Heuri-Jiiles de Bourbon, fils du Grand Coudé
4. Fils de la duchesse de la Vallière. D. Gendres de Colbert.
qui peut être vue du château ; de manière qu'on eût dit que le village de Sceaux ne voulait pas seulement témoigner la joie qu'il ressentait de voir un si grand roi, mais encore que toute la Nature voulait contribuer à ses plaisirs.
Le feu fut à peine fini que toute la Cour entra dans l'Orangerie, où elle fut de nouveau agréablement surprise. Elle trouva dans le même endroit où l'on avait chanté quelques airs de l'opéra un théâtre magnifique, avec des enfoncements admirables. Il paraissait avoir été mis là par enchantement, à cause du peu de temps qu'on avait eu pour le dresser. M. Lebrun y avait donné ses soins, et rien n'y manquait. La Phèdre de M. Racine y fut représentée et applaudie à son ordinaire.
Cette fête parut finir avec la comédie, et M. Colbert eut l'avantage d'entendre dire à S. M. qu'elle ne s'était jamais plus agréablement divertie.
A peine fut-elle hors du château qu'elle trouva de nouvelles fêtes et vit briller de nouveaux feux. Tout était en joie, on dansait d'un côté, on chantait de l'autre. Les hautbois se faisaient entendre parmi les cris de Vive le Roi! et les violons semblaient servir d'écho à tous ces cris d'allégresse. Jamais on ne vit de nuit si bien éclairée : tous les arbres étaient chargés de lumières, et les chemins étaient couverts de feuillées. Toutes les paysannes dansaient dessous ; elles n'avaient rien oublié de tout ce qui les pouvait rendre propres ; et quantité de bourgeoises, qui voulaient prendre part à la fête, s'étaient mêlées avec elles.
Ce fut ainsi que M. Colbert divertit le Roi par des surprises agréaTjles et des plaisirs toujours renaissant les uns des autres. Ses ordres furent exécutés avec tant de justesse et tant d'exactitude que tout divertit également dans cette fête et qu'il n'y eut point de confusion. On peut dire qu'elle fut somptueuse sans faste, et abondante en toutes choses sans qu'il y eût rien de superflu '.
1, Mercure galant, juillet 1677, p. 281.
Colbert recevait à Sceaux les beaux esprits du temps. On lit dans l'édition des œuvres de Boilcau, publiée par Saint-iMarc ', l'anecdote suivante : Colbert avait mené Boileau et Racine à sa maison de Sceaux. 11 était seul, prenant un plaisir extrême à les entendre, quand on vint lui dire que Tévêque de... demandait à le voir : «Qu'on lui fasse voir tout, hormis moi », répondit-il.
En octobre 1677, Colbert invita les membres de l'Académie française, dont il faisait partie*, avenir passer une journée dans sa maison.
Rendant compte de cette fête, le Mercure galant'' commence par faire l'éloge des Grands qui aiment les lettres et dit :
C'est par là qu'on a beau donner des louanges à M. Colbert, elles ne feront jamais éclater qu'imparfaitement les rares qualités qui les lui attirent. Tout le monde sait que les grandes affaires l'occupent jour et nuit; et, son délassement étant dans l'étude, on peut dire qu'il fait son plaisir de ce qui serait le travail des autres. Il aime tellement les gens de lettres qu'il ne se dérobe aux soucis de son ministère que pour s'entretenir avec eux. Jugez par là si ce n'est pas à son esprit plutôt qu'à la considération de son rang qu'il doit la place que Messieui's de l'Académie française le prièrent, il y a quelques années, de vouloir accepter dans leur corps.
Il a pour eux une estime si particulière que, leur en voulant donner d'autres marques que celles qu'ils en reçoivent
2. Il avait été reçu en 1G66. Il eut pour successeur La Fontaine.