LETTRES DU PÈRE PAPON, DE L’ORATOIRE
AUTEUR DE l’HISTOIRE GÉNÉRALE DE PROVENCE.
Marseille, le 17 mai 1775.
Permettés, Monsieur, que je vous demande conseil sur une
au point que la quatorzième édition, donnée par Gmelin, comprenait déjà dix gros volumes in-8®.
Linnée mourut en 1778, d’une attaque d’apoplexie, à l’âge de 71 ans. Il avait refusé les offres de plusieurs monarques qui désiraient l’attirer dans leurs États. « Les talents que je tiens de Dieu, avait-il toujours répondu, je les dois k ma patrie. » Aussi le roi, Gustave III, l’honora-t-il dignement et s’honora lui-même en écrivant l’éloge funèbre de ce grand naturaliste, qui répandit sur la Suède une gloire non moins éclatante et sans doute plus durable que celle de son infortuné souverain.
* Linnée répondant à Louis Gérard lui dit ; « vous me prodiguez dans » vos deux lettres du mois de décembre, des louanges auxquelles les Dieux » eux-mêmes seraient sensibles. » Et après lui avoir accusé réception des plantes jointes à ces lettres ;
« Quant à mol, je suis émerveillé que vous soyez parvenu à si bien con- » naître toutes ces plantes qui manquent k nos collectiots et qui ajoutent tant » de richesses k la science botanique. — Vous les décrivez du reste comme ï je les décrirais moi-même, et puisque vous êtes arrivé k ce degré de science, » vous devriez publier une Flore de votre pays. »
Linnée lui dit plus loin, « qu’il en a plus appris par son envoi sur les » plantes du midi de la France que par la lecture de tous les ouvrages qui ont » été successivement publiés sur cet objet. » Aussi, ajoute-t-il, entretien- » drai-je toujours avec zèle et dévouement votre précieuse amitié. »
** Papon (Jean-Pierre), historien, associé k l’Institut de France, naquit au
chose que vous seul en Provence connoissés parfaitement. C’est sur les plantes qui nous sont particulières, ou pour mieux dire qui viennent plus communément et plus facilement ici qu’ailleurs, et qui peuvent donner une idée de la température de notre climat, soit dans la basse Provence, soit dans la haute ; car je pense que chacune a des plantes qui lui sont propres. Voici, Monsieur, celles que j’imagine de rapporter en vous envoyant pour les autres à votre excellent ouvrage.
Le Câprier, le Buisson ardent, le Concombre sauvage, la Dentelaire, leDictarn blanc, le Doronic, l’Alypun, le Pastel, le Nerprum, le Pavot cornu, le Myrthe, le Lentisque, l’Immortelle jaune ou Bouton d’or, le Fustet.le Stœcas, la Garance, l’Asclepias, l’Angélique, la Gentiane, l’ArLstoloche, les Vulnéraires, et le Thé ou Véronique des Alpes, sans compter les plantes aromatiques telles que la Mélisse, la Lavande, le Serpolet, la Marjolaine, le Thym, le Romarin et autres qui couvrent les montagnes et les vallées.
Je dis que les arbres offrent la même variété ; mais je ne nomme
Puget de Téniers, près Nice, en janvier 1734. Il entra, jeune encore, dans la congrégation de l’Oratoire, où il professa d’abord, avec distinction, les humanités, puis la rhétorique, à Marseille, k Rions, k Nantes et k Lyon. On lui confia ensuite le soin de la bibliothèque de Marseille ; c’est Ik que, maître de tout son temps, il commença de travailler k l’Histoire de Provence, qui est, malgré une mauvaise épigramme de Mirabeau (1), un des meilleurs ouvrages que nous ayons en ce genre. — Dans une notice insérée dans le Journal des Débats, après la mort de Papon, qui eut lieu le 15 janvier 1803 ; il est dit que les États de Provence récompensèrent leur historien par une pension de 8,000 livres; mais elle ne fut jamais que de 2,000, et cessa aussitôt après l’impression du quatrième et dernier volume de l’Histoire de Provence. Il est vrai que Louis XVI, et Monsieur, frère du roi, dédommagèrent l'auteur par leurs bienfaits; mais les États ne furent pour rien dans cette munificence. — Biog. univ., t. 32, p. 535.
(1) Lisez-vous l’histoire de plomb Du révérend père Papon ?
que l’Arbousier, le Carroubier, le Mélèze des Alpes dont on tire delà térébenthine, et la Mannée, appelée Manne de Briançon, le Chêne verd nourrissant, le Kermès, le Grenadier, le Figuier, l'Oranger, le Cilronier, le Bergamotier, l’Azederac et le Jujubier (le premier ayant le fruit blanc et l’autre rouge), l’Olivier, le Paliure, le Térébinlhe, le Styrax calamite, le Tamarisc et le Paimier dont le fruit mûrit en certains endroits.
Je ne me propose p-ïs d’entrer dans le détail des insectes parce que je ne les connois pas plus que le reste, et que le détail en est infini. Cependant, je nomme la mouche luisante, le lézard moyen, dit tarente, plus grand que le lézard gris et moins que le lézard jaune et vert, le lézard allongé qui ne diffère de l’orvet que par ses quatre pattes courtes, dont il se sert pour sortir des tas de pierres où il vit, les mouches à dard qui piquent les olives, dont se nourrissent les vers qui les y déposent, la cigale, plusieurs espèces de sauterelles, le scorpion, le castor du Rhône peu différent de celui du Canada.
Je sens. Monsieur, combien tout cela est insuffisant pour donner une idée de ces trois genres; mais mon ignorance sur cette matière ne me permet pas d’aller plus avant de crainte de m’égarer ; si vous vouliez y suppléer par quelques-unes de vos réflexions vous me feriez plaisir, et je les ailens avec empressement. J’ai prêté à M. votre frère les antiquités marseilloises que vous avez envié de corinoîlre; il vous les enverra par la première commodité. Je suis bien aise d’avoir eu cette occasion de vous obliger; je saisirai avec plaisir les autres qui se présenteront pour vous donner des preuves de l’estime avec laquelle j’ai l’honneur d’être,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur, Papon, de l’Oratoire.
Marseille, le 5 décembre 1775.
Vous me négligez un peu, Monsieur, mais je pense que c’est pour me mieux servir ; quoiqu’au reste il vous faut moins de peine qu’à un autre pour bien faiie. Je vous prie donc d’achever votre bonne besogne que vous avez si bien commencée. Je ne crois pas qu’un plus long détail des plantes indigènes soit nécessaire, mais làdessus je m’en rapporte à vous avec la plus grande confiance. Je souhaiterois que vous m’envoyassiez le catalogue de toutes les plantes exotiques, et que vous remarquassiez en les nommant ce qu’elles offrent de plus curieux pour les arts ou le commerce. Le temps à peu près où elles ont commencé d’étre connues me feroit grand plaisir, si vous le marquiez. J’attens ce que vous avez encore à m’envoyer pour achever ce que j’ai à dire sur notre climat. Soyez persuadé, je vous en prie, de ma reconnoissance ; elle est égale à l’estime et à l’attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être.
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Papon, de l’Oratoire,
Marseille, le 3 février 1776.
J'arrive d'Aix, Monsieur, où nous avons décidé l’impression du premier volume ; cependanl il n’en sera point parlé à l’assemblée, parce qu’il y a quatre ans que la province s’était chargée des frais de l’impression. Il a été résolu entre nous qu’elle feroit cette année ceux du premier volume. Je me hâte de vous en faire part, Monsieur, puisque cette nouvelle vous intéresse comme citoyen et comme auteur de la partie botanique, que vous avez la complaisance de me fournir, et qui fera sûrement le plus grand plaisir. C’est du moins ainsi qu’en ont jugé toutes les personnes à qui j’ai parlé de votre travail. 11 me larde que vous l’ayez fini ; et il me
tarde encore plus que vous soyez des premiers à vous lire dans noire histoire; car vous jugez combien j’ai d'envie de vous offrir ce monument de l’estime et de l’attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur, Papon, de l’Oratoire.
Paris, le 19 juin 1776.
Ce n’est sûrement pas, Monsieur, par paresse si je n’ai pas eu l’honneur de vous écrire depuis mon arrivée à Paris; mais l’embarras de mes occupations et des affaires qu’on a toujours en arrivant m’ont absorbé. J’ai vu M. de Jussieu qui a pour vous une estime particulière, et qui a été bien aise de savoir de vos nouvelles. Il se plaint que vous le négligez. Ces reproches vous font honneur et à lui aussi ; il n’en ferait pas tant à un homme qu’il estimerait peu. Je lui ai lu ce que vous m’avez envoyé, il en a été fort content. Nous avons conservé 88 plantes indigènes ; il n’y a pas eu la moindre réforme à faire parmi les exotiques. Je voudrais que ceux qui me fournissent quelqu’arlicle travaillassent aussi bien que vous. Leur réputation et mon ouvrage y gagneraient. Je n’ai encore rien donné à l’impression. Comme mes démarches dépendent des opérations de la province, et que ces opérations sont fort lentes, je perds du lems. Cependant je compte demander un censeur dans la huitaine qui m’expédiera tout de suite, et si MM. les Procureurs du pays approuvent le plan d’impression que je leur ai envoyé, nous pourrons mettre la main à l’œuvre tout de suite. Donnez-moi vos commissions et soyez persuadé de la sincérité des sentiments avec lesquels, etc., etc.
Papon, de l’Oratoire.
Le 8 janvier 1780.
Je vous avois prié, Monsieur, de me préparer les additions que vous avez projeté de faire au bon morceau que vous m’avez fourni sur les plantes : permettez que je vous les rappèle ; car l’ouvrage où je compte les insérer est presqu’achevé.
Il est juste que je profite de cette occasion pour vous témoigner combien j’ai été sensible à vos honnêtetés et à vos amitiés pendant mon séjour à Cotignac : vous m’auriez fait désirer d’y demeurer plus longtemps ; et je fus bien puni de vous avoir quitté ; car je fus mouillé comme un canard. Je vous prie de parler à M. et à M“® de Pothonier, à M. et à M”® Templier, de ma reconnoissance, de témoigner aux deux premiers- combien j’ai été charmé de leur connaissance, et à l’autre qu’on se trouve trèsbien de l’avoir connu. Venez nous voir si vous voulez que je me livre au plaisir de causer avec vous ; car la poste ne donne jamais le tems que de vous assurer qu’on ne peut vous être plus attaché. Vale et ave.
Papon, de l’Oratoire.
Paris, le 14 mai 1784.
Je n’ai pas perdu de vue votre affaire ; j’ai vu plusieurs libraires : aucun ne veut se charger des frais de l’impression pour son compte ; ils trouvent qu’il est plus simple de faire imprimer pour le compte des autres, et d’avoir le produit de l’ouvrage ; car c’est ce qui arrive toujours quand l’auteur est éloigné. Heureusement j’ai rencontré avant-hier, en courant pour vous, un libraire d’Orléans de ma connaissance qui se. chargera du manuscrit avec plaisir, et qui peut-être vous offrira quelque chose. Il m’a dit que vous pouviez traiter en droiture avec lui. Il s’appelle Couvet de Villeneuve, aime et entend un peu la botanique.
Paris, 4 décembre 1784.
Vous trouverez, Monsieur, à Marseille, chez Mosse, le quatrième et dernier volume de {'Histoire de Provence. Je crois que vous avez eu soin de retirer les précédents. Félicitez-moi d’avoir fini, malgré tous les obstacles qu’on m’a suscités, un ouvrage d’aussi longue haleine, et qui m’a donné tant de peines, d’ennuis et de dégoûts, et qu’on a tant décrié dans le pays où l’on aurait dû être les premiers à encourager mon zèle. Heureusement le suffrage des gens de lettres dans ce pays-ci me dédommage un peu de tous ces désagréments. Ce qui me les fait oublier, c’est d’être à la fin de ma carrière, et d’avoir pu vous faire un présent que vous voudrez bien regarder comme un monument de l’estime et de l’attachement avec lesquels, etc., etc.
Papon, de l’Oratoire.