‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 133 sur 183 · Celle de Lebrun · texte numérisé non relu

Celle de Lebrun

Elle entendit marcher à grands pas vers ces lieux

Une foule de curieux :

« Je retourne à ma solitude, Me dil-elle, et ce bruit m'y contraint d'y rentrer; Aux profanes regards je ne me puis montrer. » Je crus la retenir; mais sa robe volante Fut changée, au moment que j'y portai la main, En un souffle léger que je suivis en vain. La Nymphe ne laissa qu'une trace brillante Qui s'éleva dans l'air et disparut soudain.

Quinault, dans le second chant, décrit longuement le Temple de l'Aurore, l'une des principales curiosités de Sceaux.

Lebrun avait peint le plafond du dôme de ce charmant pavillon \ « Il a représenté, écrit Dargenville, cette déesse avec sa suite brillante, qui abandonne Céphale pour commencer à éclairer l'Univers. Elle tient la route du Zodiaque, et regarde le Point du jour qui la précède. Son char est attelé de deux coursiers pleins de feu ; l'Amour lient les rênes de l'un, l'autre est conduit par deux Amours, dont un élève une couronne au-dessus de sa tête, l'autre tire à lui une guirlande que tient Flore avec un jeune homme, symbole du Printemps. Une grande guirlande portée par plusieurs Amours prend naissance de la Terre et retombe sur le

1. Le pavillon de l'Aurore existe encore. — Il reste aussi de l'ancien château : l'orangerie, le canal et la grille d'entrée avec ses deux petits pavillons et deux piédestaux surmontés de groupes d'animaux attribués à Coyzevox.

L'n nouveau château a été construit, dans ces dernières années, à Sceaux, pour M. le duc de Trévise, et un lycée, le lycée Lakanal, a été bâti dans l'ancien parc.

pied d'un taureau, signe du mois d'Avril. Au-dessus, une suivante de l'Aurore répand la rosée. La Terre, personnifiée par une femme appuyée sur une urne, fait rayer le lait de son sein, en même temps qu'elle se débarrasse de son manteau, d'où quantité d'oiseaux se répandent dans les airs. Plus haut on remarque la Vigilance, dont le coq est le symbole. Dans l'éloignement, le char du Soleil commence à paraître. Une femme, plus avancée et couchée sur des gerbes de blé, caractérise l'Été. Vis-à-vis la Terre on voit l'Automne, Bacchus et Silène. Deriùère ce dieu, un jeune homme tire de l'arc pour marquer que les grandes chasses se font en automne. A droite et à gauche sont Castor et Pollux. Au-dessus de la porte d'entrée se voit la Nuit sous la figure d'une femme déployant un rideau, d'où sortent des oiseaux nocturnes. Autour d'elle des spectres et des fantômes expriment la diversité et l'ambiguïté des songes. Les Heures de la nuit répandent leurs pavots, tandis que la Lune se précipite au lever du Soleil. Au milieu de ce plafond paraît, dans le Zodiaque, la Balance, signe de l'équinoxe d'Automne. Il a été gravé par Audran.

(( Les plafonds des deux petits cabinets qui composent le pavillon de l'Aurore sont peints par M. Delobel, qui a représenté dans l'un, Zéphire et Flore, et dans l'autre, Vertumne et Pomone ».

En 1675, le 8 juillet, la Reine et la Dauphine allèrent visiter le château de Sceaux. La Gazette raconte brièvement cette visite :

« Le 8, la Reine vint ici (à Paris) le malin, au monas-

tère des Garmélilcs de la rue du Ilouloir. Elle alla ensuite à Sceaux, voir la belle maison du sieur Colbert, ministre et secrétaire d'État, qui l'y régala magnifiquement, avec Mgr le Dauphin, lequel s'y rendit pareillement, l'après-dînée, et retourna, avec S. M., à Saint- Germain en Laye* ».

En juillet 1077, ce fut le tour de Louis XIV d'aller à Sceaux visiter Colbert. Le Mercure Galant nous a laissé le compte rendu de cette fête.

Le Roi, voulant faire l'honneur à M. Colbei t d'aller voir sa belle maison, choisit le jour de cette promenade ; et ce sage ministre, en ayant été averti, se prépara à l'y recevoir en zélé sujet qui attend son maître, et un mailie comme le Roi. Il ne chercha point à faire une de ces fêtes somptueuses dont l'excessive dépense n'attire souvent que le désordre, et qui satisfont plus l'ambition de ceux qui les donnent qu'elles ne causent de plaisir à ceux pour qui on les fait. La profusion qui s'y trouve semble n'appartenir qu'aux souverains ; et quand on cherche plus à divertir qu'à faire bruit par le faste, on s'attache moins à ce qui coûte extraordinairement qu'à ce qui doit paraître agréable.

C'est ce que fit M. Colbert avec cette prudence qui accompagne toutes ses actions. II songea seulement à une réception bien entendue, et il voulut que la propreté, le bon ordre et la diversité des plaisirs tinssent lieu de cette somptuosité extraordinaire-, qu'il n'eût pu jamais porter assez loin, s'il l'eût voulu proportionner à la grâce que lui faisait le plus grand prince du monde.

Cet heureux jour venu, il fit assembler tous les habitants

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