‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 41 sur 183 · HisL de la vie et de l'admin. de Colhert, 1 vol. in-S · texte numérisé non relu

HisL de la vie et de l'admin. de Colhert, 1 vol. in-S

Sont-ils donc plus innocents pour cela? Et le fait d'employer de l'argent mal acquis doit-il être pardonné parce qu'une partie en est employée à faire faire de belles peintures et de belles sculptures?

Depuis la mort de Richelieu et de Louis XIII (1642- 43), le vol des deniers public^, assez fréquent avant Sully et Richelieu, avait recommencé. ]\Iazariji».j)rçmier ministre, y prenait part, et une part importante, car on sait qu'il légua à ses héritiers plus de 100 millions de livres (500 millions de francs), sans compter les millions déposés dans certaines forteresses , que Colbert livra à Louis XIV. Le surintendant des finances Particelli, un autre Italien qui se fit appeler M. d'Émery, signala son administration par les abus les plus scandaleux. Le poids des impôts, tant anciens que nouveaux, et les vols des partisans furent Tune des principales causes de la Fronde, qui éclata en 1648. Parmi les libelles qui parurent alors, j'en trouve un dont le titre est significatif. Ce factum contient les noms de tous les partisans de l'époque, au nombre d'environ deux cents, et caractérise en quelques mots l'origine de leurs biens et signale leurs principaux méfaits. A chaque page, on constate des fortunes scandaleuses : c'est un nommé Bordier, fils d'un fabricant de chandelles, qui s'est fait bâtir une maison de 400,000 livres (2 millions de francs), qui a donné 800,000 1. (4 millions) à sa fille, qui a acheté une charge de 800,000 1. (4 mil-

1. Catalogue des partisans, ensemble leurs généalogies, contre lesquels on peut et on doit agir pour la contribution aux dépenses de la guerre présente. 1649, in-i» de 20 pages.

lions), et qui, outre cela, possède encore une douzaine de millions de 1. (60 millions). La lecture de ce factum est navrante. On y voit tous les officiers des finances, surintendants, intendants, trésoriers et fermiers, leurs commis, associés et parents, commettre, sans pudeur et en toute liberté, friponneries, vols et pillages, rece- \ voir d'énormes pots de vin, puiser à pleines mains dans l les fonds du clergé, les tailles, les aides, les entrées de Paris, les gabelles, les rentes de la ville, les fermes, les I taxes sur les officiers des gabelles, les fonds affectés à la \ Chambre des deniers du Roi, enfin dans toutes les caisses, à Paris et dans les provinces; prendre pour eux, sur les 90 millions de livres (430 millions) d'impôts de toute nature que le peuple paye à l'État, plus de 50 millions de livres (2oO millions), et ne laisser au Roi que 35 à 40 millions de livres' (175 à 200 millions), se faire des fortunes aussi impudentes que colossales, telles que celles de Mazarin, d'Emery,de Fouquet, d'un certain traitant appelé Boislève', qui, au moment de l'arrestation deFouquet, possédait 18 millions de livres (environ 100 millions), et de tant d'autres, Bruant, Gourville, etc. Cet état de choses, que nous avons de la peine à concevoir, avait pour résultat, le Roi étant ainsi dépouillé de ses revenus, de l'obliger à consommer les revenus des années suivantes, que les maltôtiers lui avançaient en prenant d'énormes bénéfices. Quand Col-

1. Lettres, mémoires et instructions, VII, 175 (Mémoire de Colbert à Mazarin, du i" octobre 1659).

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