‹ Étude biographique sur François Villon, d'après les documents inédits conservés aux Archives nationalesChapitre 21 sur 62 · I. Voyez plus loin, pièces justificatives, n° XVL · texte numérisé non relu

I. Voyez plus loin, pièces justificatives, n° XVL

FRANÇOIS VILLOX

croire que le coinj)lice de Colin de Cayeux fut banni de tout le royaume, car, dit-il, « il est assez étrange a que Villon, qui déplore si vivement d'être exilé de (c Paris, n'ait pas exhalé ses plaintes en se voyant « chassé, non-seulement de Paris, mais encore de « France. » INous avons aussi incliné jadis vers ce sentiment; cependant, aujourd'hui, il nous semble peu raisonnable de croire que 1" amant de Catherine de Vaussellcs nait pas été banni du royaume. En effet, pourquoi la cour eût-elle prononcé contre Villon une sentence qui lui aurait seulement interdit le séjour dans le territoire de la prévôté de Paris, puisqu'un nouveau délit, commis par lexilé dans le vaste ressort du Parlement, pouvait le ramener devant elle 1. Est-il même croyiU)le que le Parlement ait | jamais prononcé une telle peine, lorsque nous connaissons, sous le règne de Louis XI, un arrêt dune juridiction aussi peu étendue que celle du prévôt de Paris, bannir du royaume de France deux femmes convaincues de faux-témoignage 2.

Nous admettrons donc, jusqu'à preuve du contraire, que Villon fut banni de France et qu'il dut gagner la frontière. INIais, de quelque côté qu'il se dirigeât, au nord, à l'est ou au sud, il lui fallut sans doute encore un temps assez Imig pour sortir <lu

1. François Paillon, sa vie et ses œuvres, p. 253-254. a. Voyez, la Chronique scandaleuse à la date du ii mars i477 (V. st.).

i-oyaume, si toutefois il en sortit ^. Aucune nouvelle sentence n'intervint sans doute, à son égard, avant le printemps de Tannée 1461, et cependant nous le retrouvons à cette date au centre du royaume, dans l'Orléanais, participant évidemment à quelque nouveau méfait, car alors les portes de la prison épisco- |)ale de Meung-sur-Loire se fermèrent derrière lui.

Dans l'état actuel des recherches sur l'auteur des deux. Testaments, il n'est guère possible de dresser l'itinéraire du malheureux poète depuis son expulsion par le Parlement jusqu'à son emprisonnement à Meung. Ce qu'on sait des pérégrinations de Villon se borne alors à quelques noms de lieux, à quelques indices laborieusement relevés dans ses vers, et encore ne saurait-on distinguer avec certitude ce qui se rapporte à l'époque qui suivit immédiatement la composition du Petit Testament, c'est-à-dire à l'exil volontaire de maître François, de ce qui se rattache à son exil juridique.

I . On voit, par un passage de la Chronique scandaleuse , que \ei bannis n'étaient guère surveillés et qu'ils cheminaient en toute liberté. C'est ainsi, par exemple, qu'on y raconte le départ, ])Our l'exil, d'un prédicateur cordelier des plus populaires à Paris : « Et le lundy, premier jour de juin, audit au (^1478), par le premier président de Parlement et autres qui se disoient avoir charge du roy , fut dit et declairé audit frère Anthoine Fradin qu'il estoit à tousjours banny du royaume de France et que, pour ce faire, il vuidast incontinent et sans arrester hors d'icelluy royaulme; ce qu'il fist. Et vuida le lendemain de ladite ville de Paris Et y en eut plusieurs , tant hommes que femmes, qui le suivirent hors de la ville de Paris, jusques bien loing, et puis après s'en retournèrent. »

8o rRWCOIS VILLON

Cost (■(•pi'iulaiit bien plus vraisemblablement durant la première de ces périodes que Villon résida dans la partie septentrionale du Poitou, vers les limites de la Bretagne et de l'Anjou. Le séjour du poète à Saint- Géneroux, près Thouars, ou dans tout autre localité de cette région, où il aurait connu les deux dames qui lui enseignèrent le langage poitevin *, se rattache probablement, en effet, au voyage d'Angers, entrepris, on s'en souvient, dans une intention criminelle.

Il est moins facile de classer la visite probalîle de Villon au duc d'Orléans, qui sans doute habitait alors un de ses châteaux des bords de la Loire , et la participation du chantre des Daines- du temps jadis à un concours poétique ouvert par le duc d'Orléans : la

I. Les iincieniies éditions du Grand Testament (liuiuiin ()4) donnent :

Filles sont très belles et gentes,

Demourans à Saint-Genou

Près Siiint-Julien-de-Voventes,

Marelles de Bretaigne uu Poitou,

Mais je ne dis proprement où ;

Or, y pensés trestous les jours.

Car je ne suis mie si fou!

Je pense celer mes amours.

Mais il y a une faute évidente dans le second vers de cette strophe, trop court d'une syllabe, et certains éditeurs ont cru j)Ouvoir y remédier en traitant demourans (ou demourant), comme adjectif : de là le vers « Demeurantes il Saint-Genou » qu'on trouve dans les éditions modernes. La bonne leçon ,

Demcunmt à Saint-Oenerou se retrouve dans le manuscrit de Stockholm, et l'auteur du manuscrit de l'Arsenal en a conservé queUjues vestiges dans la forme u S,iiiil-(iiieroii qu'il atlopte. 11 est aisé de i-onq)rendre (jue les

ballade que Villon composa à cette occasion renferme lin vers :

l'.ii inou puis suis, en tfire loingtaine '

OÙ l'on a voulu voir une allusion à son bannissement. On ignore si la ballad«' de Villon, qui est transcrite, ainsi que celle de ses concurrents, dans les manuscrits des poésies de Charles d'Orléans, attira sur le malheureux fugitif la commisération du duc. C'est, du reste, le seul document certain qui constate entre les deux poètes des relations que l'on a sans doute beaucoup exagérées ^. On ne peut nier, cependant, qu'un

anciennes éditions dérivent d'un manuscrit où l'abréviation médiate de Gen[er|ou avait été omise.

Le village de Saint-Géneroux (Deux-Sèvres, art. de Parthenay, cant. d'Airvault), quoique enclavé dans le Poitou, dépendait de l'Anjou (Voyez la carte de Cassini). Mais l'indication topographique que Villon ajoute au nom de cette localité :

Près Saint-Julien de Voventcs

Marches de Bretaigne ou Poitou est quelque peu inexacte, car une distance de vingt-six lieues, au moins, sépare Saint-Géneroux de Saint-Julien-des-Vouvantes, bourgade de l'ancien diocèse de Nantes (auj. chef-lieu de canton de l'arrond. de Chateaubriand, Loire-Inférieure;, non loin de la limite de l'Anjou. Ainsi les mots « marches de Bretaigne » s'appliqueraient à Saint-Julien, et ceux-ci « en Poitou, " se rapporteraient à Saint- Géneroux ; il ne semble pas, du reste, que Villon doive être accusé ici d'ignorance géographique, puisqu'il annonce l'intention de dépister ses lecteurs.

1. Proflllet, De lu vie et des ouvrages de François f'^illon, p. ag.

2. Suivant une opinion adoptée par M. Campaux {^François F'illon, sa vie, ses œuvres, p. io5) et par P. Jannet {OEuvres complètes de fillon, p. x), le succès de l'appel au Parlement serait dû, sans doute, à l'intervention du duc d'Orléans, que Villon aurait

8^ FRAXÇOIS VILIOX

des vers de l'envoi semble indiquer qii' autre foi s Villon avait touché des gages chez le duc d Orléans et qu'il en désirait le rétablissement ^ .

Les courses de Villon ne se bornèrent pas à l'Anjou, à l'Orléanais et au Poitou. Une strophe du Grand Testament nous permet de marquer une de ses étapes le long de la Loire, en Berrv, car c'est é^^demment une épitaphe naïve, comme il y en avait quelquesunes alors, qui lui a fourni le nom de « Rlichault, le

imploré à l'occasion de la naissance de sa fille Marie (19 décembre 1457). Elle s'appuie sur un petit poème, le Dit de la naissance Marie, dont l'auteur, qui signe : Votre povre escalier Francoys, attribue à la naissance de la jeune princesse son rappel à la vie. Ce poème , extrait d'un ms. des poésies de Cliarles d'Orléiins, se rapporte certainement à la naissance de Marie d'Orléans, et non à relie de Marie de Bourgogne, comme l'avait supposé l'rompsault en publiant cette pièce pour la première fois à la suite de son édition de Villon; mais il est difCcile de croire qu'elle émane de notre poète. Nous pensons avec Daunou [Journal des savons, i832, p. 558-55()% et nous avons été heureux de voir des critiques estimés partager notre sentiment (Gaston Paris, Revue critique d'histoire et de littérature , t. XFV, p. 196; et Taraizey de Larroque, Revue des questions historiques, t. XIV, 18^3, p. î53-254\ nous pensons donc qu'il faudrait des preuves beaucoup plus positives que les mots ; « Votre jiovTe escolier Francoys, » pour attribuer à Villon « des vers où l'on ne retrouve pas un seul de ces traits originaux , piquants ou satiri((ues qui caractérisent ses véritables productions, même celles où il loue et remercie ses bienfaiteurs. » Au reste, il nous semble que rinter\eution du duc d'Orléans n'aurait |)U être d'un grand poids pour le succès d'un a])])p| et que le Dit de la naissance Marie doit bien plutôt être attribué à un écolier qui, condamné ou menacé d'une grave condamnation |>ar la justice ducale, aurait obtenu du duc, à l'occasion de la naissance de Marie d'Orléans, des lettres de rémission semblables à celles que le roi délivrait j)ar droit de joyeux avènement.

I (hif s(,-iy-je plus' — Quov ' — Les gaiges nivoir

bon » qui reposait, dit-il, à Saint-vSatur, sous

Sancorre ', La justesse de l'indication topographiqne relative à Saint-Satur ^ donne à croire que Villon y passa. On peut voir une autre preuve de sa prr^ence en Berry dans ses récriminations contre François Perdrier, qui l'aurait dénoncé auprès de l'officialité de Bourges '"*.

La situation de Sancerre sur la route qui conduisait en Bourbonnais peut faire considérer le séjour des ducs de Bourbon comme le lieu vers lequel se dirigeait Villon. Ce fut alors, peut-être, qu'il adressa au duc Jean II cette requête si fort estimée des poètes du commencement du xvi*^ siècle *. On sent à la façon dont parle Villon qu'il ne craignait pas de voir sa

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