‹ Etude biographique sur M. Jean RaimbaultChapitre 17 sur 34 · XI · texte numérisé non relu

XI

Or a dit plus haut que M. l'abbé Chicoisneau avaitremarqué le jeune Leprohon au collége de Montréal. Dès qu'il eût apprécié le mérite réel de ce jeune étudiant, il en parla à M. Raimbault.

M. Chicoisneau avait exercé, au Séminaire d'Orléans, l'emploi de directeur, jusqu’en 1792, que la tourmente révolutionnaire l’arracha à ses devoirs. Après des épreuves, il fut employé à la direction du collège de Baltimore, qu'il quitta bientôt, sur ordre des supérieurs de Saint-Sulpice, pour remplir auprès des étudiants du collége de Montréal cette même charge dont il avait exercé avec distinction tous les devoirs pendant bien des années. Il avait connu M. Raimbault à Orléans et lui donna, depuis, bien des marques d'intérêt, entre autres, celle de lui choisir, lorsqu'il fut fixé à Nicolet, pour professeurs et pour régents, les jeunes gens qui avaient le plus d'aptitude vour ces emplois. Son expérience, son savoir, ses hautes recommandations enfin, firent goûter à M. Raimbault le jeune abbé Leprohon. Il n'eut qu'à se louer d’avoir accordé, sans réserve aucune, sa confiance à ce pieux sujet dont il se promettait tant. Ses tentatives réitérées pour le retenir auprès de lui sont des témoignages non équivoques de ses bonnes dispositions à l'endroit du jeune ecclésiastique qui s'était présenté à lui, muni d’une si puissante protection.

C'est donc dès son entrée dans la milice du sanctuaire que le jeune abbé Leprohon fut appelé à faire les classes au collége de Nicolet. On lui confia les commençants. C'était selon ses goûts. Il se proposait de ne pas changer d'élèves, mais de faire suivre lui-même, successivement, tous les cours à ceux avec lesquels il débutait dans l’enseignement.

M. Leprohon se consacra volontiers à la tâche qui lui élait assignée. Il se donna spontanément aux travaux de l’enseisnement et remplit avec fruit, tour à tour, les fonctions de régent, de professeur et autres. Ses vertus l’avaient désigné bien vite à ces emplois pénibles et jamais assez rémunérés.

En effet, sous le rapport matériel, les professeurs dans les collèges sont assez mincement rétribués. Mais, dans la société chrétienne, et surtout dans l'Eglise, les supérieurs mettent l'élite de ses membres au service du pauvre, du faible, de l'enfance et de tout, enfin, ce qui sollicite'assistance et appui, parce que, parmi les enfants de l'Eglise, tout procède de la charité qui anime, qui vivifie et qui féconde tout. Les subordonnés, agissant par vertu et par dévouement, apportent un zèle d’une application constante à leur tâche, sans s'occuper de leur rétribution. Zpsa virtus premium sibr. Au reste, ils donnent l’enseignement aux mêmes conditions qu'ils l'ont reçu, sans chercher à se soustraire aux tribu- Jalions qui se rattachent à leur emploi. Agissant par vertu, ils attendent leur récompense du Dieu des vertus, qui est aussi le Roi de Gloire.

On aimera à connaître les noms des professeurs alors em-

ployés à la maison de Nicolet, quand l'Evêque Plessis associa

son zèle à leur courage et à leur dévouement.

Lorsqu'au 1er octobre 1809, M. l'abbé Leprohon se rendit au collége de Nicolet, il n’était pas encore tonsuré. Il s'y trouva en compagnie de MM. Cadieux, alors sous-diacre, professeur de mathématiques, Gaulin, plus tard évêque de Kingston, alors professeur de belles-lettres, Joseph N. Provencher, illustre apôtre du Nord-Ouest, de M. Paul L. Archambault, plus tard curé de Saint-Michel de Vaudreuil, et

de M. Pierre-Marie Mignault, le fondateur du collége de Chambly. M. l'abbé Paquin (a) était alors directeur du collége de Nicolet. C’était un homme qui joignait une

grande £agacité à une grande énergie. Soninfaligable activité s'occupait de tout. Le collège n’offrait toutefois qu’un

théâtre assez étroit à cet homme insatiable de travaux. Ce promoteur zélé de l'éducation, cet ami de l’agriculture, a laissé des traces de ce que pouvaient, dans des temps difficiles, des hommes animés des vues les plus patriotiques. M.

Cadieux lui succéda, en octobre 1810. Dès son arrivée au

collége, M. l'abbé Leprohon se lia d'amitié avec M. Cadieux,

alors professeur. C'était un homme plein de mansuétude,

d’une grande exactitude et doué d'une âme sensible. Les

chagrins consumèrent le feu de ce beau génie. Il s'était montré homme d'inspiration et de verve. M. Cadieux ne

marqua son passage dans la chaire sacrée que pour laisser après lui les plus grands regrets.

Au mois d'octobre 1813, M. l'abbé Cadieux céda ja direction du collége à M. Paul-Loup Archambault. La santé de ce dernier ne s’accommodant guères de la vie sédentaire et recluse, il quitta ce poste, en 1816, pour le ministère pastoral. «Il ne fit que passer par le collége, disaient sescommensaux, cependant ses arrangements étaient pleins de mo-

(a) M. J.-B. Paquin, ordonné prêtre au mois de septembre 1808, succéda à M. Antoine Parent dans la direction du collége de Nicolet. M. Parent, qui fut plus tard supérieur du séminaire de Québec, n’était encore que diacre lorsqu’il fut appelé à Nicolet (dans l'hiver de 1808), à remplacer M. Jos.-Ch. Bédard, dès lors malade d’une pleurésie qu’il avait contractée à Nicolet. Il avait accompagné les élèves qui patinaient sur la glace de la rivière, un peu plus bas que l’église. La glace se rompit sous ses pas ; il tomba à l’eau et contracta la maladie qui l’obligea d'abandonner son poste. On a prétendu que M. Bédard était mort presqu’aussitôt après cet accident, mais l’acte de sépulture de ce digne prêtre, dont nous reproduisons un extrait, fait disparaître tout doute à cet égard.

‘ Le premier juillet 1808, fut inhumé à St. Ambroiïse, le corps de M. Jos.- Ch. Bédard, directeur du collége de Nicolet, décédé l’avant-veille, à l’âge de vingt-quatre ans, neuf mois et vingt-huit jours...…...............….

‘“ (Signé), ANT. BEDARD, Ptre., curé de St. Ambroise.”

dération et de sagesse. » L’aménité de son esprit le faisait aimer comme la beauté de son caractère le faisait respecter. M. Leprohon fut appelé à lui succéder, comme on le verra plus bas.

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