‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 67 sur 183 · Bâtiments do transport · texte numérisé non relu

Bâtiments do transport

vernais* pour la fabrication des ancres ; il encourageait et développait la culture du chanvre, et, dès 1G69, la France en produisait toutes les quantités nécessaires. Il créa l'industrie du goudron en Provence, dans le Médoc et les landes de Gascogne*, à l'aide d'ouvriers suédois et hollandais ; et, à mesure que ces industries se développaient, il défendait avec raison qu'on achetât à l'étranger rien de ce que nos manufactures produisaient.

Sa préoccupation constante est de « se passer des étrangers », et il est dans le vrai dans toute cette période de créations. Il force tous ceux qui sont sous ses ordres d'accepter ses idées : il les recommande à son fils, le marquis de Seignelay, son survivancier à la marine. On lit dans les instructions qu'il lui adressa en 1671 :

Observer surtout et tenir pour maxime de laquelle on ne se départe jamais, de prendre dans le royaume toutes les marchandises nécessaires pour la marine; cultiver avec soin les établissements des manufactures qui ont été faits et s'appliquer à les perfectionner, en sorte qu'elles deviennent meilleures que dans tous les pays étrangers.

Ces manufactures principales sont : le goudron, établi dans le Médoc, Provence et Dauphiné ;

Tous les fers de toutes mesures et qualités pour la marine, établis en Dauphiné, Nivernais, Périgord et Bretagne ;

i. A proximité des mines de fer du Nivernais et du Berry, et des forêts du Morvan.

2. Cette industrie n'a pas survécu à Colbert dans la Provence; mais elle est encore très florissante dans les Landes.

Les grosses ancres, établies à Rochefort, Toulon, Danphiné, Brest et Nivernais ;

Les mousquets et haches d'armes, en Nivernais et Forez ;

Les canons de fer, en Nivernais, Bouryogne et Périgord ;

La fonte des canons de cuivre, à Toulon, Rochefort et Lyon ;

Le fer blanc et noir, en Nivernais;

Tous les ustensiles de pilote et autres, à la Rochelle, Dieppe et autres lieux.

Acheter tous les chanvres dans le royaume, au lieu qu'on les faisait venir ci-devant de Riga, et prendre soin qu'il en soit semé dans tout le royaume, ce qui arrivera infailliblement si l'on continue de n'en point acheter dans les pays étrangers.

Cultiver avec soin la compagnie des Pyrénées i, et la mettre en état, s'il est possible, de fournir tout ce à quoi elle s'est obligée, ce qui sera d'un grand avantage dans le royaume, vu que l'argent pour cette nature de marchandises ne se portera point dans les pays étrangers.

Cultiver avec le même soin la recherche des mâts dans le royaume, étant important de se passer pour cela des pays étrangers. Pour cet effet, il faut en faire toujours chercher, cl prendre soin que ceux qui en cherchent en Auvergne, Dauphiné, Provence et les Pyrénées, soient protégés et qu'ils reçoivent toutes les assistances qui leur seront nécessaires pour l'exécution de leurs marchés.

Examiner avec les mêmes soins et applications toutes les autres marchandises et manufactures qui ne sont point encore établies dans le royaume, en cas qu'il y en ait, et chercher tous les moyens possibles pour les y étabhr.

Pour les bois et les mâts, Golbert les fit chercher et

1. Cette coDipaguie était chargée de fournir des mâts et autres marchandises du Nord et des ancres.

10^1 COLDERT.

les trouva sur le sol de la France, et, pour conserver nos forêts et assurer, après lui, les richesses qu'elles contenaient, il fit, en 1669, l'ordonnance sur les eaux et forêts, qui est demeurée un de ses titres de gloire. Cependant, il acheta toujours les bois étrangers apportés dans nos ports; c'était un moyen d'économiser les ressources de nos forêts; il s'en servait ou les vendait à hon marché aux constructeurs français pour les exciter à mettre de nouveaux bâtiments sur leurs chantiers. On fit de grands approvisionnements de bois et de mâts dans les arsenaux, en prenant tous les soins qu'il fallait pour leur conservation, afin qu'en tout temps on pût trouver dans chaque arsenal les matériaux nécessaires à la construction de six vaisseaux.

Trois grands ports militaires, avec leurs arsenaux, furent établis à Toulon, Brest et Rochefort, ce dernier créé de toutes pièces par Colbert et Golbert de Terron'.

Colbert fit faire de grands travaux dans les ports de Brest et de Toulon pour augmenter leur profondeur, construire les arsenaux, leurs ateliers et magasins, établir des quais*, etc. Dans chacun de ces trois ports, on augmenta les fortifications pour les mettre à l'abri des attaques de l'ennemi. Marseille, Cette, le Havre,

1. En 1671 Colbert alla visiter l'arsenal de Rochefort et inspecter la construction des vaisseaux {Gazette, 1671, p. 412).

2. A Toulon, Colbert est déjà aux prises avec les autorités municipales pour leur faire exécuter les travaux indispensables à l'assainissement et à la propreté de la ville et du port. Il n'obtint aucun résultat.

Boulogne, Calais et Dunkerquc furent notablement améliorés.

Les arsenaux et leurs magasins furent l'objet d'une réglementation sévèrement appliquée, ce qui était nécessaire pour éviter le gaspillage et le vol, ce que l'on appelle aujourd'hui, par euphémisme, les détournements.

En 1680, Louis XIV visita Dunkerque; il n'avait pas encore vu, et, chose bizarre, il ne vit jamais un seul de ses grands ports. Satisfait des immenses travaux que Vauban et Colbert avaient fait exécuter à Dunkerque, il écrivit au ministre :

J'ai été 1res content des travaux du port ; j'entendrai bien mieux présentement les lettres de marine que je ne faisais, car j'ai vu le vaisseau de toutes manières et faire toutes les manœuvres, tant pour le combat que pour la route. Je n'ai jamais vu d'hommes si bien faits que le sont les soldats et les matelots. Si je vois jamais beaucoup de mes vaisseaux ensemble, ils me feront grand plaisir. Les travaux de la marine sont surprenants, et je n'imaginais pas les choses comme elles sont. Enfin, j'en suis très satisfait. Mon voyage me coûtera quelque chose, mais mon argent sera bien employé, car j'aurai plus de pièces qui verront la rade et les attaques à revers; votre fils vous expliquera le détail. J'ai vu comment on fermerait l'arsenal. Je crois que tout ira à merveille et qu'après cela Dunkerque sera le plus beau lieu du monde. Voilà ce que je suis bien aise de vous dire pour aujourd'hui.

Partout Colbert imposait une économie sévère et un ordre absolu. Il s'occupe des soins à prendre pour conserver les vaisseaux, ce qui est aussi indispensable

lOf) COLBERT.

que d'en construire. On lit dans ses instructions à Seignelay :

N'y ayant rien dans toute la marine de plus important que la conservation des vaisseaux, il n'y a rien aussi à quoi on doive donner plus d'application. Pour cet effet il faut donner des ordres précis et tenir la main à ce qu'ils soient tenus exlraordinairemenl propres', tant dedans que dehors, depuis la quille jusqu'au bàlon de pavillon.

Observer avec soin la différence qu"il y a entre les vaisseaux du Roi et ceux de Hollande sur ce point de la propreté ; s'informer de tout ce qui se passe en Hollande et de tout ce qui se fait pour les maintenir en cet état, et faire observer les mêmes choses en France, et quelque chose de plus, s'il est possible.

11 faut considérer cette propreté comme l'âme de la marine, sans laquelle il est impossible qu'elle puisse subsister-; et il faut s'y appliquer comme à ce qui est plus important et plus nécessaire pour égaler et même surpasser les étrangers.

De cette propreté dépend encore l'arrangement parfait dans tous les magasins et travaux de marine, sur quoi il faut voir en détail chacune chose pour les pouvoir réduire au degré de perfection qu'il est nécessaire.

Il faut, de plus, examiner avec le plus grand soin le véritableprix de toutes les marchandises et manufactures, etchercher tous les moyens possibles pour les réduire au meilleur prix qu'il se pouiTa ; pour cet effet il faut être informé de ce que chacune nature de marchandise coûte en Hollande et en Angleterre, comme :

1. Notre nation était alors <( la plus malpropre de toutes celles qui allaient en mer ». L"hygiène en souffrait encore plus que la conservation des vaisseaux.

2. A cause des maladies épidémiques que la malpropreté engendrait parmi les équipages.

Les chanvres, le fer, les toiles noyalesi, les ancres, etc.

Il faut, de plus, s'informer particulièrement de l'économie qu'ils observent en toutes choses, les travaux qu'ils font faire à journées, et ceux qu'ils font faire à prix faits ; la discipline et police qu'ils observent dans leurs arsenaux, et enfin tout ce qui peut contribuer au bon ménage et économie des deniers du Roi, et tenir pour une maxime certaine sur ce sujet que celui qui fait la guerre à meilleur marché est assurément supérieur à l'autre.

Avant Golbert le recrutement des vaisseaux de l'État se faisait à l'aide de la presse, coutume brutale et inique qui est encore en usage en Angleterre. En cas de besoin, l'État faisait main basse sur les matelots du commerce et les embarquait. Après divers essais pour organiser la levée des équipages sur des bases équitables, Golbert établit, en 1668, le système des classes'. On fit un rôle général des marins; on déclara qu'ils appartenaient à l'État, et on les partagea en classes, dont le nombre fut fixé à trois'; ils devaient servir à bord des vaisseaux du Roi, une année par chaque période de trois ans. Les marins enrôlés jouissaient de quelques faveurs ; s'ils étaient blessés, ils étaient secourus ou pensionnés; leurs familles étaient aussi secourues par la caisse des gens de mer fondée en 1673.

Mais en temps de guerre on prenait tous les marins

1. On désignait sous ce nom certaines toiles très fortes, fabriquées surtout à Olonue.

Page 1