‹ Étude biographique sur François VillonChapitre 5 sur 73 · Le ms. porte : « Le jeu me ne me sembloit i>oint bel · texte numérisé non relu

Le ms. porte : « Le jeu me ne me sembloit i>oint bel

remplacement du nom de Paris par celui éiAusoir (pour Anvers) :

Je suis François^ dont il me poise.

Natif d'Ausoiremprès Pontoise, Et de la corde d'une toise, Saura mon col que mon cul poise * .

Mais ces vers sont immédiatement suivis du huitain suspect. Cependant, bien que le quatrain que nous venons de transcrire fût passé dans le manuscrit de Stockholm, on ne peut attribuer ces modifications au scribe qui, dans Tune et l'autre de ces épitaphes, transcrit d'une manière fort incorrecte les noms sur lesquels portent précisément les additions.

Quoiqu'il en soit, le huitain est l'œuvre d'un copiste qui, songeant que Villon n'avait pas été pendu, a cru devoir modifier dans x:e sens l'épitaphe que le poète avait écrite avant n'en appeler au Parlement; mais, ainsi que le fait remarquer M. Gastoiji Paris ^ , il ne s'apercevait pas que, dès lors, ce morceau n'avait plus de raison d'être. On s'est souvent demandé pourquoi les mots : « Né de Paris emprès de Pontoise, » avaient été remplacés, dans cette variante, par ceux-r ci : € Natif d'Anvers. » A notre avis, il n'en peutétre^

I. Bien que ce quatrain fût au bas du folio 6a t*, et que le huitain que nous avons transcrit plus haut occupât le haut du folio 67 ▼erso, on ne peut nier que ces deux pièces eussent été transcrites à la suite l'une de l'autre, car l'étude attentive du manuscrit nous permet d'afiirmer que, sans une distraction de scribe, le folio 67 aurait d& recevoir le n* 63.

a. Revue critique tf histoire et de littérature^ t. xjv, p. 194.

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donné qu'une explication : le faussaire n'a pas compris la plaisanterie de Villon, qui consistait à faire de la grande cité ui^ satellite de la petite ville ; il s'est ingénié à remplacer le nom de Paris par celui d'un village voisin de Pontoise , et c'est ainsi qu' Au vers fut désigné comme la patrie du plus fameux des poètes du XV* siècle, de préférence à d'autres villages du Vexin français qui intéressaient peut-être moins directement notre correcteur.

Anvers est donc une correction intempestive dont on se rend parfaitement compte. Le remameur a été mieux inspiré en disant que Villon n'était pas le véritable surnom du poète ; cependant ce nom n'étant pas Corbeil, comme le vent le manuscrit Fauchet, nous pensons qu'il importe de parler dès maintenant des actes authentiques qui nous permettent de le rejeter, oo, pour parler plus exactement, de rétablir le second vers du huitain, tel qu'il dut sortir des mains de son auteur.

On trouve dans le registre du Trésor des Chartes, côté JJ 187, une lettre de rémission accordée en janvier 1455 (14 56, n. st.) à « maistre François des Loges, autrement dit de Villouy aagié de vingt-six ans ou environ » pour un meurtre commis le jour de la Fête-Dieu, au cloître de Saint-Benoît-le-Bétoumé, à Paris, sur la personne de Philippe Chermoye, prêtre. Or, si l'on considère le titre de mattre que ce document donne au suppliant et qui est également

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attribué à Yilloa par ks premiers éditeurs, ainsi que par Fauteur des Repues franches; si l'on rapproche le surnom du déHncpiant du nom de famille de « maistre Guillaume de Villon, » que le poète appelle fiou t phid que père; i sî l'on remarque que^ suivant le préambule du Grand Testament, Villon devait être né en x4^i ^^ avoir de vingt-quatre à vingt-cinq ans en janvier i455 (v. st.), iLde\iesit presque impossible de douter que « maistre François des Loges > et Villon ne fassent un seul et même personnage.

La découverte de cette lettre de rémission paraîtrait devoir faire cesser les conjectures sur le véritable uom de Villon : elle ne f«rme cependant pas l'ère des hésitations* La présence dans un autre regfêtre du Trésor 4es Chartes (JJ id3) d'une lettre de rémission adressée dans le même mens de janvier i45S et pour le même cnme à t François de Monterbier, maistre es ars, » vient de nouveau obscurcir la question. L'âge du sup-^^ {^ant n'est pas énoncé dans cette seconde pièce ; mais François de Monteihier ne peut être distingué de François des Loges, car le récit de la rixe est le même à quelques détails près dans les deux lettres; ici la victime est appelée « Pbelippe Sermoise » au lieu de t PheHppe Chermoye. » Nous renonçons à expliquer ce fait d'une double requête adressée par le même personnage sous deux noms dififérents et amenant la délivrance de deux lettres de rémission. Nous nous contenterons de faire remarquer pour l'honneur de la

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chancellerie royale que les deux lettres ne furent pas données au même lieu : la première est datée de Saint- Pourçain, en Bourbonnais, où le roi se trouvait alors, et la seconde de Paris.

Il est certain^ par le fait même de ces deux requêtes, que le poète était connu à Paris sous Fun et l'autre des noms dont il les signa; mais il importe de distinguer son nom patronymique. Il nous a paru que pour par* venir à résoudre ce petit problème, il convenait de recourir aux archives de TUniversité de Paris, où Villon avait étudié.

Le seul document de ces ai'chives où nous pouvions espérer trouver quelque renseignement sur notre poète est un registre des procureurs de la nation de France pour la Faculté des arts, registre sur lequel on inscrivait les- noms des écoliers qui obtenaient les grades de bachelier, de licencié et de maître. ïïous n'avons trouvé dans ce registre , qui se rapporte aux années i444 ^ 14^69 ^ François des Loges, ni François de Monterbier, ni même Corbeil; mais nous remarquons en revanche , parmi les rares écoliers du nom de François, un Francise us de Moult'Corbier, parisiensis, nommé par trois autres fois Franciscus de Montcorhier. Il figure en mars 1448 (v. st.) parmi les baccalariandi * , et un peu

(i) Folio 97 V®, du registre des procureurs de la Nation de France conservé à la Bibliothèque de l'Université. — La bourse de Franciscus de Moult'-Corbier, parinetuisy y est estimée deux sons parisis.

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plus de trois ans après, c'est-à-dire au temps de Jean de Gonflans qui exerça les fonctions de procureur de la nation de France du 4 n^ai au a6 août 1 4^2, on le compte au nombre des jeunes gens appelés à la licence, puis à la maîtrise es arts ^ . Or, le nom de Montcorbier étant le seul qui puisse être rapproché ' d'un de ceux que les lettres de rémission attribuent à Villon, et se retrouvant, du reste, à plusieurs reprises dans un registre original, ce nom est à notre avis le véritable nom du poète. Le changement de Montcorbier (ou MoncorbierJ en Monterbier résulterait d'une faute de copiste, car on sait combien est grande dans l'écriture du xv* siècle la ressemblance des lettres t et c d'une part, o et e de l'autre, et nous ne craignons pas, en émettant cette opinion, de recevoir le blâme de quiconque, ayant étudié quelque peu les registres du Trésor des Chartes, a pu juger combien les noms propres y sont quelquefois altérés.

U est possible que le nom Corbeil ne soit qu'une

I. « SiQurruR NOMEif CDJUSDAM LiCENCiATi '^ Domînus Fraiteiscus de Montcorbier, de Parisius, cujus bursa : II s. p. — Sequuntur nomina illorum qdi ingeperunt in presenti procura- TORiA (JoHAimis DB CoNVLANs) : .... Dominus Fronciscus de Montcorbier, de Parisius, incepturus sub me procuratore : II s. p. * (foUo i55 r° du registre déjà cité). — Cinq lignes plus bas, Jean de Gonflans a reproduit la mention de F. de Montcorbier sous cette forme : « Dominus Franciscus de Montcorbier, de Parisius, incepturus sub magistro de Confions tune procuratore : II s. » On peut tirer de ees mentions la preuve qne François de Montcorbier étudiait alors sous la direction de Jean de Gonflans Le chiffre qui suit le nom des écoliers est celui de la valeur de leur bourse.

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^ corraption de celui de Moneorbier. On ne doit pas oublier^ en effet, que nons ne connaissons du huitaôn qui le fournit qu^une transcription qui, sans doute, ne se rattadiait à l'original qut par plusieurs intennédiaires. Il semble, en outre, difficile d'admettre que le remanieur ait pu commettre ce grossier pléonasme : « Nommé Corbeil en mon seumom, » et on peut dès lors supposer que les deux premières syllabes de ce vers renferment une fausse leçon. Or, le remanieur, pour peu qu'il connût Villon ou qu'il eût des rensei'gnements sur oe poète, dont il était le contemporain, doit avoir écrit :

Je Buis François, dont U me poise.

De Mamte9rhier en mon seurnom.

Aussi nous arrêterons-nous à cette hypothèse qu'un copiste maladroit aura fait du second vers : « De nom Cerbier en mon seumom, » leçon qu'un second scribiE» modifia légèrement pour éviter la redondance. Qaant à la dififêrence qui subsiste entre Corbier et Corbeil, les manuscrits offrent trop souvent des variations analogues en ce qui concerne les noms propres, pour qu'il y ait lieu de s'en occuper autrement.

L'origine du nom de Villon a été l'objet de plusieurs conjectures. Selon le président Faiichet, le poète aurait été ainsi surnommé « pour les tromperies qu'il fît en sa vie ^ » ; mais cette explication ne saurait être

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