‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 134 sur 183 · Gazette, 1675, p · texte numérisé non relu

Gazette, 1675, p

2. Colbert se souvenait de Fouquet et ue cherchait pas à imiter sa prodigalité.

COLBKRT. 271

dès le malin, leur apprit le dessein que le Roi avait de venir à Sceaux; et, pour augmenter la joie qu'ils lui en firent paraître, et leur donner lieu de garder longtemps le souvenir de l'honneur que S. M. lui faisait, il leur dit qu'ils devaient payer une année de taille au Roi, mais qu'ils songeassent seulement à trouver de quoi satisfaire aux six premiers mois, et qu'il paierait le reste pour eux. Ils se retirèrent fort satisfaits et se furent préparer à donner des marques publiques de la joie qu'ils avaient de voir le Roi.

Ce prince n'en découvrit pourtant rien aux environs de Sceaux : tout y était tranquille, et l'on n'eût pas même dit en entrant dans la maison de M. Colbert qu'on y eût fait aucuns préparatifs pour la réception de Leurs Majestés.

Elles en voulurent voir d'abord les appartements, dont les ornements et les meubles étaient dans celte merveilleuse propreté, qui n'arrête pas moins les yeux que l'extraordinaire magnificence. On se promena ensuite, et ce ne fut pas sans admirer plusieurs endroits particuliers du jardin. La promenade fut interrompue par le divertissement du prologue de l'opéra à'Bermione, après lequel on acheva de voir les raretés du jardin.

Les plaisirs se rencontrèrent partout. D'un côté il y avait des voix, des instruments de l'autre; et le tout étant court, agréable, donné à propos et sans être attendu, divertissait de plus d'une manière : point de confusion et toujours nouvelle surprise.

Je ne vous parle point du souper, tout y était digne de celui qui le donnait : on ne peut rien dire de plus fort pour marquer une extrême propreté, jointe atout ce que les mets les mieux assaisonné? peuvent avoir de délicatesse. M. Colbert servit le Roi et la Reine ; et Mgr le Dauphin fut servi par M. le marquis de Seignclay. LL. MM. s'étanl assises, et auprès d'elles Mgr le Dauphin, Mademoiselle d'Orléans',

l. Mademoiselle de .Monipcnsicr, fille de Gaston d'Orléans.

Madame la Grande Duchesse ' et Mademoiselle de Blois^, le Roi fit mettre à table plusieurs dames, dont je ne m'engage pas à vous dire les noms selon leur rang. Ces dames furent Mademoiselle d'Elbeuf, Madame la duchesse de Richelieu, Madame de Béthune, Madame de Monlespan, Madame la maréchale d'Humières, Madame la comtesse de Guiche, Madame de Thianges, Madame la marquise de la Ferlé, Madame d'Heudicourl, Madame Colbert, Madame la duchesse de Chevreuse, Madame la comtesse de Saint-Aignan, Madame la marquise de Seignelay et Mademoiselle Colbert.

Toutes ces dames furent servies par les gens de M. Colbert, le Roi n'ayant voulu donner cet ordre à aucun de ses officiers.

Il y avait deux autres tables en d'autres salles, à l'une desquelles était M. le Duc^, et à l'autre M. le prince de Conty, M. de la Roche-sur-Yon, son frère, et M. le duc de Vermandois*, avec plusieurs autres personnes des plus qualifiées de la Cour. M. le duc de Chevreuse et M. le comte de Saint-Aignan^ firent les honneurs de ces deux tables.

Le souper fut suivi d'un feu d'artifice admirable, qui divertit d'autant plus que, ce beau lieu étant tout rempli d'échos, le bruit que les boites faisaient était redoublé de toutes parts.

Ce ne fut pas la seule surprise que causa ce feu : il n'y avait pas d'apparence qu'il y en dût avoir dans le lieu où il parut, et l'étonnemenl fut grand lorsqu'on le vit brûler tout à coup et qu'il se fit entendre. Les villages circonvoisins commencèrent alors à donner des marques de leur allégresse, et Ton en vit sortir en même temps un nombre infini de fusées volantes dans toute l'étendue de l'horizon

Page 1