , colonel de Royal -Dragons; — 3" Louis-Henri Colbert, chevalier de Malte, dit le chevalier de Seignelay; — 4" Charles-Éléonore Colbert, comte de Seignelay ; — 5° Théodore-Alexandre Colbert, comte de Ligny.
Colbert avait réussi à faire de Seignelay un véritable ministre de la marine ; il essaya de dresser son quatrième fils, le marquis d'Ormoy et de Blainville, et d'en faire un surintendant des bâtiments du Roi. Il avait obtenu pour ce fils, en 1672, la survivance de sa charge de surintendant, bien que cet enfant n'eût que neuf ans'. Ses études achevées, en 1679, d'Ormoy, alors âgé de seize ans, commença à être employé aux travaux de Versailles. Il dut apprendre l'architecture avec François Blondel ; il dut surveiller les constructions et la décoration du château et du parc, et diriger l'armée d'artistes et d'ouvriers de toute espèce qui travaillaient à Versailles,, à Clagny, à Trianon, à la Ménagerie ; il dut aussi s'occuper des bâtiments de Paris et
1. Les détails de cette biographie, jusqu'à présent si peu connue, sont dus à M. P. Margry. On les trouve dans le grand ouvrage de M. P. Clément, t. VII.
de Saint-Germain. C'était une rude tâche pour un jeune homme de cet âge.
Le 20 octobre 1679, le surintendant en survivance accompagnait le grand roi dans la vi.-ite que S. M. faisail dans les appartements du palais de Versailles et prenait ses ordres pour les travaux à exécuter. La visite achevée, il en rendait compte à son père, qui lui écrivit :
Le compte que tu me rends est très bon. Songe bien combien il est de conséquence pour toi de plaire au Roi et de bien exécuter ses ordres.
Ce soir rends-toi à Saint-Germain.
Il faut faire exécuter tous ces ordres et faire en sorte que le Roi s'aperçoive que ses ordres sont plus promptement exécutés lorsqu'il te les donne que lorsqu'il les donne à un autre.
Malheureusement M. d'Ormoy était non seulement trop jeune pour remplir convenablement d'aussi difficiles fonctions, mais de plus il était inappliqué, insouciant; il écrivait mal, il aimait trop les plaisirs de Paris et n'avait ni l'énergie ni l'intelligence de son frère aîné. Ce fut en vain que Colbert lui donna les meilleurs conseils et lui adressa les plus vertes semonces, il ne parvint pas à en faire un surintendant.
Le 26 juillet 1680, Colbert écrivait à son fils :
Je suis étonné que tu sois parti de Sceaux hier matin sans m'en avertir. Prends garde que cela ne t'arrive plus, parce que tu as besoin que je te répète incessamment ce que tu as à faire.
Observe bien que nous n'avons plus que le mois d'août •ntier pour tous les ouvrages que nous avons à faire. Tu t'es
chargé des logements des secrétaires d'État i et de l'avantcour. Prends bien garde que rien ne manque, surtout dans les quatre pavillons.
Examine aussi avec soin les deux écuries et tout le dedans du château, et rends-moi compte dès aujourd'hui de l'état de tous les ouvrages, afin que je puisse faire demain le mémoire pour envoyer au Roi et que tu eu voies le style.
Il faut que tu observes avec soin, outre toutes les visites que tu fais, de faire savoir à tous les ouvriers que tu leur donneras toujours un jour, ou à Versailles ou ici, pour les entendre tous, afin qu'ils puissent s'adresser à toi pour tous leurs besoins. Il faut que tu te disposes à les entendre tous avecbeaucoup de patience, que lu fasses un mémoire de tout ce qu'ils demanderont, afin que tu m'en rendes compte, et que tu puisses te former le jugement sur ce qu'il faudra accorder ou refuser. Adieu. Regarde de bien faire et de me contenter.
Le 10 août 1681, Colberl est absolument mécontent; d'Ormoy ne fait rien de bon.
Tout ce que tu m'envoies, lui écrit-il, est si fort galopé, et tu continues si peu à l'exécution ponctuelle et exacte de tout ce que je t'ordonne, que je commence à désespérer de pouvoir rien faire de toi.
Je t'ai dit que j'enverrais un courrier tous les vendredis au soir pour me rapporter les mémoires de l'état des ouvrages, et tous les mémoires et projets d'ordres pour les paiements des ouvriers.
Au lieu de te tenir à Versailles ces jours-là et de travailler avec assiduité et application à voir tous ces mémoires, à les faire et à les refaire ainsi que je te l'avais expliqué, et employer le reste du temps à bien examiner les points conte-
1. Les ailes des ministres dans l'avant-cour du château de Ver- §aille6.
nus aux mémoires quo je t'ai donnés, à voir les parties», prendre connaissance et t'instriiiro à fond du prix des ouvrages, et enfin, faire une infinité de choses qui pourraient t'occuper utilement pour t'instruire, tu t'en viens galoper à Paris, sans raison, sans dessein et pour n'y rien faire; et au lieu de donner tes mémoires à mon courrier, tu le laisses partir et tu m'envoies un laquais. Tu m'en enverras tant que tu voudras, mais il n'y en aura pas un seul de payé.
Je sais bien que ton malheureux esprit te fournira quarante mille raisons pour avoir raison. Mais, quoique tu aies raison, comme tu le penses, j'achèverai ce que je n'ai déjà que trop commencé, c'est-cà-dire que je défendrai que l'on n'ait aucun égard à tout ce que tu diras et que qui que ce soit ne t'obéisse. Tu ne sers qu'à embarrasser les ordres que je donne.
Si tu veux bien faire, il faut exécuter ponctuellement tout ce qui est contenu au mémoire que je t'ai dicté.
Si tu peux obliger M. Blondcl à demeurer douze ou quinze jours à Versailles, il faut le faire et prendre tous les jours des leçons d'architecture. Sinon, il faut venir à Paris les mercredis au soir, prendre une leçon ce jour-là, le lendemain travailler trois ou quatre heures le matin, visiter les ouvrages qui se font à Paris, et t'en retourner le soir à Versailles... Dieu te veuille donner plus de sagesse et d'applicalion que tu n'en as !
Le lendemain, 12 août, nouvelle lettre encore plus sévère*.
Le Roi a admiré le barbouillage du plan des bois de Verrières que tu m'as envoyé, et S. M. a dit que cette saleté sentait bien son écolier et ne sentait guère un surintendant
d. Mémoire ou compte, dans lequel sont énumérés les articles faits ou fournis.