Grand Testament, huit
2. Petit Testament, huit. 7. La leçon (jue nous donuons ici n'est fournie que par un seul des trois manuscrits <Im Petit Testiment qui donnent ce huitain, inconnu à toutes les éditions anciennes, et
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taisifs de la jeune « damoiselle, » ce fut sans doute tout au moins pour toueher le cœur de la belle insensible par de riches présents, que maître François se laissa entraîner à cette série de vols que nous révèle l'interrogatoire de Guy Tabarie.
Ce dernier document ne nous apprend pas quels furent les initiateurs du poète dans cette voie d'opprobres, et on ne les connaîtra peut-être jamais d'une manière positive. Il v a tout lieu de supposer cependant que le mauvais génie de Villon fut Colin de Caveux, l'habile crocheteur que Tabarie rencontra plusieurs fois dans la compagnie de maître François '. On peut aussi compter, au nombre des plus dangereuses liaisons de Villon, celle qu'il contracta avec un autre écolier parisien, Régnier de Montigny. Colin et Régnier jouissaient l'un et l'autre de la plus triste
elle résulte siins doute d'une con-ection. Suivant le manuscrit de Paris ( i()6i du fonds français') et le manuscrit de Stockholm, Villon aurait écrit :
Autie que moy est en queloingne.
Dont oncques soret de Bouloingne
Ne fut plus altéré d'humeur Remarquons à ce propos la singulière méprise de Prompsault, qui a lu dans le ms. de Paris ybref au lieu de soret (hareng). Le vers de Villon n'ayant dès lors aucun sens, M. Paul Lacroix a cru pouvoir remanier le vers de cette façon :
One loup en forest de Bouloingne et dit en note (p. 11 de l'édition de la Bibliothèque Elzévirienue) : « Ce vers prouve qu'il y avait encore des lou])S dans la forêt, c'est-à-dire au bois de Boulogne. »
I. Voyez l'interrogatoire de Guy Tabarie sous le n' X des ])ièces ustificatives de ce volume.
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réputation; tous deux terminèrent leur existence au gibet ^, et le poète; rappehiit en 1461 leur sort funeste dans les vers qu'il adressait aux « enfants perdus. » On ne sait pas exactement à quelle époque remontent les premières relations du malheureux poète avec ces deux misérables; mais si 1 on observe que l'un des chanoines de Saint-Benoît-le-Bétourné, au temps de l'adolescence de François de Montcorbier, était maître Etienne de Montigny -; si l'on remarque, d'autre part, que vers la même époque, INicolas de Cayeux était le nom d'un habitant de la rue des Poirées 3, située à peu de distance au sud de Saint-Benoît, on sera tenté de croire que Villon connut Régnier et Colin dès sou enfance, celui-ci demeurant sans doute chez son père, celui-là peut-être chez son oncle le
I. Voyez la « belle leçon de Villon aux enfants perdus • (strophe l''-'), et la ballade du Jargon (strophe 2).
■2. Etienue de Montigny, docteur en décrets, chanoine de Saint- Benoît et curé de Colombes, au diocèse de Paris, est fréquemment nommé dans les titres relatifs au chapitre de Siiiut-Benoît, <lutant de la fin du règne de Charles VII. On ccmsei-ve encore dans les archives de cet établissement (Arehlves nationales , S. 891 b) un extrait du testament d'Etienne de Montigny, rédigé le 18 janvier l4t>t>5 et (Mtrtant don au chapitre d'une maison sise au cloître, devant le puits, à l'image de Saint-Etienne.
3. Voyez an f" ii6 recto du « ciirtulaire de la communauté de Sainct-Renoît, faict l'an mil 4''7 " (Arcliives nationales , LL. 5j~), l'inventiire des titres de « l'ostel qui fut Nicolas de Cayeulx en b rue des Porrées » ; il est encore fait mention de cette maison au f" vil r" du même volume. Inutile, s;ms doute, de rappeler que le nom de Colin de Cayeux, le complice d* Villon, n'est (ju'une forme familière de celui de /Vicolns.
chanoine, et que plus tard, par faiblesse de caractère, François ne put se défendre de les hanter, même après que leur fréquentation fut devenue compromettante.
L'un de ces deux personnages, Régnier de Montigny, appartenait à une honorable famille, qui possédait différents fîefs aux environs de Paris; aussi le voit-on qualifié « noble homme, » au cours du Petit Testament K II était né à Bourges vers 1429 et avait, par conséquent, environ deux ans de plus que Villon. Son père , Jean de Montigny , fidèle au dauphin Charles, avait quitté Paris lors de l'entrée des Bourguignons en 14 18 et n'y rentra qu'avec son souverain après la réduction de la capitale en i436. A son office de pannetier du roi, il joignit alors la charge d'élu de la ville de Paris ; mais la mort ne tarda pas à le surprendre et il laissa, outre sa femme Colette de Vaubolon, un fils et deux filles, issus d'un premier mariage et fort jeunes encore, dans un état voisin de la misère. Il possédait encore cependant quelques revenus féodaux, car son fils vendait, en i455, à Lubin Raguier, un fief connu sous le ncm de « fief de Montigny, » et qui était assis sur le moulin de Bures, près d'Orsay 2.
Régnier, que les registres judiciaires qualifiaient de
1. Petit Testament, biiit. i8. — C'est sans doute la noblesse de Régnier de Montigny qui jiorta Villon à lui léguer trois chiens ; . neuf autres sont aussi donnés, dans le huitain suivant, au seigneur de Grigny.
2. JulesLair, Histoire de la seigneurie de Bures (Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de i'ile-de-France, t. II, p. 204).
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clerc, contracta de dangereuses liaisons et fut arrêté plusieurs fois. En août i452, il était condamné au bannissement par une sentence du prévôt de Paris |)Our avoir, une certaine nuit, en compagnie de deux autres garnements, rossé deux sergents du guet à la porte de «. lostel de la Grosse ilargot •, » dont Villon connaissait si bien l'enseigne qu'elle lui fournit le sujet d'une de ses ballades. Il fut aussi emprisonné à Rouen, à Tours et à Bordeaux. A Poitiers, Régnier commit une escroquerie digne de Patelin : il y acheta pour vingt écus de drap et se fit donner par le marchand vingt autres éius, ne lui laissant en retour qu'une boîte où il disait avoir mis vingt nobles. A Paris, il jouait au jeu de la marelle et fut poursuivi comme pipeur. Enfin, compromis dans une affaire plus grave, le mem'tre de Théveuin Pcnsot, commis dans une maison du cimetière de Saint- Jean-en-Grève, il obtint une lettre de pardon. Rendu plusieurs fois connue clerc à Févèque de Paris, il ne tardait pas à recouvi-er la liberté. I\Iais la justice se lassa de retrouver toujours sous sa main ce pécheur incorrigible. Dans l'année 14^7, c'est-à-dire peu de temps après avoir aliéné le fief de Montignv, le dernier débris, peut-être de l'héritage paternel, Régnier j^irticipait à plusieurs vols sacrilèges, faisant le guet pendant que ses compagnons enlevaient deux burettes d'argent eu
r. Voyez, le ii' UI des |(U'<;es justilicalives.
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l'église dos Quinze-Vingts, puis un calice et un petit livre d'heures dans l'église de Saint- Jean-en-Grève. Emprisonné au Chàtelet de Paris pour la deuxième fois, il était encore réclamé le 24 août lA^? par l'évèque de Paris ; mais cette réclamation n'ayant pas été accueillie, il fut condamné à mort. Régnier en appela au Parlement; mais peu confiants dans la bonté de sa cause, ses parents intercédèn-nt pour lui, et, en considération des services de sa famille et par compassion pour sa sœur qui allait devenir mère, une lettre de rémission lui fut accordée, à la charge cependant, pour Régnier, de se rendre en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle *.
Il est douteux toutefois que la condamnation prononcée par le Chàtelet n'ait pas été exécutée, car le Parlement paraît avoir refusé l'entéx'inement de la lettre de rémission. Les registres criminels de cette cour renferment un curieux résumé de la plaidoirie de Simon, procureur du roi, qui déclarait la rémission subreptice, se fondant sur l'omission de certains cas graves dans l'exposé des lettres, et de celle <Ie Popaincourt, qui défendait le condamné ^. En tout
1. Les renseignements sur les antécédents judiciaires de Montigny sont empruntés à cette lettre de grâce donnée en septembre 1437 (Arcliives nationales, JJ. i8g, pièce lyg, P 96 v") ainsi qu'aux plaidoiries des -ij août et 10 septembre 1437» relatives à sa réclamation par l'évèque de Paris et à l'entérinement de la lettre de rémission [Ibid. , X^» 28).
2. Archives nationales, X''" 2cS. — Oji trouve en outre, dans ce
cas, Montignv était pendu à 1 époque où Villon écrivait ses ballades en jargon, et il se peut même qu'il ait étrenné le gibet construit vers if\S'] non loin de celui de Montfaucon, gibet qui porta, peut-être en l'honneur de ce drôle, le nom de « gibet de Montignv » '. Quoi qu'il en soit, le souvenir de Régnier était encore vivant treize ans plus tard dans le monde judiciaire, et nous voyons alors le procureur du roi le rappeler devant le Parlement au sujet d'un clerc, prisonnier au Châtelet et réclamé par lévéque de Paris ^.
registre, à la date du 3 novembre i457, une déclaration de Jean Aveiiel, prêtre cbapelaiu de Saint- lean-en-Grève, qui « se tient content et pf)ur restitué d'un galice nagueres malpris et enblé par Renier de Monti^v et Nicolas de Launoye en ladite église de Sainct-Jelian. »
1. On trouve, en effet, dans un compte du domaine de la ville de Paris, en l458, mention des « œuATes et réparations faites à cause d'nn nouveau gibet fait outre la paroisse Saint-Laurent, appelle le Giliet de Montignv, ledit gibet n'a gueres fait de neuf près de la grant justice de Paris. Premièrement pour avoir refait les fondemens qui portent les piliers qui autrefois avoient servi, lesquels fondemens estoient tous démolis » 'Siiuval, Eist. et rech. lies antiquités de Paris, t. ÎII, p. 359 V Suivant Sauvai [Ibid., t. IL p. 6l3), ce gibet daterait de i4i6; mais nous ignorons sur quoi repose cette opinion, et il ne nous paraît pas im])ossible que le gibet de Montigny puisse être reconnu dans un gibet voitin de Montfaucon, connu sous le nom de Petit-Gibet et auquel fut pendu, en iBaS, Remy, seigneur de -Vo/ir/^'^v-Lencoup, surintendant des finances, condamné à mort Comme concussionnaire [FliiiL, t. II, p. fiiîV Cette identification, on nous permettra de le remarquer, contredirait l'hj-jiotliése que nous avons émise au snjet des rapports possibles entre Régnier et le gil)et de Montigny.
2. Ganay, pour le procureur du roy • allègue de Turgis et de Montigny qui estoient clercs non marie/., qui fui-ent requis par l'evesque, in judicio contradictorio , mais il en fut débouté. —
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L'histoire de Colin de Cayeux n'est pas plus édifiante (|ue celle de Régnier de Montigny. Fils d'un serrurier, Colin avait été mis à l'étude, mais il se laissa entraîner de bonne lieure dans le crime. « Larron, crocheteur, pilleur et sacrilège, être incorrigible, » c'est ainsi que s'exprime à son égard le procureur du roi, Cayeux fut rendu deux fois à l'évéque de Paris, le 9 février i45oetle 14 septembre 1452. En 1456, il fut arrêté par le guet du Chàtelet. Il fut aussi pris en Normandie, s'évada de la prison de l'évéque de Baveux, et crocheta de même, pour s'échapper, les prisons de Tarchevèque de Rouen. A Paris, il prit part, vers la même époque, nous Tavons dit plus haut, à deux vols considérables commis au préjudice d'un religieux augustin et du collège de Navarre. Enfin, dans Tété de 14^0, Colin de Cayeux,. arrêté dans l'église de Saint-Leu-d'Esserer.t, au diocèse de Beauvais, par le prévôt de Senlis, fut d'abord confié à l'évéque de cette ville, dont il quitta les prisons pour être transporté à la Conciergerie, à Paris. Le 28 septembre, on discutait au Parlement la réclamation de l'évéque de Beauvais, dans le diocèse duquel on l'avait pris, et celle de l'évéque de Sen-
Bataille dit que Tiirgis et Montigny ayoient esté plusieurs fois prisonniers , ce que n'a esté le prisonnier dont est question » (Arch. nation., X'' 83n, f° 206 v"V — Nous devons faire obsei-ver que le Turgis dont on parle ici n'est pas Robert Turgis mentionné par Villon, mais un certain Christoplie Turgis qu'on retrouve dans les registres criminels du Parlement.
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lis, qui l'avait ou momentanément en garde : le procureur du roi, Barbin, déclarait Colin incorrigible et lui déniait comme tel le droit de jouir du privilège de clerc *. Bien qu'un an après Villon nous apprenne par une ballade du Grand Testament que Caveux avait subi le dernier supplice, il ne paraît pas que sa condamnation à mort ait été prononcée en septembre 1460. Ce n'était pas sa visite à l'église de Saint-Leud'Esserent qui devait le conduire à la potence, mais bien les « esbats » qu'il allait prendre, se fiant sur l'appel au Parlement, à Rueil, au diocèse de Paris, et à Montpipeau, au diocèse d Orléans -.
1. Tous les détails qui précèdent sont empruntes à la pièce justificative placée sous le n* XI, et à l'interrogatoire de Guy Tabarie (pièces justificatives, n° X).
2. C'est du moins ce qui résulte de ces vers de la ^ lielle leçon de Villon aux enfants perduz » :
Se vous allez à Mont])ipeau
Uu à Ruel, gardez la peau ;
('ar pour s'eshatre en ces deux lieux.
Guidant que vauloist le ra]>peau,
La perdit Colin de C^yeulx.
VILLON ERRAXT
Villon était-il hanni du royauine? — Villon en Poitou. — La cour du duc d'Orléans. — Villon en Ben y. — Ses relations avec les princes de la maison de Bourbon. — La prison de î.îeung-sur- Loire. — La délivrance. — État moral de Villon en 1461. — Les anecdotes rabelaisiennes sur Villon.
Le Parlement avait prononeé contre Villon la peine du bannissement, ce n'est pas douteux, et Rabelais, quatrc-Aingt-dix ans environ après cet événement, rapporte que notre écolier, « banni de France, » s'était retiré en Angleterre *. Mais cette dernière allégation a été mise en doute, en raison de certaines inexactitudes sur lesquelles repose 1" anecdote que l'auteur de Pantagruel raconte sur le séjour du poète au-delà de la Manche. Un des écrivains qui ont le plus sérieusement étudié Villon, M. Campaux, ne paraît pas