Journal des savons, i832, p
3. OEuvres complètes de Paillon., édition préparée par La Monnoye, mise au jour par M. P. Jannet, p. vj, note i.
f. Nous utiliserons dans notre édition les variantes que nous
O KKA.NÇIJIS AILLON
nous y avons lu lepitaphc que le Président de la Cour des .Monnaies avait co[)iee quelque peu inexactement. >i)us la reproduisons textuellement d'après le manuscrit, (jui date du dernier tiers du x\* siècle.
Je suis Fi".iiicois, dont il me poise,
dominé Corl>eil en mou seumom,
Natif d'Auvars empiez Pontoise,
Va du commun nommé \ illun.
Une corde de demye toise,
(>e ne feust ung joly appel,
Sceust bien mon col que mou cul poise.
Le jeu ne me sembloit point ]>e\ '.
Un le voit, si 1 ordre des trois dernier» ^ ers a ete interverti par Faurhet, il ne s" ensuit pas cependant qu'on retrouve dans ce huitain la marque de ceux de notre poète. Les rimes y sont, en effet, disposées ababacac, de sorte que le cinquième et le septième vers, pour lesquels Villon aurait cherché une rime en on, se terminent en oise. Cela sufliridt à prouver que nous sommes seulement en face dune mauvaise imitation de Villon, si lexamen du manuscrit Fauchet ne nous faisait assister, ])our ainsi dire, aux différents essais du faussaire .
Ce manuscrit contient, tout d abord, 1 epigrainnie en quatre vers, avec une seule variante, résultant du
fournit c«; nuuiuscrit, i|ui n'a pa» uncon; ctc employé pour K> éditions de \ illon. il renferme comme le ms. i(>(ii du fonds fraM(;ais lie la Bibliotliique nationale ceux de> huitains du Petit Testament i(iie l'rompsault a le premier publies.
I . I.e mu porte : • Le jeu me ne me si'mliloit point l>el. .
FRAXÇOiS MLLON 9
remplacement du nom (!<■ Paris par celui A' Ausoir (pom* Anvers) :
Je suis Fiaucois, iluiit il me poise, Natif d'Ausoir einpri'S Pontoise, Et de la corde d'une toise, Saura mon col que mon cul poise ' .
Mais ces vers sont immédiatement suivis du huitain suspect. Cependant, bien que le quatrain que nous venons de transcrire fût passé dans le manuscrit de Stockholm, on ne peut attribuer ces modilicatious au scribe qui, dans Tune et l'autre de ces epitaphes, transcrit dune manière fort incorrecte les noms sur lesquels portent précisément les additions.
Quoiqu'il en soit, le huitain est l'œuvre dun copiste qui, songeant que Villon n'avait pas été pendu, a cru devoir modifier dans ce sens lépitaphe que le poète avait écrite avant n'en appeler au Parlement ; mais, ainsi que le fiiit remarquer M. Gaston Paris ^ , il ne s'apercevait pas que, dès lors, ce morceau n'avait plus de raison d être. On s'est souvent demandé pourquoi les mots : » Né de Paris emprès de Pontoise, »avaient été remplacés, clans cette variante, par ceux-r ci : « Natif d'Auvers. « A notre avis, il n'en peut être
I. Bien que ce quatrain fût au bas du folio (32 v», et que le huitain que nous avons transcrit plus liaut occupât le haut du folio 67 verso, on ne peut nier que ces deux pièces eussent été transcrites à la .suite l'une de l'autre, car l'étude attentive du manuscrit nous permet d'affirmer que, sans une distraction de scribe, le folio 67 aurait dû recevoir le u° 63.
•X. Pievue critiquf d'histoire et rie litleiiilitre, I. viv, p. H)4-
FRAXCOIS VILLON
tlonne cju une cxpliratioii : le laussaire nu pas conapris la j)]aisanterie de Villon, qui consistait à faire de la grande cité un satellite de la petite ville ; il s'est ingénié à remplacer le nom de Paris par celui d'un village voisin de Pontoise , et c'est ainsi qu' Anvers fut désigné comme la patrie du plus fameux des poètes du XV® siècle, de préférence à d'autres villages du Vexin français qui intéressaient peut-être moins directement notre correcteur.
Anvers est donc un<' correction intempestive dont on se rend parfaitement compte. Le remanieur a été mieux inspiré en disant que Villon n était pas le véritable surnom du poète ; cependant ce nom n'étant pas Corbeil, comme le veut le manuscrit Fauchet, nous [>ensons qu'il importe de parler dès maintenant des actes authentiques qui nous permettent de le rejeter, ou, pour parler plus exactement, de rétablir le second vers du huitain, tel qu'il dut sortir des mains de son auteur.
On trrmve dans le registre tlu Trésor des Chartes, côté JJ 187, une lettre de rémission accordée en janvier 1455 (1456, n. st.) à (c maistre François des Loges, autrement dit de Villon, aagié de vingt-six ans ou environ » |)our un meurtre commis le jour de la Fête-Dieu, au cloître de Saint-Benoît-le-Bétounié, à Paris, sur la personne de Philipp(! Chermoye, prêlrc. Or, si 1 On ((iii^iiilèrc le litre de Diaîlrc ([ue ce dociiiiicnl (lonin- au sup|ili;inl >'l (|ni est également
attribué à Villon par les premiers éditeurs, ainsi que par l'auteur des Repues franches ; si Ton rapproche le surnom du délinquant du nom de famille de « maistre Guillaume de Villon, » que le poète appelle son K plus que père; » si l'on remarque que, suivant le préambule du Grand Testament, Villon devait être né en i43i et avoir de vingt-quatre à vingt-cinq ans en janvier i455 (v, st.), il devient presque impossible de douter que « maistre François des Loges » et Villon ne fassent un seul et même personnage.
La découverte de cette lettre de rémission paraîtrait devoir faire cesser les conjectures sur le véritable nom de Villon : elle ne ferme cependant pas l'ère des hésitations. La présence dans un autre registre du Trésor des Chartes (JJ i83) d'une lettre de rémission adressée dans le même mois de janvier 14^5 et pour le même crime à « François de 3Ionterbier, maistre es ars, » vient de nouveau obscurcir la question. L'âge du suppliant n'est pas énoncé dans cette seconde pièce ; mais François de IMonterbier ne peut être distingué de François des Loges, car le récit de la rixe est le même à quelques détails près dans les deux lettres ; ici la victime est appelée « Phelippe Scrmoise » au lieu de « Phelippe Chermoye. » Nous renonçons à expliquer ce fait d'une double requête adressée par le même personnage sous deux noms difiérenls et amenant la délivrance de deux lettres de rémission. Nous nous contenterons de faire remarquer pour rhonneur de la
tK.VNCOIS \ ll.LON
cbaiicellerie rovale que les deux lettres ne turent pas données au même lieu : la première est datée île Saint- Poureain, en Bourbonnais, où le roi se trouvait alors, et la seconde de Paris.
Il est certain, par le fait même de ces deux requêtes, que le poète était conim à Paris sous l'un et l'autre des noms dont il les signa; mais il importe de distinguer son nom patronymique. Il nous a paru que pour parvenir à résoudre ce petit problème, il convenait de recourir aux arcbives de l'Université de Paris, où Villon avait étudie.
Le seul document de ces ai chives où nous pouvions espérer trouver quelque renseignement sur notre poète est un registre des procureurs de la nation de France pour la Faculté des arts, registre sur lequel on inscrivait les noms des écoliers qui obtenaient les grades de bachelier, de licencié et de maître. ]Nous n'avons trouvé dans ce registre, qui se rapporte aux années ll^l^!^ à ilibG, ni François des Loges, ni François de Monterbier, ni même Corbeil; mais nous remarquons en revanche , parmi les rares écoliers du nom de François, un Franciscus de Moult-Corbier, parisiensis, nommé par trois autres fois Franciscus de Montcorbicr. Il figure en mars i4-'|8 (v. st.) |)anni les bacctilarinndi ' , et un peu
(i) Folio 1)7 V", du registre des proom-eurs de l.i N.Ttion de France conservé à la Bibliothèque de l'I iiiversité. — La bourse de Fiancisrus /le \fr)iilt-Cni!)in\ parixirnsis, y est estimée deiiT sous |i:)risis
plus de trois ans ajH'ès, c'ost-à-dirc au icnips di- Jean de Conflans qui exerça les fonctions de procureur de ia nation de France du 4 mai au 26 août 1452, on le compte au nombre des jeunes gens appelés H la licence, jiuis à la maîtrise es arts ^ . Or, le nom de Montcorbier étant le seul ({ul puisse être rapproclie d un de ceux que les lettres de rémission attribuent à Villon, et se retrouvant, du reste, à plusieurs reprises dans un registre original, ce nom est à notre avis le véritable nom du poète. Le changement de Montcorbier (ou Mo/tcorbierJ en Mouterbier résulterait d'une faute de copiste, car on sait combien est grande dans l'écriture du xv*^ siècle la ressemblance des lettres t et c d'une part, o et e de l'autre, et nous ne craignons pas, en émettant cette opinion, de recevoir le blâme de quiconque, ayant étudié quelque peu les registres du Trésor des Chartes, a pu juger combien les noms propres y sont quelquefois altérés.
Il est possible que le nom Corbeil ne soit qu'une
I. " Sequituk xomen cujusdam LiCENCiATi : Dominus Franeiscus de Montcorbier, de Parisius, cujiis biirsa : II s. p. —
SeQLUNTTJR NOMINA U-I-ORUM qui INCEPF.RUNT in PRESENT! PROCURA-
TORIA (JoHANNis DE CoNFLANs) : Domtnus F raiiciscus de Montcorbier, de Parisius, incepturiis sub me procuratore : Il s. p. » (folio l55 r° du registre déjà cité). — Cinq lignes plus bas, Jean de Conflans a reproduit la mention de F. de Montcorbier sous cette forme : ■ Dominus Franciscus de Montcorbier, de Parisius, incepturus sub magistro de Conjlans tune procuratore : II s. » On jieut tirer de ces mentions la preuve que François de Montcorbier étudiait alors sous la direction de Jean de Conflans Le chiffre qui suit le nom des écoliers est celui de la valeur de leur bourse.
FRAXCOIS VILLOX
corruption do rolui de 3Ioncorbi(M\ On ne doit pas oublier, en effet, que nous ne connaissons du huitain qui le fournit qu'une transcription qui, sans doute, ne se rattachait à l'original que par plusieurs intermédiaires. Il semble, en outre, difficile d'admettre que le remanieur ait pu commettre ce grossier pléonasme : « l^ommé Corbeil en mon seurnom, » et on peut dès lors supposer que les deux premières syllabes de ce vers renferment une fausse leçon. Or, le remanieur, pour peu qu'il connût Villon ou qu'il eût des renseignements sur ce poète, dont il était le contemporain, doit avoir écrit :
Je suis François, dont il me poise.
De Montcorbier en mon seurnom.
Aussi nous arrêterons-nous à cette hypothèse qu'un copiste maladroit aura fait du second vers : « De nom Corbier en mon seurnom, ■» leçon qu'un second scribe modifia légèrement pour éviter la redondance. Quant à la différence qui subsiste entre Corhier et Corbeil, les manuscrits offrent trop souvent des variations analogues en ce qui concerne les noms propres, pour qu'il y ait lieu de s'en occuper autrement.
L'origine du nom de T'illon a été l'objet de plusieurs i'onjectures. Selon le président Fauehet , le poète aurait été ainsi surnonnné « pour les tromperies qu'il fit en sa vie ' « ; mais cette explication ne saurait être