DIRECTEUR-ADJOINT DES PÉPINIÈRES DU ROI
Paris, le 30 juillet 1786.
M. de Malesherbes que j'ai l’honneur de connaître, m'a fait part du désir qu’il aurait de procurer au public la connaissance des notes intéressantes que vous avez faites sur la partie botanique de Pline, traduite assez mal par M. Poinsinet de Sivry ; M. Nyon l’ainé, libraire, s'est décidé en sa faveur à se charger de votre ouvrage ; mais il m’a dit qu’il désirait que ce ne fût point une critique du traducteur, mais simplement une restitution du vrai sens de l’auteur avec les observations que vous aurez été dans le cas d’y ajouter. Il paraît que ce libraire a des égards à garder vis-à-vis de M“® Desaint, et que tout ce qui aurait trait directe-
* M. DE Lezermes était le correspondant particulier de Louis Gérard ; il s’occupait avec dévouement de ses affaires à Paris, et le tenait au courant des progrès de la science. La famille de M. de Lezermes, originaire de Draguignan, avait eu dans le temps des obligations au docteur François Gérard, père du botaniste.
menl à M. Poinsinel lui ferait de la peine; il vous sera aisé. Monsieur, d’aplanir celte difficulté.
M. de Malesherbes a envie de faire revêtir votre ouvrage du .«suffrage de l’Académie, ce qui ne peut faire qu'un très-bon effet ; ainsi, Monsieur, vous serez le maître de me faire passer quand vous voudrez votre manuscrit, j’en aurai tout le soin que vous devez attendre de mon zèle à vous servir.
Le libraire désire savoir vos conditions; il ne conclura rien qu’après que M. de Malesberbes lui aura dit sa façon de penser sur l’ouvrage; j’augure très-bien de la voie que ce dernier vient d’ouvrir.
Vous me demandez si le jardin de Trianon existe encore, je vous dirai que ce jardin, appartenant à la reine, réunit encore une infinité de plantes précieuses, mais c’est précisément dans la partie des arbres et arbrisseaux dont on a fait un objet de décoration. Richard père est mort il y a environ deux ans ; ce jardin est confié aux soins d’un de ses fils qui est connaisseur.
M. Bernard est parti il y a quelques jours sans que j’aie pu lui remettre la note sur la folle avoine que je désespère de pouvoir retirer des mains de M. Vicq-d’Azyr ; en cela, il n’y aurait rien d’étonnant, car il est Normand.
Je vous réitère, etc., etc.
Lezermes.
Paris, le 4 mars 1787.
J’ai encore à vous faire passer une lettre que m’écrit M. Desfontaines, vous y verrez ce qui vous concerne et vous voudrez bien me dire vos intentions que je lui communiquerai tout de suite ; il vous propose d’être correspondant de l’Académie, je pense qu’elle ne pourrait pas faire un meilleur choix.
Il a été enfin question de votre topographie à la dernière séance de la Société royale de médecine, elle y a été reçue trèsfavorablement puisqu’on l’a mise au rang de celles qui ont remporté les prix destinés à ces ouvrages ; j’imagine que M. Vicqd’Azyr vous aura informé du succès de ce travail.
J’ai l’honneur d’être, etc., etc.
Lezermes.
Paris, le 13 mai 1787.
J’ai cru entrevoir dans quelques conversations que j’ai eues avec M. de Malesherbes, que son projet avait été de faire imprimer votre ouvrage aux frais du Gouvernement, mais le bouleversement qu’il y a eu dans le ministère lui fait voir maintenant la chose comme impossible, de sorte qu’il n’y a plus à espérer de ce côté.
M. Vicq-d’Azyr ne pensait guère à vous envoyer votre médaille, j’ai été la chercher chez lui il y a quelques jours et je vous la fais passer aujourd’hui.
J’ai l’honneur d’être, etc., etc.
Lezermes.
Paris, le 19 mai 1787.
Je viens de recevoir les deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, l’une en date du 1" mars et l’autre ultérieure à celte époque; je n’ai pas répondu plus tôt à la première, parce que mon dessein était de vous envoyer le rapport de Messieurs les Commissaires, et que M. de Malesherbes l’avait encore entre les mains; il me l’a renvoyé hier, en conséquence je vous le fais passer tout de suite. Il est très-fâché du refus du libraire; « il ne » faut pas qu’un ouvrage si utile soit perdu, nous en raisonnerons
» lorsque je serai à Paris, > tels sont ses termes. J’imagine d’après cela qu’il a quelque chose en vue pour faciliter l’impression de votre ouvrage ; je vous communiquerai dans son temps ce dont il sera question.
Vous trouverez ci-joint la liste de Messieurs les associés étrangers de l’Académie des sciences.
Il est très-vrai que M. Vicq-d’Azyr est entré en lice pour avoir le fauteuil académique, mais M. de Rulière, son antagoniste, a eu la préférence. On a eu grand tort de vous dire que M. de Buffon était tombé en enfance, il est vrai qu’il est devenu bien infirme, mais sa tête est excellente.
Je vous réitère, etc., etc.
Lezermes.
Paris, le 15 juin 1787.
Je vous envoie le rapport de l’Académie sur votre mémoire de la folle avoine, ce .sont des citations très-étendues de cet ouvrage qui constituent le rapport, aussi pourrait-11 servir seul à défaut du mémoire. Il y a quelque temps que j‘ai retiré celui-ci des mains de M. le marquis de Condorcet, je compte le garder jusqu’à ce que vous ayiez décidé de son sort; il me semble qu’il figurerait trèsbien dans la collection des savants étrangers, mais je crois que vous pourriez néanmoins lui faire remplir sa destination première en faveur de M. Bernard, l’un n’empêcherait peut-être pas l’autre, il ne s’agirait que d’en faire tirer copie, je pourrai m’en informer ; ne soyez pas étonné si quelque jour vous le voyez figurer dans la nouvelle encyclopédie; M. Desfontaines m’a dit qu’à peine le rapport de l’Académie a-t-il été fait que M. l’abbé Tessier, chargé pour cet ouvrage, de l’économie rurale, s’en est emparé, j’imagine qu’il pourra bien l’y insérer.
M. Desfontaines dispensait fort M. de Jussieu de lui donner le travail de ses genres, il ne lui en demandait que la nomenclature pour pouvoir rédiger son catalogue, mais le fait est que M. de Jussieu n’a pas fait grand chose, et qu’il ignore encore la place qu’il assignera à tel ou tel autre genre. Les nouveautés que nous avons acquises depuis quelques années, sont peut-être venues déranger les chaînons de sa méthode, il est certain que plus on sera riche en genres, plus elle approchera de la perfection, si toutefois ces systèmes et les méthodes peuvent l’atteindre. Quoi qu’il en soit, M. Desfontaines s'accommode peu de ces beaux raisonnements ; peut-être prendra-t-il sur lui de signifier à M. de Jussieu que s’il ne lui donne pas ce travail cette année, il ira en avant, et que sa méthode pourrait bien rester en arrière; il aimerait tout autant suivre Linnœus; je pense que celui-ci fera toujours plus de botanistes que l’autre.
Je vous réitère, etc., etc.
Lezermes.
Paris, le 18 juillet 1787.
Il y a maintenant deux partis en botanique, l’un formidable et nombreux, dans lequel on peut nommer messieurs Le Monnier, Desfontaines, son protégé, L’Héritier, Gels, etc. ; l’autre est composé uniquement de M. de Jussieu et ses élèves; il paraît que l’on conspire contre son système naturel qui présente des fautes et des exceptions sans nombres. Messieurs Thouin et La Mark restent neutres. Comme M. de Jussieu met une très-grande lenteur dans son nouveau travail, je ne serais pas étonné que M. Desfontaines ne se résolût enfin à adopter le système de Linnœus ou la méthode de Tournefort avec des corrections et amplifications. Le temps est un grand maître, il nous instruira de tout. Je n’ai point vu encore M. Didot pour votre mémoire sur la folle avoine parce qu’on m'a dit que l’ouvrage de M. Bernard n’était point en bon train. Si je le confie à ce libraire, peut-être finira-
t-il par se l’approprier, je suivrai à cet égard les dernières intentions dont vous me ferez part ; d’ici là je sonderai Didot.
Recevez les assurances, etc., etc.
Lezerhes.