LA FAMILLE ET LE PREMIER EXIL DE VILLON
La date de la uaissance de Yîlloii. — La Êunille bourboiinaise de Montoorliier. — Les parente de TiBoo. — Ses études à rUni- ▼ersité de Paris. — Ses élèves. — I^e meurtre de Philippe Cbei^ moye. — Le bannissement. — La jrepue franche de Bourg-la- Reine. — L'abbesse de Port-Royal. ~ Retour de TiUon à Paris, — Catherine de YaussçUes. — La Grosse Margot.
La question du nom étant à peu près résolue, il nous faut dire ce que Ton sait de la date de la naissance, de la famille et de la jeunesse du poète.
La date de la naissance de msdtre François, comme celle de la plupart de ses contemporains appartenant même à dHllustres familles, est impossible à fixer d'une manière certaine. On conçoit aisément que, privées des ressources qu'ont offert plus tard les registres de baptême, des personnes souvent illettrées aient été impuissantes à indiquer l'âge précis des enfants qu'ils avaient vus naître. On rencontre même au vxiii*
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siède des personnes inscrites sût les registres de réglise^ et qtd, s'imaginant être, à Tépoqne de lettf mariage, plus âgéeâ de trois on quatre ans qu'elles ne Fêtaient eti réalité, conservèrent cette croyance pendant les soixante dernières années de leur vie. Il est indispensable de bien se pénétrer de Tinsouciance ou dé Tignorance générales du Moyen- Age relativement À la date de naissance, avant de mettre en œuvre les déclarations que Villon fournit plus ou moins directetemenl au sujet de son âge en i45si, en i455 et en
Il y a peu de temps encore, le seul itidice avec le* quel on pût essayer de fixer cette date était contenu dans le premier vers du Grand Testament, écrit après le a octc^e 1 461 et dans lequel -Villon déclare qu'il était alors dans sa trentième année; aussi plaçait-on sa naissance en i43i, et Ton était même en droit d'ajouter qu'il était né entre le mois d'octobre i43i et celui d'octobre 1482. Mais on possède maintenant ttne lettre de rémission datée de janvier lijSô (n^ st.)* et qui, reproduisant évidemment les termes mêmes de la supplique de maître François, le disent « aagié de vingt-six .ans ou envicon. » Quel est le sens précis decette expression à demi dulntative : « ou environ? w Elle ne petit indiquer que deux choses, à savoir que le suppliant n'était pas certain de son âge à une année près, ou bien qu'il n'avait pas encore vingt-six ans révolus; en un mot qu'il était alors dans sa vingt-
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sixième année : dans ce dernier cas, la lettre de grâce accordée à «c maistre François des Loges, autrement dit de Villon, » permettrait de placer sa naissance entre le mois de janvier i43o et celui de janvier i43i (n. st.). Cependant, la prudence conmiande de n'user qu'avec une extrême réserve d'une indication aussi approximative que celle de ces a vingt-six ans ou environ, d et nous attachons une importance bien plus grande à la date de la réception de François de Montcorbier comme maître ès-arts (mai-août i4^^)» date qui prouve que cet écolier, alors âgé pour le moins de vingt-et-un ans, était né dans Tété de i43i au plus tard.
Passant maintenant à ce qu'on sait de la famille de Villon, nous nous trouvons en face d'un nouvel élément de discussion, le nom de Montcorbier, nom patronymique du protégé de maître Guillaume, dont il faut essayer de tirer quelque lumière.
Le nom de Montcorbier était, à l'époque même où vivait Villon, celui d'une famille noble du Bourbonnais qui avait alors pour chef a noble homme Girard de Afontcoi*bier, escuier, » et dont le manoir principal «était situé aux Ponters, écart de la commune de ^ouchaud (Allier, arr. de la Palisse, cant. du Donjon). Quant au lieu même dont cette famille portait le nom, nous pouvons, grâce à l'obligeance de notre savant confrère, M. Chazaud, archiviste de l'Allier, assurer que son emplacement est occupé aujourd'hui par. le
hameau de la Rue-Neuve, situé à 4 kilomètres à Test des Ponters, à la limite des anciennes provinces de Bourbonnais et de Bourgogne, et s' étendant aujourd'hui sur le territoire des deux communes de Céron (Saône-et-Loire, arrondissement de CharoUes, cant. de Marcigny) et du Bouchaud. Montcorbier, encore habité an XVI* siècle, fut détruit à une époque postérieure et remplacé par le hameau actuel de la Rue -Neuve, où Pon voit encore, dans un pré dit Pré^Corbier, les vestiges d'une motte féodale.
Si l'on se reporte cependant à ce que Villon dit de son père et de son aïeul, on hésitera quelque peu à le considérer même comme un membre d'une branche collatérale de la noble famille bourbonnaise. Il semble plus sage de supposer que le premier de ses ancêtres qui porta le surnom a de Montcorbier t> était natif de cet écart de la paroisse de Céron. Peut-être même pourrait-on voir dans les relations du poète avec les princes de la maison de Bourbon une preuve de son origine bourbonnaise et un indice des liens qui le rattachaient encore à son pays d'origine.
La condition précaire des parents de msûtre François est prouvée par plus d'un passage de ses poésies; elle est surtout attestée, et d'une manière fort énergique, dans cette strophe du Grand Testament :
Porre je snys de ma jeunesse De povre et de «petite extrace ; Mon père n*eat onc grant ricliesse Ni son ayeul nommé Orace.
3o FRANÇOIS yiLLQir
PoYreté tous nous suyt et trace.
Sur les tombeaulx de nos ancestres, Les Âmes desquels Dieu embrasse, On n*y Toit couronnes ne sceptres *.
Quelques-un$ des proches de Villon étaient cependant» en 1461, dans nne condition moins misérable — les documents d'archives nous apprennent qu'un oncle de Villon était, en 14^6, religieux dan$ une abbaye située à Angers --* mais, peu compatissants pour les membres de leur famille demeurés dans l'adversité, il se seraient bien gardés de donner quelque témoignage d'affection au malheureux poète, et celui-ci ne peut s'empêcher de le dire bien haut :
' Je n'ay ne cens, rente, n'avoir.
Des miens, le moindre, je dy voir.
De me desayoner s'avance, Qublyans naturel devoir.
Par Êiulte d*ung peu de chevance *.
La pauvreté du pèi^é de François est à peu près la seule chose qu'on eu connaisse ; il n'existait plus en 1461 et, sans doute, il était mort depuis longtemps déjà* On possède, en revanche, quelques détails sur la « botine mère » du poète, qui désigne ainsi cette sympathique créature et la met en scène, d'une manière touchante, dans sa jolie ballade en forme de