‹ Étude biographique sur François Villon, d'après les documents inédits conservés aux Archives nationalesChapitre 8 sur 62 · Pièces justiticati\ es, n- XU · texte numérisé non relu

Pièces justiticati\ es, n- XU

i. Sous le n" W.

FRANÇOIS VILLON ï'i

barbier demanda à être inhumé sous la tombe de son oncle, Guillaume de Villon, et qu il légua une petite maison du cloître, pour l'habitation des entants de chœur qui seraient établis après sa mort en l'église de Saint-Benoît ; ceux-ci , aux termes du testament , devaient chanter sept psaumes et diverses oiaisons sur la tombe de maître Guillaume et de son neveu, pour le repos de leurs âmes et de celles de leurs parents , le premier jour de chaque mois après la grand' messe.

On sait donc, aujourd'hui, d'une façon positive l'origine du nom Villon ; mais on en est encore réduit aux conjectures relativement à l'origine du nom des Loges que la découverte de nouveaux documents pourra seule permettre d'expliquer avec certitude. C'est donc avec la plus grande réserve que nous émettrons mie hypothèse à ce sujet.

Des Loges était, au xv'' siècle, le nom d'une famille parisienne'' qui, suivant toute apparence, était originaire d'un village appelé les Loges ; mais, pour notre poète auquel nous connaissons déjà deux noms, — de iMontcorbier et Villon, — ce pouvait être un surnom

1. Nous avons rencontré le nom de Jean des Loges, procuieur au Cl'.àtelet, dans un certain nombre de documents contemporains de Villon, notamment en 1447 (Archives nationales, S. 1648, f» 21 v' et 46 r"), en 1434 (Ibid., (" 323 1 ; à la date du 24 décembre et du 29 mars), en i455 {Ibid., S. 1648, f' 176 r'), eu 1459 (Ibid., S. 1648, f° 68 r"). Un acte d'ensaisinement du l5 avril 1460 nous apprend que « Jehan des Loges, bourgeois de Paris, » demeurait « en la Truanderie « (Ibid. S. 1648, f* 8i v'); ce personnage vivait encore au 21 mai 1461 (Ibid., S. 1648, f" i<>6v').

personnel. Il t st possible qu'en acceptant le nom des Loges, au temps où il résidait à Paris, François de Montcorbier ne fit que suivre l'exemple de ces clercs qui, venant étudier à lUniversité, abandonnaient leur surnom héréditaire et se laissaient désigner par le nom de leur lieu d'origine, comme, — pour n'en citer que quelques-uns, — Jean de Guiscry, médecin de Charles V, qui était natif de la paroisse de GuiscrifT, au diocèse de Cornouaille ; Jean Gerson, le chancelier de l'Université, qui avait quitté son nom patronymique, Charlier, )>our prendre le nom du village de Gerson, près Rethel, où il était né; Nicolas de Baye, greffier civil du Parlement, qui échangea son surnom héréditaire, le Crantinat, contre le nom du village chàlonnais où il avait vu le jour; Nicolas de Clamanges, ou Clemangis, le célèbre théologien, qui naquit à Clamanges, au diocèse de Chàlons-sur-Marne; et enfin, maître Guillaume de Villon lui-même, qui, ainsi que nous l'avons établi, portait le nom de son village natal. Et si l'on remarcpie, avec nous, que tous ces clercs tiraient leurs noms d'un chef-lieu de paroisse et non d'un simple hameau, on n'hésitera pas à préférer, — en ce qui concerne le nom des Loges, attribué à Villon, — la paroisse des Loges-en-Josas, du diocèse de Paris, à toute autre localité parisienne de même nom, comme par exemple aux Loges, près de Saint-Germain-en- Laye, localité qui ne peut i^uère entrer ici en ligne de

compte, puisqu'elle était seulement à cette époque une résidence royale. Ce n'est là qu'une hypothèse, mais cette hypothèse se vérifierait si l'on arrivait à constater l'existence d'une faniille dite de Montcorbier dans la paroisse des Logos-en-Josas.

Cependant, bien que la qualification de parisiensis, donnée par le registre de la Faculté des arts à François de Montcorbier, puisse s'entendre d'une personne née dans le diocèse de Paris, notre conjecture peut être battue en brèche à l'aide des vers nicnies de Villon ; car, par deux fois, le poète dit être « né de Paris ', « ce qui concorde avec la mention de Parisius que maître Jean de Conflans a inscrite par trois fois à la suite du nom de François de Montcorbier, sur le registre des étudiants de la nation de France. Aussi, serait-il plus prudent, croyons-nous, de voir dans le nom des Loges un surnom que le père de Villon aurait légué à celui-ci en même temps que son nom patronymique.

I. D'abord dans son épitaplie, que nous ;ivons citée plus haut, et ensuite dans ces vers relatifs au legs qu'il fait à Robert Tiirgis, le tavernier de la Pomme de Pin (huit. 9 > du Grand Testamenl) :

Le droit luy donne d'escheyin.

Que j'ai comme enfant de Paris.

LA KAMILI.E ET l.K PREMIER EXII. DE VILLON

La diite de la uaissance de Villon. — La fumille bourbonnaise dp Montcorhier. — Les parents de Villon. — Ses études à l'Université de Paris. — Ses élèves. — Le meurtre de IM)iti]>]>e Clier- .moye. — Le bannissement. — La repue franclie de Bourg-Ia- Reine. — L'abbesse de l'ort-Royal. — Retour de Villon à Paris. — Catlierine de Vausselles. — La Grosse Margot.

La question du nom étant à peu près résolue, il nous faut dire ce que Ton sait de la date de la naissance, de la famille et de la jeunesse du poète.

La date de la naissance de maître François, comme -celle de la |ilupart de ses contemporains appartenant même à d'illustres familles, est impossible à fixer d'une manière certaine. On conçoit aisément que, privées des ressources qu'ont offert plus tard les registres de ba])tème, des persf)nnes souvent illettrées aient été impuissantes à indiquer l'âge précis des enfants qu'ils avaient vus naître. On rencontn- même an yxiii*"

sit'cle (les pcrsciniics inscritLS sur les registres de l'église, et qui, simaginant être, à Tépoque de leur mariage, plus âgées de trois ou quatre ans qu'elles ne l'étaient en réalité, conservèrent cette croyance pendant les soixante dernières années de leur vie. Il est indispensable de bien se pénétrer de l'insouciance ou de 1 ignorance générales du Moyen-Age relativement à la date de naissance, avant de mettre en œuvre les déclarations que Villon fournit plus ou moins directetement au sujet de son âge en 1432, en i455 et en

Il y a peu de temps encore, le seul indice avec lequel on put essayer de fixer cette date était contenu dans le premier vers du Grand Testament, écrit après le 2 octobre 1 46 1 et dans lequel Villon déclare qu'il était alors dans sa trentième année ; aussi plaçait-on sa naissance en i43i, et Ton était même en droit d'ajouter qu'il était né entre le mois d'octobre i45i et celui d'octobre 1432. Mais on possède maintenant une lettre de rémission datée de janvier 1466 (n. st.) et qui, reproduisant évidemment les termes mêmes de la supplique de maître François, le disent « aagié de vingt-six ans ou environ. » Quel est le sens précis de cette expression à demi dubitative : a ou environ? » Elle ne peut indiquer que deux choses, à savoir que le suppliant n'était pas certain de son âge à une année près, ou bien qu'il n'avait jjas encore vingt-six ans ré\olns; en un mot qu'il était alors dans sa vingt-

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sixième année : dans ce dernier cas, la lettre de grâce accordée à « maistre François des Loges, autrement dit de Villon, » permettrait de placer sa naissance entre le mois de janvier i43o et celui de janvier i43i (n. st.). Cependant, la prudence commande de n'user (ju'avec une extrême réserve d'une indication aussi approximative que celle de ces « vingt-six ans ou environ, » et nous attadions une inii)ortance bien plus grande à la date de la réception de François de Montcorbier comme maître ès-arts (niai-aoùt i^St.), date qui prouve que cet écolier, alors âgé pour le moins de vingt-et-un ans, était né dans l'été de i43i au plus tard.

Passant maintenant à ce qu'on sait de la famille de Villon, nous nous trouvons en face d'un nouvel élément de discussion, le nom de Montcorbier, nom patronymique du protégé de maître Guillaume, dont il f^ut essayer de tirer quckjue lumière.

Le nom de Montcorbier était, à l'époque même où vivait Villon, celui d'une famille noble du Bourbonnais qui avait alors pour clief a noble bonime Girard de Montcorbier, escuier, » et dont le manoir principal était situé aux Pcmters, écart de la comnmne de Bouchaud (Allier, arr. de la Palisse, cant. du Donjon). Quant an lieu même dont cette famille portait le nom, nous pouvons, grâce à l'obligeance de notre savant confrère, M. Cbazaud, archiviste de l'Allier, assurer (jue son emplacement l•^• occupi' aujourd bui }iar le

FRWCOIS VlIXON li)

hameau de la Rue-Neuve, situé h /, kilomètres à Test des Ponters, à la limite des anciennes provinces de Bourbonnais et de Bourgogne, et s'étendant aujourd'hui sur le territoire des deux communes de Céron (Saône-et-Loire, arrondissement de Charolles, cant. de iMarcignv) et du Boucliaud. JMontcorbier, encore liabité au XVI® siècle, fut détruit à imc époque postérieure et remplacé par le hameau actuel de la Rue -Neuve, où l'on voit encore, dans un pré dit Pré-Corbier, les vestiges d'une motte féodale.

Si l'on se l'eporte cependant à ce que Villon dit de son père et de son aïeul, on hésitera quelque peu à le considérer même comme un membre d'une branche collatérale de la noble famille bourbonnaise. Il semble plus sage de supposer que le premier de ses ancêtres qui porta le surnom « de IMontcorbier » était natif de cet écart de la paroisse de Céron. Peut-être même pourrait-on voir dans les relations du poète avec les princes de la maison de Bourbon une preuve de son origine bourbonnaise et un indice des liens qui le rattachaient encore à son pays d'origine.

La condition précaire des parents de maître François est prouvée par plus d'un passage de ses poésies; elle est surtout attestée, et d'une manière fort énergique, dans cette strophe du Grand Testament :

Povre je suys de ma jeunesse De povi-e et de petite extrare ; Mon père n'eut onc graiit licliesse Ni son ayeul nommé Orace.

3o FRAXÇOIS VILLON

Povreté tons nous suyt et trace.

Sur les tombeaulx de nos ancestres.

Les âmes desquelz Dieu embrasse, On n'y voit couronnes ne sceptres '.

Quelques-uns des proches de Villou étaient cependant, en i/|6i, dans une condition moins misérable — les documents d'archives nous apprennent qu'un oncle de Villon était, en i'|56, religieux dans une abbaye située à Angers — mais, peu compatissants pour les membres de leur famille demeures dans l'adversité, il se seraient bien gardes de donnrr quelque témoignage d'affection au malheureux poète, et celuici ne peut s'empêcher de li' dire bien haut :

Je n'ay ne cens, rente, u'avoii'.

Des miens, le moindre, je dy voir.

De me désavouer s'avance, Oublyans naturel devoir, Vnv Caultc d'iiu^ |)cMi de dievaiice ".

La pauvreté du père de François est à peu près la seule chose qu on en connaisse ; il n'existait plus en 1461 et, sans doute, il était mort depuis longtemps déjà. On possède, en revanche, quelques détails sur la « bonne mère » du poète, qui désigne ainsi cette sympathique créature et la met en scène , d'une manière touchante, dans sa joli»' ballade en forme de

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