‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 132 sur 183 · L'Aurore · texte numérisé non relu

L'Aurore

Elle n'a jamais vu de zèle

Ni plus actif ni plus fidèle.

Elle a beau devancer le soleil dans les cieux, Et voler pour se rendre où son devoir l'appelle ; Dès qu'elle ouvre la porte à la clarté nouvelle, Le vigilant Colhert se présente à ses yeux ; Elle le voit toujours exact, laborieux,

Toujours éveillé devant elle.

« La déesse, en secret, d'une pressante voix, Lui conseilla d'aller loin du bruit quelquefois Chercher un doux relâche à ses travaux pénibles,

Et de ces retraites paisibles

Lui fît résoudre l'heureux choix.

C'est pour lui faire aimer la demeure qu'il aime

Qu'elle a rendu ces lieux si beaux ; Elle y joint chaque jour mille agréments nouveaux Elle en a fait cesser la sécheresse extrême. Et l'on y voit partout briller de claires eaux

Qu'elle puise au ciel elle-même.

« Regarde avec étonnement L'amas prodigieux des ondes écoulées.

Le dieu du liquide élément Semble avoir fait passer ses flots dans ces vallées. Deux fleuves, couronnés de joncs et de roseaux.

Ont soin d'attendre les ruisseaux

Qui sortent de ce vert bocage,

Et sont assis sur leur passage.

Avec un doux plaisir, ces vénérables dieux

Reçoivent les eaux qui descendent.

Pour grossir le tribut qu'ils rendent A la nouvelle mer qui se forme en ces lieux.

« Mille fontaines dispersées.

Après de longs détours ensemble ramassées.

Kormeul, d'an commun mouvement, Sur ce riche vallon un spectacle charmant.

Malgré le penchant qui les presse

De se précipiter sans cesse Vers le lit spacieux qui leur est préparé,

Elles semblent, comme enchantées, Ne pouvoir détacher leurs ondes argentées Du verdoyant émail et du sablon doré Dont si pompeusement leur chemin est paré ;

Loin de paraître impatientes D'arriver à la fin de leurs courses errantes,

On les voit, par bouillons épais, Tâcher à remonter dans ces lieux pleins d'attraits

A cent reprises différentes ; Et par cent bonds plaintifs, par cent chutes bruyantes, On les entend gémir en tombant pour jamais Dans le vaste séjour d'une profonde paix. Au milieu de ces eaux, l'eau du ciel la plus pure. Et de ces beaux jardins l'ornement le plus grand. D'une étroite prison sortant avec murmure, S'élance dans les airs en superbes torrents.

« Cette onde, en jaillissant d'un mouvement rapide,

Forme une colonne liquide Qui jusque dans le ciel s'élève avec fierté ;

Contre son poids elle dispute, Sans cesse elle remonte et répare sa chute, Et son débris lui sert de nouvelle beauté.

« Marchons, éloignons-nous de ce bois frais et sombre, Un jour tu reviendras le voir plus à loisir :

Pour y rêver avec plaisir On y trouve toujours du silence et de rombrc. Les vents impétueux vont plus loin murmurer ;

Le seul Zéphire a l'avantage

De s'y faire un secret passage;

Le grand jour n'ose y pénétrer :

L'importune chaleur n'y peut jamais entrer.

« Traversons ce parterre, et vois ces fleurs nouvelles Se parer à l'envi des couleurs les plus belles. D'un seul regard, découvre ici, de tous côtés.

Ces charmantes diversités

Qui doivent enchanter ta vue ; Ces fertiles coteaux et ces sombres déserts Où la tranquillité n'est point interrompue ;

Ces vallons de saules couverts ; Ces ruisseaux serpentant dans ces prés toujours verts

Ces plaines d'immense étendue Que d'un or précieux Gérés prend soin d'orner ; Ce mont qui de si loin fait si bien discerner

L'antique tour presque abattue Qui depuis si longtemps sert à le couronner. Et dont l'orgueilleux reste ose encor s'obstiner

A monter jusque dans la nue.

« Sur la pointe de ce coteau,

Le pouvoir d'un charme nouveau Suspend un grand amas d'une onde vive et pure ; Ces eaux n'osent descendre, et n'ont jamais tenté,

Pour se remettre en liberté.

De rompre la molle ceinture Dont l'émail d'un gazon tient leur cours arrêté;

La fraîche et brillante verdure Prend plaisir à se voir si belle en se mirant. Et prend soin de parer d'une riche bordure De ce flottant miroir le cristal transparent.

« Il faut nous détourner de ce lieu qui t'enchante ;

Suis-moi, me dit la Nymphe, et te hâte en passant D'admirer de ce bois naissant La ieunesse tendre et charmante.

COLDERT. 267

Passons dans ces jardins i où Pomone à Técaii, Pour travailler en paix, fait sa demeure à part. Ses travaux sont payés d'une heureuse abondance : La terre, favorable à sa persévérance, Lui donne, en cent façons, des trésors précieux : Et chaque jour ici l'Aurore Se plaît à l'enrichir encore Des perles qu'elle épand des cieux.

« Dans une solitude et si riche et si belle, Observe un bâtiment tracé sur le modèle D'un temple au bord de l'Inde autrefois élevé ; L'art n'a rien fait jamais qui fût plus achevé. C'est ici que souvent l'Aurore se retire ;

Avec plaisir elle y soupire ; Elle y vient en secret retracer à son gré Le tendre souvenir de son amour fatale

Pour l'ingrat et charmant Céphale..,.

« Elle a fait en ce lieu tracer son aventure ;

Elle en inspira le dessin ;

Et de sa clarté la plus pure Elle-même éckiira l'ingénieuse main ^ Qui prit soin d'achever cette vive peinture.

« Imite, s'il se peut, tant de traits excellents; De ces tableaux muets fais des portraits parlants; Et, pour peindre l'amour d'une aimable déesse. Tâche à joindre en tes vers la force à la tendresse. «

Je vis son teint pâlir et ses yeux se troubler; Un bruit confus de voix fit son inquiétude ;

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