‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 85 sur 183 · La généralité, le plus grand nombre · texte numérisé non relu

La généralité, le plus grand nombre

particuliers ne s'y sont jamais appliqués, et qui môme en quelque sorte est contraire au génie de la nation, peut-être qu'il n'y avait rien qui pût être entrepris de plus difficile ni de plus avantageux pour le règne de V. M., puisque à cette augmentation de puissance en argent étaient attachées toutes les grandes choses qu'elle a déjà faites et qu'elle pourra encore faire pendant toute sa vie.

Les contemporains ne comprirent pas grand'chose à ce que Colbert voulait et faisait : l'abbé de Ghoisy a dit dans ses Mémoires :

Il crut que le royaume de France se pourrait suffire à luimême ; oubliant sans doute que le Créateur de toutes choses n'a placé les différents biens dans les différentes parties de l'univers qu'afîn de lier une société commune, et d'obliger les hommes par leurs intérêts à se communiquer réciproquement les trésors qui se trouveront dans chaque pays^

Louis XIV lui-même comprit-il bien le génie et l'œuvre de Colbert? N'avait-il pas un secret mépris pour le commerce, l'industrie et toutes ces questions d'argent? Ne mettait-il pas Louvois au-dessus de Colbert? Est-ce que Louvois, sa sotte jactance, ses basses flatteries, l'armée et la guerre qui ruinaient la France, n'étaient pas pour le grand Roi bien au-dessus de Colbert, de son économie, de sa sagesse, du commerce et de l'industrie qui enrichissaient son royaume? Mais

1. Colbert n'est pas contraire à cette id{'c fort juste : seulement il nfi veut pas que les Hollandais seuls aillent aux Indes, en Amérique et ailleurs chercher « les différents biens »; il veut que les Français y aillent aussi et prennent leur part du commerce des « trésors qui se trouvent dans chaque pays ».

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Louvois travaillait à la gloire du Roi, et Colbert n'était qu'un habile régisseur chargé de fournir de l'argent. Après lui, en effet, on détruisit de gaieté de cœur une partie de son œuvre, et on laissa le reste se détruire peu à peu : la partie militaire seule, la marine, fut conservée.

Colbert sait aussi bien que nous quelle est la valeur de la liberté en matière de commerce. Il écrit, le 24 juin 1664 :

Je suis un peu contrarié de tout ce qui peut gêner le commerce, qui doit être extrêmement libre ;

Et le 1" septembre 1671 :

Il y a dix ans entiers que S. M. travaille à établir dans son royaume une liberté entière de commerce et ouvrir ses ports à toutes les nations pour l'augmenter.... Le commerce, universellement, consiste en la liberté à toutes personnes d'acheter et vendre, et en la multiplicité des acheteurs. Tout ce qui tend à restreindre la liberté et le nombre des marchands ne peut rien valoir.

Il veut la liberté à l'intérieur de la France ; il n'en veut pas aux frontières, parce qu'elle profite exclusivement aux Hollandais. 11 supprima autant qu'il le put les entraves que les douanes intérieures apportaient aux transactions entre les provinces de la France. On payait, à ces douanes, des droits nombreux et confus : Colbert les remplaça par un droit unique, à l'entrée et à la sortie', il accorda aux ports de Marseille (1669) et

1. Les provinces dites des ciuq grosses fermes qui avaient accepté le tarif de 1664 formaient un bloc composant la partie

de Dunkerque, la franchise complète. Les idées opposées à la liberté étaient alors si générales et si ancrées dans les esprits, que la mesure qui déclarait Marseille port franc, et qui allait lui donner de si grands développements, souleva à Marseille même une vive opposition.

Colbert voulait qu'on enseignât les langues vivantes, le hollandais, l'anglais. « L'Université n'admettait pas cet enseignement, et les négociants étaient obligés d'envoyer leurs enfants en Angleterre et en Hollande pour y apprendre la langue de ces pays. Afin de combler cette lacune, Seignelay, réalisant sans doute une idée de son père, fit enseigner ces deux langues dans les ports de mer' ».

Colbert aurait voulu établir l'uniformité des poids et mesures : il dut renoncer à ce projet, mais il l'imposa dans tous les arsenaux de la marine.

A chaque pas il se heurtait contre toute sorte d'obstacles et de résistances : la paresse, l'ignorance.

septentrionale do la France (Picardie, Boulonnais, Normandie, Perche, Maine, Anjou, Poitou, Touraine, Berry, Bourbonnais, Bourgogne, Beaujolais, Bresse, Bugey, Dombes, Ile-de-France, Orléanais, Champagne) ; — les provinces réputées comme étrangères comprenaient le midi de la France (Saintonge, Bordelais, Périgord, Angoumois, Limousin, Auvergne, Lyonnais et Forez, Dauphiné, Provence, Languedoc, Roussilion, Guyenne, Gascogne, Béarn, Navarre), plus la Bretagne, — Flandre et Artois, — Franche-Comté.— Il y a aussi les «provinces à l'instar de l'étranger effectif » (Alsace, Lorraine, Dunkerque, pays de Gex, Marseille, Bayonnc). Des douanes existent entre chacun de ces groupes; il en existe aussi entre presque toutes les provinces réputées étrangères du midi de la France.

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